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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2312601

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2312601

lundi 17 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2312601
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
FormationPole Social (JU)
Avocat requérantBROCHARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, des pièces et un mémoire complémentaire enregistrés le 18 septembre 2023, les 7 et 21 mai 2024, M. C A B et Mme D A B née E, agissant en leur nom propre et au nom de leurs trois enfants mineurs, F A B, H A B et G A B, représentés par Me Brochard, demandent au tribunal :

1°) de condamner l'État à leur verser la somme de 38 000 euros arrêtée au mois de février 2023 en réparation des préjudices subis du fait de leur absence de relogement, assortie des intérêts au taux légal à compter de la date de réception de leur demande indemnitaire préalable par le préfet ;

2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 000 euros à verser à leur conseil sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 600 euros à leur verser sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative compte tenu de leur admission partielle à l'aide juridictionnelle.

Ils soutiennent que :

- la responsabilité pour faute de l'État est engagée dès lors qu'ils n'ont reçu aucune proposition de logement avant le 3 mars 2023, date de leur relogement, alors qu'ils ont été reconnus prioritaires par la commission de médiation du droit au logement opposable le 20 janvier 2021 et que l'ordonnance du tribunal administratif de Cergy-Pontoise du 20 janvier 2022 ordonnant leur relogement n'a pas été exécutée ;

- ils ont subi en conséquence un préjudice moral et des troubles de toutes natures dans leurs conditions d'existence dès lors qu'ils occupaient un logement indécent et suroccupé jusqu'à leur relogement le 3 mars 2023 ;

- le refus qu'il a opposé à la proposition de logement qui leur a été faite en décembre 2022 reposait sur un motif légitime.

Un mémoire en défense a été enregistré le 16 mai 2024 pour le préfet des Hauts-de-Seine par lequel le préfet demande au tribunal demande de tenir compte du refus opposé par le requérant à une proposition de logement et du relogement de ce dernier dans la détermination du préjudice indemnisable.

Vu :

- la décision du 3 avril 2023 par laquelle le président du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Pontoise a accordé à M. A B l'aide juridictionnelle partielle au taux de 25 % ;

- l'ordonnance n° 2110268 du 20 janvier 2022 par laquelle le tribunal administratif de Cergy - Pontoise a enjoint au préfet des Hauts-de-Seine de reloger M. A B sous astreinte de 150 euros par mois de retard ;

- la décision par laquelle le président du tribunal a désigné Mme Lepetit-Collin, vice-présidente, pour statuer sur les litiges visés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative ;

- la décision par laquelle la présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Lepetit-Collin, magistrate désignée, a été entendu au cours de l'audience publique.

La clôture de l'instruction est intervenue après l'appel de l'affaire à l'audience en application des dispositions de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. La commission de médiation du département des Hauts-de-Seine a, par une décision du 20 janvier 2021, désigné M. A B comme prioritaire et devant être logé en urgence. Par une ordonnance du 20 janvier 2022, le tribunal, saisi par l'intéressé sur le fondement de l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation, a enjoint au préfet des Hauts-de-Seine d'assurer son relogement sous astreinte de 150 euros par mois de retard. N'ayant pas reçu de proposition de logement, M. A B a saisi le préfet d'une demande indemnitaire préalable par un courrier reçu le 29 mars 2022. Cette demande a été implicitement rejetée. M. A B demande au tribunal de condamner l'État à lui verser la somme de 38 000 euros en réparation des préjudices subis.

Sur les conclusions indemnitaires :

2. Aux termes de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation : " Le droit à un logement décent et indépendant () est garanti par l'État à toute personne qui () n'est pas en mesure d'y accéder par ses propres moyens ou de s'y maintenir. Ce droit s'exerce par un recours amiable puis, le cas échéant, par un recours contentieux dans les conditions et selon les modalités fixées par le présent article et les articles L. 441-2-3 et L. 441-2-3-1 ".

3. Lorsqu'une personne a été reconnue comme prioritaire et devant être logée ou relogée d'urgence par une commission de médiation, en application des dispositions de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, la carence fautive de l'État à exécuter cette décision dans le délai imparti engage sa responsabilité au titre des troubles dans les conditions d'existence résultant du maintien de la situation qui a motivé la décision de la commission, que l'intéressé ait ou non fait usage du recours prévu par l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation. Ces troubles doivent être appréciés en fonction des conditions de logement qui ont perduré du fait de la carence de l'État, de la durée de cette carence et du nombre de personnes composant le foyer du demandeur pendant la période de responsabilité de l'État, qui court à l'expiration du délai de trois ou six mois à compter de la décision de la commission de médiation que l'article R. 441-16-1 du code de la construction et de l'habitation impartit au préfet pour provoquer une offre de logement.

En ce qui concerne les fautes :

4. D'une part, la commission de médiation a reconnu, le 20 janvier 2021, le caractère urgent et prioritaire de la demande de M. A B aux motifs, d'une part, qu'il occupait un logement suroccupé avec une personne handicapée ou un enfant mineur à charge, ou était lui-même handicapé et, d'autre part, qu'il était en attente d'un logement social depuis un délai supérieur au délai fixé par arrêté préfectoral. Toutefois, le préfet n'a fait aucune offre de logement à M. A B avant le 20 juillet 2021, date à laquelle cette absence de relogement a revêtu un caractère fautif. D'autre part, l'ordonnance n° 2110268 du 20 janvier 2022 par laquelle le tribunal administratif de Cergy - Pontoise a enjoint au préfet des Hauts-de-Seine de reloger M. A B avant le 1er mars 2022, sous astreinte de 150 euros par mois de retard, n'a reçu aucune exécution dans le délai imparti.

5. Il résulte de ce qui précède que les carences fautives dont l'État a fait preuve dans la mise en œuvre de son obligation de relogement à l'égard de M. A B sont établies.

En ce qui concerne la période de responsabilité et les préjudices :

6. La carence fautive de l'État à assurer le logement du bénéficiaire de la décision de la commission de médiation dans le délai imparti engage sa responsabilité à l'égard du seul demandeur, au titre des troubles dans les conditions d'existence qu'elle a entraînés pour ce dernier. Il résulte de ce qui vient d'être dit que les conclusions indemnitaires présentées par Mme A B ainsi que ses conclusions présentées u nom de ses enfants mineurs doivent être rejetées. Il y a lieu, en revanche, de tenir compte de cette situation familiale pour apprécier le préjudice de M. A B.

7. A cet égard, il résulte de l'instruction que jusqu'à son relogement intervenu le 3 mars 2023, dans un logement de type F4 et d'une surface habitable de 78 mètres carrés situé à La Frette-sur-Seine,adapté à ses besoins et à ses capacités, M. A B occupait depuis 2014, avec son épouse et leurs trois enfants mineurs nés en 2016, 2018 et 2020, un logement de type T2 et d'une surface habitable de 25 mètres carrés. Ce logement présentait donc, au regard de la composition familiale du requérant, un caractère suroccupé. Le caractère indécent du logement qu'occupait M. A B n'est en revanche pas démontré, dès lors que les quelques photographies produites à cette fin par le requérant ne suffisent pas, à elles seules, à l'établir. Il demeure que la persistance de cette situation à compter du 20 juillet 2021, date à laquelle la carence de l'Etat a revêtu un caractère fautif, et ce jusqu'au 3 mars 2023, date de son relogement, a causé à M. A B des troubles de toutes natures dans ses conditions d'existence lui ouvrant droit à réparation. Si le préfet des Hauts-de-Seine fait valoir que M. A B aurait refusé, en décembre 2022, une proposition de logement, il résulte de l'instruction que le logement proposé était situé à Guyancourt alors que le requérant, qui exerce la profession de pâtissier au Pré Saint Gervais, est soumis à des horaires décalés et matinaux, ce qui aurait impliqué des temps de trajets supérieurs à 1h30 à des heures où, au demeurant, il y a peu ou pas de transports en commun. Par suite, le requérant doit être regardé comme établissant le caractère légitime du motif de rejet opposé.

8. Il résulte donc de toute ce qui précède que, compte tenu notamment des conditions de logement de M. A B qui ont perduré du fait de la carence de l'État, de la durée de cette carence et de la composition de son foyer, il sera fait une juste appréciation du préjudice subi en évaluant l'indemnisation due à la somme totale de 2 100 euros.

9. Il y a lieu de condamner l'État à verser à M. A B la somme de 2 100 euros tous intérêts confondus au jour du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

10. D'une part, M. A B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle à hauteur de 25 %. Par suite, son conseil peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Brochard, conseil de M. A B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'État le versement à Me Brochard de la somme de 270 euros.

11. D'autre part, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État le versement à M. A B de la somme de 810 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : L'État versera à M. A B la somme de 2 100 (deux mille cent) euros tous intérêts confondus au jour du présent jugement.

Article 2 : L'État versera la somme de 270 (deux cent soixante-dix) euros à Me Brochard, conseil de M. A B, sous réserve qu'il renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle, sur le fondement des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : L'État versera la somme de 810 (huit cent dix) euros à M. A B sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. C A B, à Mme D A B née E, à Me Brochard et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Copie en sera adressée au préfet des Hauts-de-Seine.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 juin 2024.

La magistrate désignée

Signé

H. Lepetit-CollinLa greffière

Signé

C. Mas

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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