Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2312661

jeudi 28 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2312661
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation4ème Chambre (JU)

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 20 septembre 2023, M. B A, représenté par Me Samson, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision " 48 SI " du 24 juillet 2023 par laquelle le ministre de l'intérieur a invalidé son permis de conduire pour solde de points nul, ainsi que les décisions portant retrait de points sur son permis de conduire à la suite des infractions commises les 12 janvier 2022, 16 avril 2022, 29 avril 2022, 6 mai 2022, 20 juin 2022, 15 juillet 2022, 16 septembre 2022, 24 septembre 2022, 21 novembre 2022 et 1er décembre 2022 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient :

- qu'une erreur de calcul a été commise dans son solde de points, en l'absence de restitution des points retirés à la suite des infractions des 20 juin 2022, 15 juillet 2022, 16 septembre 2022 et 24 septembre 2022 et de prise en compte d'un stage de sensibilisation à la sécurité routière effectué les 18 et 19 septembre 2023 ;

- et que les décisions portant retrait de points sont entachées d'un vice de procédure en raison du défaut d'information prévue par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route.

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 décembre 2023, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut à l'irrecevabilité des conclusions dirigées contre la décision consécutive à l'infraction du 6 mai 2023 et au rejet de la requête. Il soutient que les moyens ne sont pas fondés.

Par un mémoire du 21 décembre 2023, M. A se désiste de ses conclusions relatives aux décisions de retrait de points consécutives aux infractions des 6 mai 2022, 15 juillet 2022, 16 septembre 2022 et 24 septembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la route ;

- le code de procédure pénale ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président du tribunal a désigné Mme Bories, vice-présidente, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative, pour statuer sur les litiges mentionnés à cet article.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de Mme Bories a été entendu au cours de l'audience publique, les parties n'étant ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Par décision référencée 48 SI du 24 juillet 2023, le ministre de l'intérieur, prenant acte des retraits de points opérés sur le permis de conduire de M. B A, a prononcé l'invalidation de ce permis pour solde de points nul. M. A demande au tribunal l'annulation des différents retraits de points opérés sur son permis de conduire et de la décision " 48 SI " dont il a subséquemment fait l'objet.

Sur le désistement partiel :

2. Par un mémoire du 21 décembre 2023, M. A se désiste de ses conclusions relatives aux décisions de retrait de points consécutives aux infractions des 6 mai 2022, 15 juillet 2022, 16 septembre 2022 et 24 septembre 2022. Ce désistement étant pur et simple, il convient donc d'en donner acte.

Sur le surplus des conclusions à fin d'annulation :

Sur le défaut d'information :

3. La délivrance, au titulaire du permis de conduire à l'encontre duquel est relevée une infraction donnant lieu à retrait de points, de l'information prévue aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route constitue une garantie essentielle donnée à l'auteur de l'infraction pour lui permettre, avant d'en reconnaître la réalité par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'exécution d'une composition pénale, d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis et, éventuellement, d'en contester la réalité devant le juge pénal. Elle revêt le caractère d'une formalité substantielle et conditionne la régularité de la procédure au terme de laquelle le retrait de points est décidé.

S'agissant des infractions commises les 12 janvier 2022, 16 avril 2022, 29 avril 2022, 20 juin 2022 et 21 novembre 2022 :

4. Si le ministre de l'intérieur et des outre-mer soutient que les avis de contravention correspondant aux infractions commises les 12 janvier 2022, 16 avril 2022, 29 avril 2022, 20 juin 2022 et 21 novembre 2022 ont été automatiquement envoyés au domicile de M. A, lequel s'est de surcroît vu décerner, faute de paiement dans les délais, des titres exécutoires de l'amende forfaitaire majorée qui lui ont également été adressés par courrier, il n'en justifie pas. Dans ces conditions, et dès lors que le ministre n'établit pas avoir délivré l'information pertinente au requérant lors de la constatation d'infractions antérieures à celles-ci, M. A est fondé à soutenir qu'il n'a pas bénéficié de l'information prévue par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Par conséquent, les décisions emportant retraits de points à la suite des infractions commises les 12 janvier 2022, 16 avril 2022, 29 avril 2022, 20 juin 2022 et 21 novembre 2022 doivent être annulées, sans qu'il soit besoin de statuer sur l'autre moyen de la requête.

S'agissant de l'infraction commise le 1er décembre 2022 :

5. Il ressort des mentions du relevé d'information intégral de M. A que l'infraction commise le 1er décembre 2022 a été constatée par l'intermédiaire d'un procès-verbal électronique versé à l'instance, qui mentionne l'adresse indiquée par le requérant lors de son interception. Sur cette base, l'agent verbalisateur a constaté les infractions sur un outil dédié, avant de télétransmettre les données y afférentes au Centre national de traitement du contrôle sanction automatisé (CNT-CSA). Selon les pièces versées au dossier en défense, le CNT-CSA a envoyé automatiquement au domicile de M. A un avis de contravention, puis en l'absence de réception du paiement réclamé, un avis de majoration de l'amende forfaitaire, réputés comporter l'ensemble des informations prévues par les articles L. 223-3 et R.223-3 du code de la route. Il ressort du bordereau d'accompagnement du procès-verbal électronique versé à l'instance par le ministre, qui fait foi jusqu'à preuve du contraire, que l'avis comportant les informations requises a été envoyé le 4 janvier 2023 à l'intéressé, sans retour avec la mention " n'habite pas à l'adresse indiquée " (NPAI). Dans ces conditions, l'administration doit être regardée comme ayant dispensé l'information préalable exigée par le code de la route. Par suite, le moyen tiré d'un défaut d'information doit être écarté.

Sur la prise en compte de points récupérés à la suite d'un stage de sensibilisation à la sécurité routière :

6. Aux termes de l'article L. 223-6 du code de la route : "'( )/ Le titulaire du permis de conduire qui a commis une infraction ayant donné lieu à retrait de points peut obtenir une récupération de points s'il suit un stage de sensibilisation à la sécurité routière qui peut être effectué dans la limite d'une fois par an. ()'". Aux termes de l'article R. 223-8 du même code : "'I.- Le titulaire de l'agrément prévu au II de l'article R. 213-2 délivre une attestation de stage à toute personne qui a suivi un stage de sensibilisation à la sécurité routière dans le respect de conditions d'assiduité et de participation fixées par arrêté du ministre chargé de la sécurité routière. Il transmet un exemplaire de cette attestation au préfet du département du lieu du stage, dans un délai de quinze jours à compter de la fin de celui-ci./II. -L'attestation délivrée à l'issue du stage effectué en application des dispositions du quatrième alinéa de l'article L. 223-6 donne droit à la récupération de quatre points dans la limite du plafond affecté au permis de conduire de son titulaire. /III .- Le préfet mentionné au I ci-dessus procède à la reconstitution du nombre de points dans un délai d'un mois à compter de la réception de l'attestation et notifie cette reconstitution à l'intéressé par lettre simple. La reconstitution prend effet le lendemain de la dernière journée de stage ()'".

7. Il résulte de ces dispositions que le préfet est tenu de rejeter toute demande de reconstitution de points acquise à la suite d'un stage de sensibilisation lorsque le conducteur a reçu, avant le dernier jour du stage, régulièrement notification d'une décision du ministre de l'intérieur l'informant que son permis de conduire a perdu sa validité par suite de l'épuisement de son capital de points. Le ministre ne peut non plus réattribuer des points sur le capital d'un permis de conduire ayant définitivement perdu sa validité par solde de points nul.

8. Il ressort des pièces du dossier, et en particulier du relevé intégral d'information daté du 14 décembre 2023 produit par le ministre de l'intérieur, que la décision référencée " 48 SI " par laquelle il a constaté l'invalidité du permis de conduire de M. A pour solde de points nul a été notifiée à l'intéressé par lettre recommandée avec accusé de réception le 19 août 2023. La décision " 48 SI " portant invalidation du permis de conduire était opposable à cette même date, soit antérieurement aux 18 et 19 septembre 2023, dates auxquelles l'intéressé a suivi un stage de sensibilisation à la sécurité routière. Par suite, l'autorité administrative était tenue de rejeter la demande de reconstitution de points transmise par l'intéressé. Compte tenu de cette situation de compétence liée, le moyen doit être écarté.

Sur les frais liés au litige :

9. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit à la demande présentée par M. A sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Par ces motifs, le tribunal décide :

Article 1er : Il est donné acte du désistement de M. A de ses conclusions dirigées contre les décisions de retrait de points consécutives aux infractions commises les 6 mai 2022, 15 juillet 2022, 16 septembre 2022 et 24 septembre 2022.

Article 2 : Les décisions " 48 " de retrait de points sur le capital affecté au permis de conduire de M. A consécutives aux infractions commises les 12 janvier 2022, 16 avril 2022, 29 avril 2022, 20 juin 2022 et 21 novembre 2022 sont annulées.

Article 3 : La requête de M. A est rejetée pour le surplus.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 mars 2024.

La magistrate désignée,

signé

C. BoriesLa greffière,

signé

S. Nimax

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision