Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2312748
mercredi 19 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2312748 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 10ème Chambre |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 26 septembre 2023, M. C B, représenté par Me Diallo, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté en date du 25 août 2023, par lequel le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours ;
2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " salarié " dans un délai d'un mois, sous astreinte de 100 euros par jour de retard et dans l'attente, de lui délivrer un récépissé avec une autorisation de travail ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que l'arrêté attaqué :
- a été signé par une autorité incompétente ;
- est insuffisamment motivé en méconnaissance des dispositions de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration et de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- est entaché d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;
- a été pris au terme d'une procédure irrégulière dès lors que l'avis a été rendu en méconnaissance du principe d'impartialité et qu'il ne lui a pas été communiqué en méconnaissance de l'article R. 432-14 ;
- est entaché d'une erreur de droit en méconnaissance des dispositions de l'article
L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- est entaché d'une erreur de fait dès lors qu'il repose sur des faits matériellement inexacts ;
- est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences d'une telle mesure sur sa situation personnelle et professionnelle ;
- méconnait l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 25 janvier 2024, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête et communique les pièces utiles du dossier du requérant.
Par une ordonnance du 21 décembre 2023, la clôture d'instruction a été fixée au
29 janvier 2024 à 12h.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-malien sur la circulation et le séjour des personnes du 26 septembre 1994 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Ouillon, président-rapporteur ;
- et les conclusions de M. Belhadj, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. M. C B, ressortissant malien né le 31 décembre 1982, est entré en France le 17 juillet 2009, démuni de tout visa. Le 22 septembre 2022, il a sollicité du préfet du Val-d'Oise son admission au séjour sur le fondement de l'article 5 de l'accord franco-malien du 26 septembre 1994. Par un arrêté du 25 août 2023, le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer le titre de séjour demandé et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Par la présente requête, M. B sollicite l'annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, par l'arrêté n°23-042 du 11 juillet 2023 publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du même jour, le préfet du Val-d'Oise a donné délégation à
Mme A D, adjointe à la cheffe de bureau du contentieux et de l'éloignement de la préfecture du Val-d'Oise signataire de l'arrêté attaqué, pour signer notamment toutes décisions portant refus de titre de séjour, obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de renvoi. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français doit être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration dispose que : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent./ A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code prévoit que : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ". Et aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. (). ".
4. En l'espèce, l'arrêté litigieux comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté attaqué doit être écarté.
5. En troisième lieu, il ne ressort ni des pièces du dossier, ni des termes de l'arrêté attaqué, au regard notamment des éléments de motivation rappelés au point précédent du présent jugement, que le préfet du Val-d'Oise n'aurait pas procédé, avant son édiction à l'examen particulier de la situation personnelle de M. B.
6. En quatrième lieu, aux termes de l'article R. 432-14 du même code : " Devant la commission du titre de séjour, l'étranger fait valoir les motifs qu'il invoque à l'appui de sa demande d'octroi ou de renouvellement d'un titre de séjour. Un procès-verbal enregistrant ses explications est transmis au préfet avec l'avis motivé de la commission. L'avis de la commission est également communiqué à l'intéressé ".
7. Il ressort des pièces du dossier que M. B était présent à la réunion de la commission du titre de séjour qui s'est déroulée le vendredi 7 juillet 2023, réunion au cours de laquelle il a été entendu. L'avis motivé de la commission du titre de séjour en date du 7 juillet 2023 figure sur le procès-verbal établi le même jour. Il ressort des mentions de ce procès-verbal que l'avis de la commission a été porté à la connaissance de l'intéressé à l'issue du délibéré de ses membres. Ce procès-verbal comporte la signature du requérant, ce qui permet d'établir que le sens et les motifs de l'avis de la commission lui ont bien été communiqués avant l'édiction de la décision attaquée. Par ailleurs, M. B n'apporte pas d'éléments suffisants permettant de remettre en cause l'impartialité de la présidente de la commission. Dans ces conditions, M. B n'établit pas avoir été privé d'une garantie et le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué a été pris à l'issue d'une procédure irrégulière doit être écarté.
8. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / () ".
9. Si l'accord franco-malien ne prévoit pas de modalités d'admission exceptionnelle au séjour, ses stipulations n'interdisent pas au préfet de délivrer un certificat de résidence à un ressortissant malien qui ne remplit pas l'ensemble des conditions auxquelles est subordonnée sa délivrance de plein droit. Il appartient au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, compte tenu de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation. En l'espèce, il ressort des termes de la décision attaquée que le préfet des Val-d'Oise a décidé de faire usage du pouvoir discrétionnaire dont il dispose en examinant l'opportunité d'une mesure de régularisation, à titre exceptionnel, de la situation du requérant sur le fondement de son pouvoir général d'appréciation.
10. M. B soutient résider habituellement en France depuis 2009 et être inséré professionnellement, dès lors qu'il travaille régulièrement à temps plein depuis 2009. Toutefois, la seule circonstance que M. B justifierait résider en France depuis 2009 est insuffisante en elle-même pour être regardée comme constitutive d'un motif exceptionnel ou d'une considération humanitaire au sens des dispositions précitées. Par ailleurs, le requérant, célibataire et sans enfant, n'établit pas être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de 26 ans et où résident ses parents. En outre, alors que l'intéressé fait valoir qu'il est inséré professionnellement depuis plusieurs années, qu'il jouit d'une expérience professionnelle importante, notamment depuis cinq ans en qualité de caissier de haute qualification, et qu'il bénéficie d'une promesse d'embauche auprès de la société Plus Elec, il ne produit pas de bulletins de salaire ou tout autre document qui permettrait d'établir la réalité et l'ancienneté de son activité professionnelle. Par suite, le requérant qui, au demeurant, ne justifie pas qu'il disposerait de qualifications ou de diplômes en lien avec son activité alléguée, n'apporte aucun élément permettant d'établir son insertion professionnelle en France. Dans ces conditions, le préfet du Val-d'Oise n'a pas méconnu les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni commis d'erreur de droit ou d'erreur manifeste d'appréciation de la situation de M. B en refusant de l'admettre au séjour sur le fondement des dispositions précitées.
11. En sixième lieu, si le préfet du Val-d'Oise mentionne dans son arrêté qu'il n'a pu authentifier la promesse d'embauche dont bénéficie M. B auprès de la société Plus Elec, au motif que le courrier qui lui a été adressé est revenu avec la mention " destinataire inconnu à l'adresse ", alors que le requérant indique que cette société existe et n'a pas changé d'adresse, à la supposer établit, cette erreur de fait est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée, dès lors que cette seule circonstance ne permettait pas d'établir l'ancienneté de l'expérience professionnelle du requérant et n'ouvre ainsi aucun droit au séjour. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de fait doit être écarté.
12. En septième lieu, M. B ne peut utilement se prévaloir des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il ne démontre pas avoir sollicité son admission au séjour sur le fondement de ces dispositions et que le préfet du Val-d'Oise, qui n'y était pas tenu, n'a pas examiné d'office si le requérant pouvait prétendre à un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dès lors, ce moyen, inopérant, ne peut qu'être écarté.
13. En huitième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
14. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 10, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste des conséquences des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire sur la situation personnelle et familiale de M. B doit être écarté.
15. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte et celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au préfet du Val-d'Oise.
Délibéré après l'audience du 5 juin 2024, à laquelle siégeaient :
M. Ouillon, président,
Mme Charlery, première conseillère,
Mme Fabas, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 juin 2024.
Le président-rapporteur,
signé
S. Ouillon
L'assesseure la plus ancienne,
signé
C. CharleryLa greffière,
signé
M-J. Ambroise
La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2312748
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