lundi 8 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2312757 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | Pole Social (JU) |
| Avocat requérant | BAZIN & ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 18 septembre 2023, Mme A B, représentée par Me Pariente, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision en date du 18 juillet 2023 par laquelle le département du Val-d'Oise lui a refusé le bénéfice d'une prise en charge en qualité de " jeune majeur " ;
2°) d'enjoindre au département du Val-d'Oise de lui accorder le bénéfice de la prise en charge prévue, en faveur des jeunes majeurs, par l'article L. 222-5 du code de l'action sociale et des familles dans le délai de huit jours et sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge du département du Val-d'Oise la somme de 1 200 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice.
Elle soutient que :
- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;
- aucun entretien n'a précédé la décision attaquée ;
- la notion de soutien familial ne pouvait justifier un refus de contrat jeune majeur en l'espèce ;
- la décision attaquée ne pouvait l'exclure du dispositif " jeune majeur " au motif qu'elle est handicapée ;
- le département a une responsabilité dans l'absence de prise en charge à l'issue du dispositif de l'aide sociale à l'enfance.
Par un mémoire en défense enregistré le 12 juin 2024, le département du Val-d'Oise, représenté par Me Poput, conclut, à titre principal, au non-lieu à statuer, à titre subsidiaire, au rejet de la requête comme non fondée.
Il fait valoir que :
- les moyens de légalité externe sont inopérants ;
- les moyens de légalité interne sont non fondés ;
- depuis le 1er janvier 2024, Mme B est prise en charge au sein de la maison d'accueil spécialisée de l'association " Le Silence de Justes " ;
Par un mémoire complémentaire enregistré le 13 juin 2024, Mme B conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens.
Elle informe en outre le tribunal du maintien de ses conclusions au motif que, depuis le 1er janvier 2024, elle n'est plus dans le dispositif du contrat jeune majeur et elle a pu être maintenue au sein de l'association " Le silence des Justes " en qualité d'adulte. Ainsi, si le litige a partiellement perdu de son objet, le juge peut toujours déterminer si la responsabilité du Département est susceptible d'être engagée du fait de la décision de refus de prise en charge.
Vu :
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'action sociale et des familles ;
- la loi n° 2022-140 du 7 février 2022 ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 2022-1125 du 5 août 2022 ;
- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Lepetit-Collin, vice-présidente, pour statuer sur les litiges en application des dispositions de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
La rapporteure publique a été dispensée, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Lepetit-Collin, magistrate désignée, a été entendu au cours de l'audience publique du 17 juin 2024.
La clôture de l'instruction est intervenue après l'appel de l'affaire à l'audience en application des dispositions de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Le 21 octobre 2022, Mme B, née le 19 août 2004, a sollicité, auprès du conseil départemental du Val-d'Oise, un accueil provisoire jeune majeur auprès de l'aide sociale à l'enfance afin de maintenir sa prise en charge au sein de l'association " Le Silence des Justes " et dans l'attente d'une orientation adulte dans le champ du handicap. Par une décision en date du 18 juillet 2023, le département du Val-d'Oise a refusé cette prise en charge. Mme B demande l'annulation de cette décision.
Sur l'exception de non-lieu à statuer :
2. Aux termes, d'une part, de l'article L. 246-1 du code de l'action sociale et des familles : " Toute personne atteinte du handicap résultant du syndrome autistique et des troubles qui lui sont apparentés bénéficie, quel que soit son âge, d'une prise en charge pluridisciplinaire qui tient compte de ses besoins et difficultés spécifiques. /Adaptée à l'état et à l'âge de la personne, cette prise en charge peut être d'ordre éducatif, pédagogique, thérapeutique et social. () ".
3. Aux termes, d'autre part, de l'article L. 221-1 du code de l'action sociale et des familles : " Le service de l'aide sociale à l'enfance est un service non personnalisé du département chargé des missions suivantes : / 1° Apporter un soutien matériel, éducatif et psychologique tant aux mineurs et à leur famille ou à tout détenteur de l'autorité parentale, confrontés à des difficultés risquant de mettre en danger la santé, la sécurité, la moralité de ces mineurs ou de compromettre gravement leur éducation ou leur développement physique, affectif, intellectuel et social, qu'aux mineurs émancipés et majeurs de moins de vingt et un ans confrontés à des difficultés familiales, sociales et éducatives susceptibles de compromettre gravement leur équilibre () ". Aux termes de l'article L. 222-5 du même code : " Sont pris en charge par le service de l'aide sociale à l'enfance sur décision du président du conseil départemental : / 1° Les mineurs qui ne peuvent demeurer provisoirement dans leur milieu de vie habituel et dont la situation requiert un accueil à temps complet ou partiel, modulable selon leurs besoins, en particulier de stabilité affective, ainsi que les mineurs rencontrant des difficultés particulières nécessitant un accueil spécialisé, familial ou dans un établissement ou dans un service tel que prévu au 12° du I de l'article L. 312-1 ; / 2° Les pupilles de l'Etat remis aux services dans les conditions prévues aux articles L. 224-4, L. 224-5, L. 224-6 et L. 224-8 ; / 3° Les mineurs confiés au service en application du 3° de l'article 375-3 du code civil, des articles 375-5, 377, 377-1, 380, 411 du même code ou de l'article L. 323-1 du code de la justice pénale des mineurs ; / 4° Les femmes enceintes et les mères isolées avec leurs enfants de moins de trois ans qui ont besoin d'un soutien matériel et psychologique, notamment parce qu'elles sont sans domicile. Ces dispositions ne font pas obstacle à ce que les établissements ou services qui accueillent ces femmes organisent des dispositifs visant à préserver ou à restaurer des relations avec le père de l'enfant, lorsque celles-ci sont conformes à l'intérêt de celui-ci ; / 5° Les majeurs âgés de moins de vingt et un ans et les mineurs émancipés qui ne bénéficient pas de ressources ou d'un soutien familial suffisants, lorsqu'ils ont été confiés à l'aide sociale à l'enfance avant leur majorité, y compris lorsqu'ils ne bénéficient plus d'aucune prise en charge par l'aide sociale à l'enfance au moment de la décision mentionnée au premier alinéa du présent article. / Peuvent être également pris en charge à titre temporaire, par le service chargé de l'aide sociale à l'enfance, les mineurs émancipés et les majeurs âgés de moins de vingt et un ans qui ne bénéficient pas de ressources ou d'un soutien familial suffisants. / Un accompagnement est proposé aux jeunes mentionnés au 1° du présent article devenus majeurs et aux majeurs mentionnés au 5° et à l'avant-dernier alinéa, au-delà du terme de la mesure, pour leur permettre de terminer l'année scolaire ou universitaire engagée.". Il résulte des dispositions précitées de l'article L. 222-5 du code de l'action sociale et des familles que, depuis l'entrée en vigueur du I de l'article 10 de la loi du 7 février 2022 relative à la protection des enfants, qui a modifié cet article sur ce point, les jeunes majeurs de moins de vingt et un ans ayant été pris en charge par le service de l'aide sociale à l'enfance d'un département avant leur majorité bénéficient d'un droit à une nouvelle prise en charge par ce service, lorsqu'ils ne disposent pas de ressources ou d'un soutien familial suffisants.
4. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision refusant une prise en charge par le service de l'aide sociale à l'enfance ou mettant fin à une telle prise en charge, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu'à sa qualité de juge de plein contentieux, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner la situation de l'intéressé, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction et, notamment, du dossier qui lui est communiqué en application de l'article R. 772-8 du code de justice administrative. Au vu de ces éléments, il lui appartient d'annuler, s'il y a lieu, cette décision en accueillant lui-même la demande de l'intéressé s'il apparaît, à la date à laquelle il statue, qu'un défaut de prise en charge conduirait à une méconnaissance des dispositions du code de l'action sociale et des familles relatives à la protection de l'enfance et en renvoyant l'intéressé devant l'administration afin qu'elle précise les modalités de cette prise en charge sur la base des motifs de son jugement.
5. Il résulte de l'instruction que Mme A B, qui est atteinte d'un trouble du spectre autistique sévère, a bénéficié pendant sa minorité et jusqu'à sa majorité, et plus précisément du 10 juillet 2019 au 19 août 2022, d'une mesure de placement renouvelée au sein de l'association " Le Silence des Justes " sur le fondement d'un jugement du Tribunal pour enfants de C en date du 10 juillet 2019, confirmé par un arrêt de la Cour d'appel de Versailles en date du 12 juin 2020. Il résulte également de l'instruction qu'en raison de son handicap, Mme B avait vocation à bénéficier d'une orientation en maison d'accueil spécialisée (MAS) et bénéficiait à cet égard d'une décision favorable de la maison départementale des personnes handicapées du Val-d'Oise en date du 5 juillet 2023 valable jusqu'au 30 juin 2028. Si, par une décision en date du 18 juillet 2023, le département du Val-d'Oise a refusé de faire droit à la demande d'accueil provisoire " jeune majeur " auprès de l'aide sociale à l'enfance (ASE) présentée par les parents de Mme B dans l'attente de l'orientation adulte de leur fille dans le champ du handicap, il résulte des écritures des parties que, depuis le 1er janvier 2024, Mme B est accueillie, en qualité d'adulte, par l'association " Le silence des Justes " dans une structure adaptée à son âge et à son handicap ainsi qu'à l'orientation qui avait été proposée sur le fondement des dispositions de l'article L. 241-6 du code de l'action sociale et des familles. Les conclusions à fin d'injonction sous astreinte présentées par la requérante sont donc devenues sans objet. Il en va de même des conclusions de la requête tendant à l'annulation de décision du 18 juillet 2023 eu égard à l'office du juge du plein contentieux, la circonstance invoquée par la requérante et tirée de ce que la responsabilité du département pourrait être recherchée dans le cadre d'un contentieux indemnitaire en réparation du préjudice subi du fait de cette décision étant sans incidence sur l'appréciation qu'il convient de porter sur l'objet ou l'intérêt conservé par le présent litige.
Sur les frais liés au litige :
6. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge du département du Val-d'Oise la somme de 1 200 euros demandée par la requérante.
D É C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions à fin d'annulation et d'injonction sous astreinte de la requête.
Article 2 : Le département du Val-d'Oise versera à Mme B la somme de 1 200 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au département du Val-d'Oise.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 juillet 2024.
La magistrate désignée,
signé
H. Lepetit-Collin
La greffière,
signé
C. Mas
La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026