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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2312817

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2312817

mercredi 22 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2312817
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Avocat requérantARGENTON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 27 septembre 2023 et un mémoire complémentaire enregistré le 24 octobre 2023, la SCI NRS, représentée par Me Argenton, demande au juge des référés sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision du 14 juin 2023 par laquelle le maire de la commune d'Asnières-sur-Seine a décidé d'exercer, au nom de la commune, le droit de préemption urbain sur la vente du bien cadastré S77, sis 34 Boulevard Voltaire à Asnières sur Seine ;

2°) de mettre à la charge de la commune d'Asnières-sur-Seine la somme de 5 000 euros, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence est présumée remplie, dès lors que la décision lui confère la qualité d'acquéreur évincé et que la commune d'Asnières-sur-Seine ne fait état d'aucun projet concret de nature à remettre en cause cette présomption ; sa faculté de proroger la promesse de vente conclue avec le propriétaire n'est pas de nature à remettre en cause la présomption d'urgence ; cette décision lui cause un préjudice financier de façon grave et immédiate puisqu'elle est bénéficiaire d'une promesse unilatérale de vente sur le bien préempté ;

Plusieurs moyens de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

- la décision de préemption est tardive au regard de l'article L. 213-2 du code de l'urbanisme, dès lors que le délai de deux mois a été suspendu par la demande de la commune de communication de pièces complémentaires reçue le 2 mai 2023. Le notaire ayant répondu à cette demande par un courrier du 24 mai 2023, réceptionné le 30 mai 2023, la réception de la décision de préemption notifiée le 1er juillet 2023 au notaire des requérants est intervenue après le délai légal d'un mois, qui avait commencé à courir à compter du 30 mai 2023 ;

- elle a été prise sans consultation préalable du service des domaines puisque l'avis de France Domaine a été rendu le 19 juin 2023, soit postérieurement à la décision de préemption du 14 juin 2023 ;

- elle est insuffisamment motivée, dès lors que la commune ne précise pas l'objet exact du projet ni sa réalité et méconnait ainsi les articles L. 210-1 et L. 300-1 du code de l'urbanisme ;

- elle est entachée d'un détournement de pouvoir dès lors que la commune ne fait pas état d'un intérêt général de nature à justifier l'exercice de son droit de préemption ni d'éléments de nature à démontrer que la société NRS ne puisse parvenir à l'objectif affiché de diversité commerciale dont se prévaut la commune ;

- elle ne fait pas état de la condition d'aliénation indiquée dans la promesse de vente du 15 avril 2023.

Par un mémoire en défense enregistré le 23 octobre 2023, la commune d'Asnières-sur-Seine conclut au rejet de la requête en l'absence d'urgence et de moyens de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête n° 2313173 enregistrée le 27 septembre 2023 par laquelle la société NRS demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Thobaty, vice-président, en application des dispositions de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes en référé.

Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience du 24 octobre 2023 à 14h00.

Ont été entendus au cours de l'audience publique, tenue en présence de XX, greffière d'audience :

- le rapport de M. Thobaty, juge des référés ;

- les observations de Me Argenton, représentant la SCI NRS, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens.

- les observations du représentant de la commune d'Asnières qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. En vertu d'une promesse de vente du 15 avril 2023, la SCI NRS s'est portée acquéreur d'un bien immobilier correspondant à cinq lots formant un local commercial cadastré section S n° 77 sis 34 Boulevard Voltaire à Asnières-sur-Seine. Une déclaration d'intention d'aliéner a été adressée par le notaire le 19 avril 2023 à la commune. Le 14 juin 2023, le maire de la commune a avisé le notaire de l'exercice du droit de préemption afin d'acquérir ce bien. Par une décision du 1er juillet 2023, le maire d'Asnières-sur-Seine a exercé son droit de préemption urbain sur ce bien. Par la présente requête, la SCI NRS demande au juge des référés, statuant en application des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de cette décision.

Sur les conclusions à fins de suspension :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

En ce qui concerne l'urgence :

3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi de conclusions tendant à la suspension d'un acte administratif, d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire.

4. Eu égard à l'objet d'une décision de préemption et à ses effets à l'égard de l'acquéreur évincé, cette condition doit en principe être regardée comme satisfaite lorsque celui-ci demande la suspension d'une telle décision. Dans les circonstances de l'espèce, aucun motif ne permet de combattre la présomption d'urgence qui s'attache à la demande de suspension d'une décision de préemption.

En ce qui concerne le doute sérieux quant à la légalité de la décision :

5. L'article L. 213-2 du code de l'urbanisme prévoit que : " Toute aliénation visée à l'article L. 213-1 est subordonnée, à peine de nullité, à une déclaration préalable faite par le propriétaire à la mairie de la commune où se trouve situé le bien. Cette déclaration comporte obligatoirement l'indication du prix et des conditions de l'aliénation projetée (). Le titulaire du droit de préemption peut, dans le délai de deux mois prévu au troisième alinéa du présent article, adresser au propriétaire une demande unique de communication des documents permettant d'apprécier la consistance et l'état de l'immeuble (). / Le silence du titulaire du droit de préemption pendant deux mois à compter de la réception de la déclaration mentionnée au premier alinéa vaut renonciation à l'exercice du droit de préemption. / Le délai est suspendu à compter de la réception de la demande mentionnée au premier alinéa ou de la demande de visite du bien. Il reprend à compter de la réception des documents par le titulaire du droit de préemption, du refus par le propriétaire de la visite du bien ou de la visite du bien par le titulaire du droit de préemption. Si le délai restant est inférieur à un mois, le titulaire dispose d'un mois pour prendre sa décision. Passés ces délais, son silence vaut renonciation à l'exercice du droit de préemption. / () / Le titulaire du droit de préemption peut demander à visiter le bien dans des conditions fixées par décret. / () ". Et aux termes de l'article D. 213-13-1 du même code : " La demande de la visite du bien prévue à l'article L. 213-2 est faite par écrit. / Elle est notifiée par le titulaire du droit de préemption au propriétaire ou à son mandataire ainsi qu'au notaire mentionnés dans la déclaration prévue au même article, dans les conditions fixées à l'article R. 213-25. / Le délai mentionné au troisième alinéa de l'article L. 213-2 reprend à compter de la visite du bien ou à compter du refus exprès ou tacite de la visite du bien par le propriétaire ". Il résulte de ces dispositions que le délai de deux mois ouvert au titulaire du droit de préemption est suspendu lorsque celui-ci formule une demande unique de documents complémentaires ou une demande de visite des lieux. Si le délai restant à courir à la reprise du délai est inférieur à un mois, il est porté à un mois à l'expiration duquel le droit de préemption ne peut plus exercé.

6. En l'état de l'instruction et en raison de la réception de la décision de préemption par le notaire le 1er juillet 2023, soit à une date postérieure à la date du 30 juin 2023 à laquelle a expiré le délai de préemption correspondant à un délai d'un mois suivant la réception le 30 mai 2023 des pièces complémentaires demandées par la commune, le moyen tiré de ce que la commune d'Asnières-sur-Seine a exercé le droit de préemption en dehors du délai fixé à l'article L. 213-2 du code de l'urbanisme est de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision de préemption litigieuse. En raison de l'imprécision du projet de la commune et de la situation du bien dans une zone non prédéfinie par la commune, le moyen tiré de la méconnaissance des articles L. 210-1 et L. 300-1 du code de l'urbanisme est aussi de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de cette décision.

7. Aux termes de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme : " Lorsqu'elle annule pour excès de pouvoir un acte intervenu en matière d'urbanisme ou en ordonne la suspension, la juridiction administrative se prononce sur l'ensemble des moyens de la requête qu'elle estime susceptibles de fonder l'annulation ou la suspension, en l'état du dossier ". Aucun autre moyen n'est susceptible de fonder, en l'état du dossier, la suspension de la décision attaquée.

8. Il résulte de tout ce qui précède que l'exécution de la décision du 14 juin 2023 par laquelle le maire de la commune d'Asnières-sur-Seine a décidé d'exercer, au nom de la commune, le droit de préemption urbain sur la vente du bien cadastré S77, sis 34 Boulevard Voltaire à Asnières sur Seine est suspendue, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de la décision attaquée.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

9. Il résulte des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, que le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée, et peut, même d'office, ou pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation.

10. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de la commune d'Asnières la somme de 900 euros au titre des frais liés à l'instance exposés par la SCI NRS en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : L'exécution de la décision du 14 juin 2023 par laquelle le maire de la commune d'Asnières-sur-Seine a décidé d'exercer, au nom de la commune, le droit de préemption urbain sur la vente du bien cadastré S77, sis 34 Boulevard Voltaire à Asnières sur Seine est suspendue, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de la décision attaquée.

Article 2 : La commune d'Asnières versera à la SCI NRS la somme de 900 euros au titre des frais liés à l'instance en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la SCI NRS est rejeté.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à la société NRS et à la commune d'Asnières-sur-Seine.

Fait à Cergy, le 22 novembre 2023.

Le juge des référés,

signé

G. Thobaty

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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