Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2312889

jeudi 13 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2312889
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation11ème Chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête, un mémoire et des pièces complémentaires, enregistrés

les 28 septembre 2023 et 3 janvier 2024 sous le numéro 2312889, Mme C A épouse B, représentée par Me Parastatis, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 31 août 2023 par lequel le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 75 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation administrative dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme A épouse B soutient que :

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux et particulier de sa situation ;

- elle méconnait l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- la décision est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de séjour sur laquelle elle est fondée ;

- elle méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 décembre 2023, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés et communique les pièces du dossier.

II. Par une requête, un mémoire et des pièces complémentaires, enregistrés

les 28 septembre 2023 et 3 janvier 2024 sous le numéro 2312891, M. D B, représenté par Me Parastatis, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 31 août 2023 par lequel le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour,l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 75 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation administrative dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. B soutient que :

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux et particulier de sa situation ;

- elle méconnait l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- la décision est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de séjour sur laquelle elle est fondée ;

- elle méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 décembre 2023, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés et communique les pièces du dossier.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Bocquet, conseillère ;

- et les observations de Me Parastatis, représentant les époux B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C A épouse B et M. D B, ressortissants malgaches nés respectivement les 20 décembre 1997

et 6 octobre 1981, sont entrés en France le 15 septembre 2019 munis d'un visa de court séjour. Mme A épouse B et M. B ont sollicité respectivement leur admission exceptionnelle au séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile le 27 janvier 2023 et le 27 mars 2023. Par les arrêtés du 31 août 2023 attaqués, le préfet du Val-d'Oise a refusé de leur délivrer un titre de séjour, leur a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de leur renvoi.

Sur la jonction :

2. Les requêtes n°2312889 et 2312891 présentées pour Mme A épouse B et M. B sont relatives à la situation d'un couple de ressortissants étrangers et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour qu'il y soit statué par un seul jugement.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les décisions portant refus de titre de séjour :

3. Les décisions litigieuses comportent l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation des décisions attaquées doit être écarté.

4. Il ne ressort ni des pièces du dossier, ni des termes des arrêtés attaqués, que le préfet du Val-d'Oise n'aurait pas procédé, avant son édiction, à l'examen particulier des situations personnelles de Mme A épouse B et de M. B.

5. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 / () ".

6. D'une part, si les requérants démontrent une résidence habituelle en France depuis le début de l'année 2020, une durée de trois ans et huit mois n'est pas suffisante pour constituer un motif exceptionnel au séjour. D'autre part, si les requérants font état de leurs efforts d'intégration sociale et professionnelle, il ressort que M. B a exercé plusieurs emplois en qualité de chauffeur-livreur de décembre 2019 à la date de la décision attaquée, pour une durée totale établie de deux ans et six mois, et que Mme A épouse B exerce un emploi de garde d'enfant depuis le mois d'octobre 2020 pour une durée de travail totale établie de deux ans et onze mois. Ainsi, compte tenu de leur faible durée et de l'absence de qualification particulière, les expériences professionnelles dont se prévalent les requérants sont insuffisantes pour caractériser un motif d'admission exceptionnelle au titre du travail. Enfin, la vie familiale en France des intéressés ne relève d'aucun motif exceptionnel ou humanitaire, la circonstance que leurs deux enfants, nés dans leur pays d'origine, soient scolarisés en France n'ouvrant aucun droit particulier au séjour. En tout état de cause, ils ne font état d'aucun obstacle à leur retour avec leurs enfants dans leur pays d'origine, où ils n'établissent pas être dépourvus d'attaches. C'est donc sans méconnaitre l'article L. 435-1 précité ni commettre une erreur manifeste d'appréciation que le préfet du Val-d'Oise a refusé de leur délivrer, à titre exceptionnel, un titre de séjour.

En ce qui concerne les décisions portant obligation de quitter le territoire français :

7. Les décisions refusant à Mme A épouse B et à M. B un titre de séjour n'étant pas entachées d'illégalités, les décisions portant obligation de quitter le territoire français n'ont pas été prises sur le fondement de décisions illégales. Par suite, le moyen tiré de telles exceptions d'illégalités ne peut qu'être écarté.

8. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

9. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 6 du présent jugement, les décisions portant obligation de quitter le territoire français ne peuvent être regardées comme portant une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale de Mme A épouse B et de M. B tel que garanti par les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Le moyen qui en est tiré ne peut, par suite, qu'être écarté. Il en va de même du moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les requêtes doivent être rejetées, y compris dans leurs conclusions aux fins d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : Les requêtes susvisées n°2312889 et 2312891 sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A épouse B, à M. D B et au préfet du Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 30 mai 2024, à laquelle siégeaient :

M. d'Argenson, président,

M. Robert, premier conseiller,

Mme Bocquet, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juin 2024.

La rapporteure,

signé

P. BocquetLe président,

signé

P.-H. d'ArgensonLe greffier,

signé

V. Guillaume

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne, et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2312889 et 2312891