mercredi 10 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2312997 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 1ère Chambre (JU) |
| Avocat requérant | LOREAU |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 25 septembre 2023, la SCI les 2J, représentée par Me Natacha Loreau, demande au tribunal :
1°) de condamner l'Etat à lui verser une somme de 2 946,36 euros en réparation du préjudice subi à la suite du refus du préfet des Hauts-de-Seine de lui accorder le concours de la force publique, avec intérêts de droit et capitalisation ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 4 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la responsabilité de l'Etat est engagée en raison du refus du préfet de lui accorder le concours de la force publique pour procéder à l'expulsion des occupants sans titre du logement dont elle est propriétaire ;
- le préjudice subi s'élève à 2 946,36 euros correspondant à la différence, pour la période entre le 2 mars 2023 et le 31 août 2023, entre le montant des indemnités d'occupation versées par les occupants sans titre et le montant des loyers des offres de location qui lui ont été faites pour le bien en mars 2023.
Par un mémoire, enregistré le 24 juin 2024, le préfet des Hauts-de-Seine conclut que la responsabilité de l'Etat est engagée à hauteur de 2 946,36 euros.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- le code de la construction et de l'habitation ;
- le code des procédures civiles d'exécution ;
-le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Baude en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Baude a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. La SCI LES 2J a donné à bail commercial le 9 février 2006 des locaux lui appartenant 76 rue de Paris à Clichy. Elle demande au tribunal de condamner l'Etat à lui verser une indemnité de 2 946,36 euros en réparation du préjudice subi à la suite du refus du préfet des Hauts-de-Seine de lui accorder le concours de la force publique pour expulser, en exécution d'une ordonnance du juge des référés du tribunal judiciaire de Nanterre du 22 novembre 2022, les occupants sans titre de ces locaux suite à la résiliation de ce bail.
Sur la responsabilité :
2. Aux termes de l'article L. 153-1 du code des procédures civiles d'exécution : " L'Etat est tenu de prêter son concours à l'exécution des jugements et des autres titres exécutoires. Le refus de l'Etat de prêter son concours ouvre droit à réparation. ". Aux termes de l'article R. 153-1 du même code : " Si l'huissier de justice est dans l'obligation de requérir le concours de la force publique, il s'adresse au préfet () Le défaut de réponse dans un délai de deux mois équivaut à un refus () ".
3. Tout justiciable nanti d'une décision de justice exécutoire est en droit d'obtenir, si nécessaire, que l'État lui apporte l'assistance de la force publique pour son exécution. L'État ne peut légalement refuser de prêter le concours de la force publique que si l'exécution forcée de la décision de justice est de nature à porter à l'ordre public des troubles d'une exceptionnelle gravité. L'autorité de police dispose, sous réserve de l'application éventuelle de l'article L. 412-6, d'un délai de deux mois pour assurer l'exécution forcée d'un jugement d'expulsion et que, passé ce délai, le justiciable nanti d'un tel jugement est en droit d'obtenir la réparation intégrale des préjudices dont l'inexécution de la décision de justice est à l'origine.
4. Il résulte de l'instruction que la requérante a requis le concours de la force publique le 23 janvier 2023. Le préfet, au terme du délai de deux mois dont il disposait pour répondre à la réquisition, a implicitement refusé de l'accorder le 23 mars 2023. La période de responsabilité de l'Etat a ainsi commencé à courir à compter de cette date.
Sur le préjudice :
5. Le montant dont l'État est redevable au titre de l'indemnité pour perte de loyers et charges équivaut à la dette locative qui, pendant la période de responsabilité, a été contractée par l'occupant vis-à-vis du bailleur. Pour calculer cette dette, il convient de prendre en considération, d'une part, le montant du loyer et des charges, tel qu'il résulte du bail, à l'exclusion de tout éventuel supplément de loyer ou de tous frais dont il ne serait pas établi qu'ils constitueraient directement et certainement la conséquence du refus de concours de la force publique durant la période considérée et, après, le cas échéant, imputation de l'aide personnalisée au logement, et d'autre part, les versements effectués par le locataire durant et après la période en cause, lesquels s'imputent toutefois en priorité sur le solde de la dette à la date du début de la période de responsabilité, lorsque ni l'occupant ni le bailleur n'ont clairement manifesté de volonté d'affecter ces remboursements à la dette due au titre de cette période et qu'ils ne correspondent pas à l'échéance courante du loyer ou des charges.
6. La SCI requérante réclame une indemnité de 2 946,36 euros correspondant à la différence, sur la période du 2 mars 2023 au 31 août 2023, entre le montant des indemnités d'occupation fixées par l'ordonnance du juge des référés du tribunal judiciaire de Nanterre, soit 783,04 euros mensuels, et le montant des loyers proposés dans deux offres de location qui lui ont été faites pour son bien en mars 2023, soit 1 250 euros mensuels. Ces pièces ne permettent toutefois pas d'établir, à elles seules, que cette somme serait représentative de la valeur locative des locaux. En outre il était loisible à la requérante de solliciter, si elle s'y croyait fondée, du juge des référés du tribunal judiciaire de Nanterre l'actualisation de l'indemnité provisionnelle fixée par celui-ci. Par ailleurs il n'est nullement établi que ces deux offres, dont les émetteurs ne sont pas identifiés, auraient donné lieu à la conclusion de baux commerciaux entre mars et août 2023, ces émetteurs étant des sociétés en cours de constitution dont la capacité à s'engager demeurait aléatoire à la date d'émission de ces offres. Enfin, et en tout état de cause, le préjudice invoqué demeure étranger à la dette locative due par les occupants, seul préjudice susceptible d'être mis à la charge de l'Etat au titre de sa carence à exécuter la décision prononçant leur expulsion. Par suite le préjudice de la SCI n'est pas établi.
7. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de rejeter les conclusions indemnitaires de la requérante et, par voie de conséquence, les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D É C I D E :
Article 1er :La requête de la SCI LES 2 J est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SCI LES 2J et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera adressé au préfet des Hauts-de-Seine.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 juillet 2024.
Le magistrat désigné,
signé
F. - E. Baude
La greffière,
signé
S. Le GueuxLa République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
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01/06/2026