Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2313051

lundi 8 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2313051
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationPole Social (JU)

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires complémentaires, enregistrés les 26 septembre et 19 octobre 2023 et 9 février 2024, M. C doit être regardé comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler pour excès de pouvoir la décision implicite née du silence gardé par la commission de médiation du département du Val-d'Oise sur son recours amiable tendant à la reconnaissance du caractère prioritaire et urgent de sa demande de logement social ;

2°) d'enjoindre à la commission de médiation de réexaminer sa situation ;

3°) d'enjoindre à l'État de lui attribuer un logement adapté à la situation de sa famille.

Il soutient que :

- il dispose du statut de réfugié ce qui lui garantit le droit à un logement stable ;

- il travaille et peut subvenir aux besoins de sa famille ;

- la commission de médiation doit respecter les délais dans lesquels elle doit statuer ;

- la commission de médiation n'a indiqué aucun motif légal de refus ;

- il satisfait les critères prévus par la loi pour voir sa demande de logement social reconnue comme prioritaire et urgente ;

- il a effectué de nombreuses démarches antérieures pour obtenir une solution de relogement pour sa famille.

Par un mémoire en défense enregistré le 26 décembre 2023, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête comme non fondée.

Un mémoire et pièces complémentaires ont été présentés par M. B le 8 mars 2024

Vu

- la décision attaquée ;

- les pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Lepetit-Collin, vice-présidente, pour statuer sur les litiges en application des dispositions de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

La rapporteure publique a été dispensée, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Lepetit-Collin, magistrate désignée, a été entendu au cours de l'audience publique.

La clôture de l'instruction est intervenue après l'appel de l'affaire à l'audience en application des dispositions de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. B a saisi la commission de médiation du département du Val-d'Oise d'un recours tendant à ce que sa demande de logement soit reconnue urgente et prioritaire en application du II de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation. Si, dans sa requête introductive d'instance, le requérant demande l'annulation de la décision implicite née du silence gardé par la commission sur cette demande, il ressort des pièces du dossier que la commission de médiation s'est prononcée par une décision expresse de rejet en date du 21 juillet 2023 sur le recours amiable de M. B. Le requérant doit donc être regardé comme demandant l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. Aux termes, d'une part, de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation : " Le droit à un logement décent et indépendant, mentionné à l'article 1er de la loi n° 90-449 du 31 mai 1990 visant à la mise en œuvre du droit au logement, est garanti par l'État à toute personne qui, résidant sur le territoire français de façon régulière et dans des conditions de permanence définies par décret en Conseil d'État, n'est pas en mesure d'y accéder par ses propres moyens ou de s'y maintenir. / Ce droit s'exerce par un recours amiable puis, le cas échéant, par un recours contentieux dans les conditions et selon les modalités fixées par le présent article et les articles L. 441-2-3 et L. 441-2-3-1. ". Aux termes de l'article L. 441-2-3 du même code : " () II.-La commission de médiation peut être saisie par toute personne qui, satisfaisant aux conditions réglementaires d'accès à un logement locatif social, n'a reçu aucune proposition adaptée en réponse à sa demande de logement dans le délai fixé en application de l'article L. 441-1-4. / Elle peut être saisie sans condition de délai lorsque le demandeur, de bonne foi, est dépourvu de logement, menacé d'expulsion sans relogement, hébergé ou logé temporairement dans un établissement ou un logement de transition, un logement-foyer ou une résidence hôtelière à vocation sociale, logé dans des locaux impropres à l'habitation ou présentant un caractère insalubre ou dangereux. Elle peut également être saisie, sans condition de délai, lorsque le demandeur est logé dans des locaux manifestement suroccupés ou ne présentant pas le caractère d'un logement décent, s'il a au moins un enfant mineur, s'il présente un handicap au sens de l'article L. 114 du code de l'action sociale et des familles ou s'il a au moins une personne à charge présentant un tel handicap. Elle peut aussi être saisie sans condition de délai lorsque le demandeur ou une personne à sa charge est logé dans un logement non adapté à son handicap, au sens du même article L. 114. () ". Aux termes de l'article R. 441-14-1 du même code : " La commission, saisie sur le fondement du II ou du III de l'article L. 441-2-3, se prononce sur le caractère prioritaire de la demande et sur l'urgence qu'il y a à attribuer au demandeur un logement ou à l'accueillir dans une structure d'hébergement, en tenant compte notamment des démarches précédemment effectuées dans le département ou en Ile-de-France dans la région. / Peuvent être désignées par la commission comme prioritaires et devant être logées d'urgence en application du II de l'article L. 441-2-3 les personnes de bonne foi qui satisfont aux conditions réglementaires d'accès au logement social qui se trouvent dans l'une des situations prévues au même article et qui répondent aux caractéristiques suivantes : / -ne pas avoir reçu de proposition adaptée à leur demande dans le délai fixé en application de l'article L. 441-1-4 ; / -être dépourvues de logement. Le cas échéant, la commission apprécie la situation du demandeur logé ou hébergé par ses ascendants en tenant notamment compte de son degré d'autonomie, de son âge, de sa situation familiale et des conditions de fait de la cohabitation portées à sa connaissance ; () ".

3. Aux termes, d'autre part, de l'article R. 300-2 du code de la construction et de l'habitation : " Remplissent les conditions de permanence de la résidence en France mentionnées au premier alinéa de l'article L. 300-1 les étrangers autres que ceux visés à l'article R. 300-1 titulaires : / 1° Soit d'un titre de séjour d'une durée égale ou supérieure à un an, sous réserve que celui-ci ne soit pas périmé ; / 2° Soit d'un titre de séjour d'une durée inférieure à un an autorisant son titulaire à exercer une activité professionnelle ; / 3° Soit d'un visa d'une durée supérieure à trois mois conférant à son titulaire les droits attachés à un titre de séjour. /Un arrêté conjoint du ministre de l'intérieur et du ministre en charge du logement fixe la liste des titres de séjour concernés. ". Aux termes de l'article 2 de l'arrêté du 20 avril 2022 fixant la liste des titres de séjour prévue aux articles R. 300-1 et R. 300-2 du code de la construction et de l'habitation : " Les titres de séjour visés à l'article R. 300-2 du code de la construction et de l'habitation sont les suivants ou documents suivants en cours de validité : / 1. Carte de résident ; / 2. Carte de résident permanent ; / 3. Carte de résident portant la mention " résident de longue durée - UE " ; / 4. Carte de séjour pluriannuelle ; / 5. Carte de séjour portant la mention " passeport talent " ; / 6. Carte de séjour temporaire ; / 7. Certificat de résidence de ressortissant algérien ; / 8. Récépissé de demande de renouvellement de l'un des titres numérotés de 1 à 7 ; / 9. Récépissé de demande de titre de séjour valant autorisation de séjour portant la mention " reconnu réfugié " ou " a obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire " ou " bénéficiaire du statut d'apatride " ; / 10. Récépissé de demande de carte de résident délivrée aux conjoints de réfugiés ou de bénéficiaires de la protection subsidiaire arrivés dans le cadre de la procédure de réunification familiale prévue aux articles L. 561-2 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; / 11. Attestation de prolongation d'instruction d'une demande de renouvellement de titre de séjour, ou attestation de décision favorable sur une demande de renouvellement de titre de séjour selon la procédure prévue aux articles R. 431-15-1, R. 431-15-3 ou R. 431-15-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; / 12. Titre de séjour délivré à un ressortissant andorran ou à un ressortissant de pays tiers membre de sa famille mentionnant la convention signée le 4 décembre 2000 entre la République française, le Royaume d'Espagne et la Principauté d'Andorre relative à l'entrée, à la circulation, au séjour et à l'établissement de leurs ressortissants ; / 13. Passeport monégasque revêtu d'une mention du consul général de France à Monaco valant autorisation de séjour ; / 14. Visa de long séjour valant titre de séjour dès lors qu'il a fait l'objet de la procédure prévue à l'article R. 431-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; / 15. Autorisation provisoire de séjour prévue à l'article L. 425-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; / 16. Autorisation provisoire de séjour portant la mention " bénéficiaire de la protection temporaire " délivrée en application des articles L. 581-3 et R. 581-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. "

En ce qui concerne la légalité externe :

4. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que la décision de la commission de médiation en date du 21 juillet 2023 repose sur un unique motif tiré de ce que sa fille de Mme D ne justifiait d'aucun titre de séjour sur le territoire français. Le moyen tiré de ce que la commission de médiation n'aurait indiqué aucun motif de rejet de la demande du requérant ne peut donc qu'être écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 441-15 du code de la construction et de l'habitation : " () la commission de médiation rend sa décision dans un délai de trois mois à compter de la réception de la demande () ". L'arrêté du 19 décembre 2007 du ministre du logement et de la ville, pris pour l'application de l'article R. 441-14 du code de la construction et de l'habitation, prévoit que l'accusé de réception des demandes adressées aux commissions de médiation créées par la loi du 5 mars 2007, instituant le droit au logement opposable, devra mentionner que si, passé le délai de trois mois, prévu par l'article R. 441-15 du code de la construction et de l'habitation, la commission de médiation " ne s'est pas prononcée sur votre recours, celui-ci sera considéré comme rejeté (rejet implicite). ". Il résulte de ces dispositions que le silence gardé par l'administration sur un recours administratif fait naître une décision implicite de rejet qui peut être déférée au juge. Par suite, la circonstance que la commission de médiation a statué au-delà du délai de trois mois imparti par les dispositions du code de la construction et de l'habitation précitées n'a pas pour effet d'entacher sa décision d'illégalité.

En ce qui concerne la légalité interne :

6. En troisième lieu, si le requérant produit le visa de type D valable du 15 novembre 2022 au 13 février 2023 ayant permis l'entrée régulière de sa fille sur le territoire national ainsi que la carte de séjour pluriannuelle qui lui a été délivrée le 27 juillet 2023, soit postérieurement à la décision attaquée, et soutient avoir produit devant la commission de médiation le récépissé de demande de titre de séjour délivré par la préfecture à sa fille le temps de l'instruction de son dossier, le récépissé de dépôt d'une premier demande de carte de séjour pluriannuelle ne figure pas au nombre des titres de séjour énumérés à l'article 2 de l'arrêté du 20 avril 2022 cité au point 3. Si M. B se plaint des délais de traitement de la demande de titre de séjour de sa fille et soutient que ce retard ne saurait lui préjudicier, en tout état de cause, il ne ressort pas des pièces du dossier qui attestent du dépôt d'une demande de titre de séjour le 13 janvier 2023, que ces délais de traitement aient revêtu en l'espèce un caractère excessivement long. Dès lors, le moyen ne peut qu'être écarté.

7. En quatrième lieu, la commission de médiation ayant rejeté le recours amiable de M. B pour un motif tenant à l'irrecevabilité de sa demande, les moyens soulevés par le requérant et tirés de ce qu'il travaille, peut subvenir aux besoins de sa famille et de ce qu'il remplirait les critères prévus par la loi pour voir sa demande de logement social reconnue comme prioritaire et urgente, qui sont relatifs au bien-fondé de son recours amiable, ne peuvent qu'être écartés comme inopérants.

8. En dernier lieu, la circonstance que l'intéressé aurait effectué de nombreuses démarches antérieures pour obtenir une solution de relogement pour sa famille est également sans incidence en l'espèce sur la légalité de la décision attaquée.

9. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée. Il appartient toutefois à M. B, s'il s'y croit fondé, de présenter un nouveau recours devant la commission de médiation du Val-d'Oise en y joignant, le cas échéant, le titre de séjour obtenu par sa fille Mme D.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Copie en sera adressée au préfet du Val-d'Oise.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 avril 2024.

La magistrate désignée,

signé

H. Lepetit-Collin

La greffière,

signé

C. Mas

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expedition conforme,

La greffière