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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2313068

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2313068

lundi 17 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2313068
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationPole Social (JU)
Avocat requérantCABINET DAMY RAYNAL HERVE-LANCIEN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 25 septembre 2023, M. B A, représenté par Me Raynal, demande au tribunal :

1°) de condamner l'État à lui verser la somme de 10 000 euros en réparation des préjudices subis du fait de son absence d'hébergement ;

2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros à verser à son conseil sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'État versée au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- la responsabilité pour faute de l'État est engagée dès lors qu'il n'a reçu aucune proposition d'hébergement, alors qu'il a été reconnu prioritaire par la commission de médiation du droit au logement opposable le 1er mars 2019 et que le jugement du tribunal administratif de Cergy-Pontoise du 19 décembre 2019 ordonnant son hébergement n'a pas été exécuté ;

- il subit en conséquence des troubles de toutes natures dans ses conditions d'existence dès lors qu'il se trouve toujours sans situation d'hébergement stable.

Par deux mémoires en défense, enregistrés les 26 décembre 2023 et 14 mai 2024, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- le préjudice dont se prévaut M. A ne présente pas un caractère direct et certain, et que la demande d'indemnisation est ainsi infondée.

- la demande auprès du service intégré d'accueil et d'orientation est annulée " sans suite " depuis le 28 décembre 2022 ce qui met en échec la procédure d'hébergement.

Vu :

- la décision du 25 juillet 2022 par laquelle le président du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Pontoise a accordé à M. A le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale ;

- le jugement n° 1907206 du 19 décembre 2019 par lequel le tribunal administratif de Cergy - Pontoise a enjoint au préfet du Val-d'Oise d'assurer l'hébergement de M. A sous astreinte de 5 euros par jour de retard ;

- la décision par laquelle le président du tribunal a désigné Mme Lepetit-Collin, vice-présidente, pour statuer sur les litiges visés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative ;

- la décision par laquelle la présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Lepetit-Collin, magistrate désignée, a été entendu au cours de l'audience publique.

La clôture de l'instruction est intervenue après appel de l'affaire à l'audience en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. La commission de médiation du département du Val-d'Oise a, par une décision du 1er mars 2019, désigné M. A comme prioritaire et devant être accueilli dans une structure d'hébergement, un logement de transition, un logement-foyer ou une résidence hôtelière à vocation sociale. Par un jugement du 19 décembre 2019, le tribunal, saisi par l'intéressé sur le fondement de l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation, a enjoint au préfet du Val-d'Oise d'assurer son hébergement sous astreinte de 5 euros par jour de retard. N'ayant pas reçu de proposition d'hébergement, M. A a saisi le préfet d'une demande indemnitaire préalable par un courrier en date du 24 mai 2023. Cette demande a été implicitement rejetée. M. A demande au tribunal de condamner l'État à lui verser la somme de 10 000 euros en réparation des préjudices subis.

Sur les conclusions indemnitaires :

2. Aux termes de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation : " Le droit à un logement décent et indépendant () est garanti par l'État à toute personne qui () n'est pas en mesure d'y accéder par ses propres moyens ou de s'y maintenir. Ce droit s'exerce par un recours amiable puis, le cas échéant, par un recours contentieux dans les conditions et selon les modalités fixées par le présent article et les articles L. 441-2-3 et L. 441-2-3-1 ".

3. Lorsqu'une personne a été reconnue comme prioritaire et devant être accueillie dans une structure d'hébergement, un logement de transition, un logement-foyer ou une résidence hôtelière à vocation sociale par une commission de médiation, en application des dispositions du III ou du IV de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, la carence fautive de l'État à exécuter cette décision dans le délai imparti engage sa responsabilité à l'égard du demandeur au titre des troubles dans les conditions d'existence résultant du maintien de la situation qui a motivé la décision de la commission. La période de responsabilité de l'État court à compter de l'expiration du délai de six semaines que l'article R. 441-18 du même code impartit au préfet, à compter de la décision de la commission de médiation, pour proposer un accueil dans une structure d'hébergement, un logement de transition, un logement-foyer ou une résidence hôtelière à vocation sociale, ce délai étant porté à trois mois si la décision de la commission spécifie que l'accueil ne peut être proposé que dans un logement de transition ou dans un logement-foyer. Les troubles dans les conditions d'existence doivent être appréciés en tenant notamment compte des conditions d'hébergement ou de logement qui ont perduré du fait de la carence de l'État, de la durée de cette carence et du nombre de personnes composant le foyer du demandeur pendant la période de responsabilité de l'État.

En ce qui concerne les fautes :

4. D'une part, la commission de médiation a reconnu, le 1er mars 2019, le caractère urgent et prioritaire de la demande d'hébergement de M. A, l'intéressé devant être accueilli dans une structure d'hébergement, un logement de transition, un logement-foyer ou une résidence hôtelière à vocation sociale. Toutefois, le préfet n'a fait aucune offre d'hébergement à M. A avant le 12 avril 2019, date à laquelle cette absence d'hébergement a revêtu un caractère fautif. D'autre part, le jugement n° 1907206 du 19 décembre 2019 par lequel le tribunal administratif de Cergy - Pontoise a enjoint au préfet du Val-d'Oise d'assurer l'hébergement de M. A sous astreinte de 5 euros par jour de retard n'a reçu aucune exécution.

5. Il résulte de ce qui précède que les carences fautives dont l'État a fait preuve dans la mise en œuvre de son obligation d'hébergement de M. A sont établies.

En ce qui concerne la période de responsabilité et les préjudices :

6. Il résulte de l'instruction que la situation ayant motivé la décision de la commission de médiation à l'égard de M. A persiste, dès lors que l'intéressé est toujours sans solution d'hébergement stable et domicilié administrativement à l'antenne du Secours Catholique de Cergy. Ainsi, et contrairement à ce qu'allègue en défense le préfet du Val-d'Oise, la persistance de cette situation à compter du 12 avril 2019, date à laquelle la carence de l'État a revêtu un caractère fautif, a causé à M. A des troubles de toutes natures dans ses conditions d'existence lui ouvrant droit à réparation. Si le préfet du Val-d'Oise soutient, dans ses dernières écritures, fait valoir que la demande de M. A auprès du service intégré d'accueil et d'orientation (SIAO) serait déclarée sans suite depuis le 28 décembre 2022, cette circonstance ne saurait, en l'état du dossier, mettre fin à la période de responsabilité de l'État dès lors qu'il ne résulte pas de l'instruction que le comportement de l'intéressé serait à l'origine de cette déclaration " sans suite ".

7. Dès lors et compte tenu des conditions de logement de M. A qui ont perduré du fait de la carence de l'État, de la durée de cette carence et de la composition de son foyer, M. A vivant seul, il sera fait une juste appréciation du préjudice subi en évaluant l'indemnisation due à la somme totale de 2 600 euros.

8. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de condamner l'État à verser à M. A la somme de 2 600 euros.

Sur les frais liés au litige :

9. M. A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son conseil peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 susmentionnée. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Raynal, conseil de M. A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'État le versement à Me Raynal de la somme de1 080 euros.

D É C I D E :

Article 1er : L'État versera à M. A la somme de 2 600 (deux mille six cents) euros.

Article 2 : L'État versera la somme de 1 080 euros à Me Raynal, conseil de M. A, sous réserve qu'il renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle, sur le fondement des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Raynal et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Copie en sera adressée au préfet du Val-d'Oise.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 juin 2024.

La magistrate désignée

Signé

H. Lepetit-CollinLa greffière

Signé

C. Mas

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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