Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2313153

jeudi 29 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2313153
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 2 octobre 2023, M. A demande au tribunal d'annuler la décision du 22 août 2023 par laquelle le préfet du Val-d'Oise a maintenu la suspension de son permis de conduire de catégorie D pour motifs médicaux et limité à son permis de conduire de catégorie B l'aménagement tendant à ce que ses véhicules soient équipés d'un dispositif d'éthylotest anti-démarrage.

Il soutient que :

- le préfet aurait dû suivre l'avis de la commission médicale, qui n'a pas limité l'aménagement en cause à une seule catégorie de permis de conduire, mais l'a jugé " apte temporaire " pour une durée de six mois pour le groupe léger et le groupe lourd ;

- il a méconnu les dispositions légales applicables en limitant l'aménagement en question à son permis de catégorie B ;

- la décision attaquée l'empêche de poursuivre son activité salariée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 février 2024, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la route ;

- le code de procédure pénale ;

- l'arrêté du 28 mars 2022 fixant la liste des affections médicales incompatibles ou compatibles avec ou sans aménagement ou restrictions pour l'obtention, le renouvellement ou le maintien du permis de conduire ou pouvant donner lieu à la délivrance de permis de conduire de durée de validité limitée ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Par la présente requête, M. A demande au tribunal d'annuler la décision du 22 août 2023 par laquelle le préfet du Val-d'Oise a maintenu la suspension de son permis de conduire de conduire de catégorie D pour motifs médicaux et limité à son permis de conduire de catégorie B l'aménagement tendant à ce que ses véhicules soient équipés d'un dispositif d'éthylotest anti-démarrage.

2. Aux termes de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les présidents de tribunal administratif () et les présidents de formation de jugement des tribunaux () peuvent, par ordonnance : / () 7° Rejeter, après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire, les requêtes ne comportant que des moyens de légalité externe manifestement infondés, des moyens irrecevables, des moyens inopérants ou des moyens qui ne sont assortis que de faits manifestement insusceptibles de venir à leur soutien ou ne sont manifestement pas assortis des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé.() ".

3. En premier lieu, aux termes de l'article R. 221-13 du code de la route : " Le préfet soumet au contrôle médical de l'aptitude à la conduite : / () 3° Tout conducteur qui fait l'objet d'une mesure portant suspension du droit de conduire d'une durée supérieure à un mois pour l'une des infractions prévues au présent code, autres que celles mentionnées au 1° ci-dessus. ". Selon le I de l'article R. 221-14 du même code : " Postérieurement à la délivrance du permis, le préfet peut enjoindre à un conducteur de se soumettre à un contrôle médical de l'aptitude à la conduite : / 1° Dans le cas où les informations en sa possession lui permettent d'estimer que l'état de santé du titulaire du permis peut être incompatible avec le maintien de ce permis de conduire. Cet examen médical est réalisé par un médecin agréé consultant hors commission médicale ; au vu de l'avis médical émis, le préfet prononce, s'il y a lieu, soit la restriction de validité, la suspension ou l'annulation du permis de conduire, soit le changement de catégorie de ce titre ; / 2° A tout conducteur impliqué dans un accident corporel de la circulation routière ; / 3° Avant la restitution de son permis, à tout conducteur ou accompagnateur d'un élève conducteur à l'encontre duquel il a prononcé une mesure restrictive ou suspensive du droit de conduire pour l'une des infractions prévues par les articles L. 234-1, L. 234-8, L. 235-1 et L. 235-3, afin de déterminer si l'intéressé dispose de l'aptitude médicale à la conduite du véhicule. Cette mesure est prononcée, selon le cas, par le préfet du département de résidence du conducteur ou de l'accompagnateur de l'élève conducteur. ".

4. Il ressort des pièces du dossier qu'à la suite d'une infraction au code de la route consécutive à une consommation excessive d'alcool, le permis de conduire de M. A a été suspendu le 5 octobre 2019 pour six mois, avec obligation d'un avis favorable de la commission médicale du permis de conduire. M. A a retrouvé ses droits à conduire le 26 mai 2020 pour six mois, puis le 20 novembre 2020 à nouveau pour six mois, ensuite le 19 mai 2021 pour un an et à nouveau pour six mois les 30 juin et 16 décembre 2022, car ses résultats médicaux ne donnaient pas satisfaction à la commission. Par avis du 22 août 2023, la commission médicale a jugé M. A " apte temporaire " pour une durée de six mois pour le groupe léger et le groupe lourd. Toutefois, par décision du même jour, le préfet du Val-d'Oise a décidé de maintenir la suspension du permis de conduire de catégorie D de M. A et de limiter à son permis de conduire de catégorie B l'aménagement tendant à ce que ses véhicules soient équipés d'un dispositif d'éthylotest anti-démarrage. Dans la mesure où l'avis de la commission médicale n'est qu'un avis simple qui ne lie pas le préfet, le moyen tiré de ce qu'il n'aurait pas suivi cet avis doit être écarté comme étant manifestement infondé.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 224-6 du code de la route : " I. - Dans les cas prévus aux articles L. 224-2 et L. 224-7, le préfet peut restreindre le droit de conduire d'un conducteur ayant commis l'une des infractions prévues par les articles L. 234-1, L. 234-8 et R. 234-1, par arrêté, pour une durée qui ne peut excéder un an, aux seuls véhicules équipés d'un dispositif homologué d'anti-démarrage par éthylotest électronique, installé par un professionnel agréé ou par construction, conformément aux dispositions de l'article L. 234-17, en état de fonctionnement et après avoir utilisé lui-même ce dispositif sans en avoir altéré le fonctionnement. / () ". En vertu de l'arrêté du 28 mars 2022 susvisé, les véhicules relevant de la catégorie des catégories du groupe lourd ou groupe 2 ne sont pas concernés par le dispositif d'éthylotest antidémarrage. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que le préfet aurait dû étendre ce dispositif au permis de catégorie D de M. A, qui relève du groupe 2, doit être écarté comme n'étant assorti que de faits manifestement insusceptibles de venir à son soutien.

6. En troisième lieu, si M. A soutient que la décision attaquée l'empêche de poursuivre son activité salariée, un tel moyen est sans incidence sur sa légalité. Il doit donc être écarté comme étant inopérant.

7. La requête de M. A ne comporte que des moyens manifestement infondés, seulement assortis de faits manifestement insusceptibles de venir à leur soutien et inopérants. Dès lors, à défaut de moyen utile soulevé dans le délai de recours contentieux, il y a lieu de rejeter les conclusions de M. A, qui n'a pas annoncé de mémoire complémentaire, sur le fondement des dispositions précitées du 7° de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

Par ces motifs, le tribunal ordonne :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et au préfet du Val-d'Oise.

Fait à Cergy, le 29 février 2024.

La présidente de la 3ème chambre,

signé

C. Oriol

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.