Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2313205
vendredi 31 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2313205 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
I. Par une requête et un mémoire, enregistrés les 5 et 26 octobre 2023, sous le numéro 2313205, M. E B, représenté par Me Traore, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler la décision, révélée par une lettre de l'Office français de l'immigration et de l'intégration du 24 août 2023, par laquelle le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour et a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français ;
2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de lui délivrer un titre de séjour mention " salarié " ou à défaut de réexaminer sa situation ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
S'agissant de la décision de refus de délivrance d'un titre de séjour :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation particulière ;
- elle méconnait les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français :
- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre qu'elle assortit ;
- elle méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 30 novembre 2023, le préfet du Val-d'Oise conclut au non-lieu à statuer sur la requête de M. B.
Il fait valoir que le requérant a été mis en possession d'un récépissé de demande de titre de séjour valable du 6 octobre 2023 au 5 janvier 2024, le temps nécessaire à l'instruction de sa demande de titre de séjour et que, par suite, la requête est devenue sans objet.
II. Par une requête, enregistrée le 4 janvier 2024, sous le numéro 2400093, M. D, représenté par Me Traore, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté en date du 4 décembre 2023 par lequel le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de lui délivrer un titre de séjour mention " salarié " ou " vie privée et familiale " ou à défaut de réexaminer sa situation ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'arrêté attaqué a été signé par une autorité incompétente ;
- il est insuffisamment motivé ;
- il méconnaît l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision l'obligeant à quitter le territoire français est illégale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre qu'elle assortit.
Par un mémoire en défense, enregistré le 21 février 2024, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- l'accord franco-sénégalais du 23 septembre 2006 modifié ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience ;
Le rapport de Mme Chaufaux a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. E B, ressortissant sénégalais né le 21 mars 1990, entré en France le 5 août 2018 selon ses déclarations, a sollicité le 13 juillet 2021 son admission exceptionnelle au séjour en qualité de salarié. Par une lettre en date du 24 août 2023, l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) conviait M. B à une rencontre afin de l'informer sur les dispositifs d'aide au retour volontaire proposés par l'OFII suite à l'obligation de quitter le territoire français reçue par ce dernier. Par une première requête, enregistrée sous le numéro 2313205, M. B demande au tribunal d'annuler la décision par laquelle le préfet du Val-d'Oise a rejeté sa demande de titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français, décision révélée selon lui par la lettre de l'OFII du 24 août 2023. Par un arrêté du 4 décembre 2023, le préfet du Val-d'Oise a refusé de délivrer un titre de séjour à M. B, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par une seconde requête, enregistrée sous le numéro 2400093, M. B demande l'annulation de cet arrêté.
2. Les requêtes susvisées enregistrées sous les numéros 2313205 et 2400093 présentent à juger les mêmes questions et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a donc lieu de les joindre pour y statuer par un seul et même jugement.
Sur l'étendue du litige et l'exception de non-lieu à statuer opposée par le préfet du Val-d'Oise en ce qui concerne la requête n°2313205 :
3. En premier lieu, d'une part, il ressort des pièces du dossier qu'à la date de l'enregistrement de la requête, aucune décision du préfet du Val-d'Oise relative à la demande de titre de séjour de M. B n'était intervenue. La circonstance que l'OFII ait convié M. B, par lettre du 24 août 2023, à une rencontre afin de l'informer sur les dispositifs d'aide au retour volontaire proposés par l'OFII, alors qu'à cette date aucune décision obligeant ce dernier à quitter le territoire français n'avait été prise, pour regrettable qu'elle soit, n'a pas eu pour effet de révéler une telle décision. Il s'ensuit qu'à la date d'enregistrement de la requête n°2313205 celle-ci présentait un caractère prématuré. D'autre part, par un arrêté du 4 décembre 2023 le préfet du Val-d'Oise s'est prononcé sur la situation de M. B et a refusé de délivrer un titre de séjour à M. B, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Il s'ensuit qu'il y a lieu de rediriger les conclusions contre l'arrêté du préfet du Val-d'Oise du 4 décembre 2023.
4. En second lieu, la circonstance que le requérant a été mis en possession d'un récépissé de demande de titre de séjour valable du 6 octobre 2023 au 5 janvier 2024 n'a pas eu pour effet de faire perdre son objet à la requête n°2313205, dès lors que, comme exposé au point 3, les conclusions de cette requête sont redirigées contre l'arrêté du préfet du Val-d'Oise du 4 décembre 2023. Par suite, l'exception de non-lieu à statuer ne peut qu'être écartée.
Sur les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 4 décembre 2023 :
5. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par Mme A C, cheffe du bureau du contentieux et de l'éloignement, qui bénéficiait, en vertu d'un arrêté n° 23-064 du 14 novembre 2023, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture, d'une délégation du préfet à l'effet de signer, en cas d'absence ou d'empêchement du directeur des migrations et de l'intégration et de son adjointe, les décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français. Il n'est pas établi que le directeur des migrations et de l'intégration et son adjointe n'auraient pas été absents ni empêchés à la date des décisions contestées. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté aurait été signé par une autorité incompétente doit être écarté.
En ce qui concerne le refus de titre de séjour :
6. En premier lieu, la décision attaquée vise notamment les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, mentionne également différents éléments de la situation personnelle et familiale de M. B. Elle contient ainsi l'exposé des considérations de droit et de fait sur lesquelles s'est fondé le préfet du Val-d'Oise pour prendre la décision en litige. Dès lors, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision attaquée doit être écarté. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet du Val-d'Oise n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de M. B au regard de son droit au séjour avant de prendre la décision attaquée.
7. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ". Aux termes du paragraphe 42 de l'article 4 de l'accord franco-sénégalais du 23 septembre 2006 modifié : " () Un ressortissant sénégalais en situation irrégulière en France peut bénéficier, en application de la législation française, d'une admission exceptionnelle au séjour se traduisant par la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant : / - soit la mention " salarié " s'il exerce l'un des métiers mentionnés dans la liste figurant en annexe IV de l'Accord et dispose d'une proposition de contrat de travail / - soit la mention "vie privée et familiale" s'il justifie de motifs humanitaires ou exceptionnels. () ".
8. Dans l'hypothèse où il serait fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ", un demandeur qui justifierait d'une promesse d'embauche ou d'un contrat de travail ne saurait être regardé, par principe, comme attestant des motifs exceptionnels exigés par la loi. Il appartient, en effet, à l'autorité administrative, sous le contrôle du juge, d'examiner si la qualification, l'expérience et les diplômes de l'étranger, ainsi que les caractéristiques de l'emploi auquel il postule, de même que tout élément de sa situation personnelle dont l'étranger ferait état à l'appui de sa demande, tel que l'ancienneté de son séjour en France, peuvent constituer, en l'espèce, des motifs exceptionnels d'admission au séjour.
9. D'une part, si M. B produit des bulletins de salaires et des certificats de travail pour un emploi d'ouvrier auprès de la société DG bâtiment du 2 janvier 2019 au 31 décembre 2019 et de la société BBRI du 1er janvier 2020 au 31 décembre 2020, il ressort des pièces du dossier que les sociétés DG Bâtiment et BBRI n'ont pas répondu à la demande d'authentification des bulletins de salaire de la préfecture du Val-d'Oise. Par ailleurs, si M. B produit les contrats de travail et les bulletins de salaire pour un emploi d'ouvrier auprès de la société Bateco du 1er janvier 2021 au 31 avril 2021 et de la société Carcelli Entreprises du 1er juillet 2021 au 31 mai 2022 ainsi qu'une demande d'autorisation de travail pour un emploi de carreleur au sein de la société NJ en date du 12 juin 2022, ces éléments sont insuffisants pour démontrer une intégration professionnelle stable et pérenne. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que M. B est célibataire et sans charge de famille en France et qu'il n'allègue, ni ne justifie, être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de vingt-huit ans. Il s'ensuit que le requérant, qui ne justifie d'aucune considération humanitaire ni motif exceptionnel permettant la délivrance à titre exceptionnel d'un titre de séjour, n'est pas fondé à soutenir que le préfet du Val-d'Oise aurait méconnu les dispositions précitées de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
10. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. "
11. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 9, la décision attaquée n'a pas porté au droit du requérant au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise et n'a, par suite, pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
12. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit ci-dessus que la décision de refus de titre de séjour n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, M. B ne peut se prévaloir, par voie d'exception, de l'illégalité de cette décision, pour demander l'annulation de la décision l'obligeant à quitter le territoire français.
13. En second lieu, M. B n'invoque aucun argument distinct de ceux énoncés à l'encontre de la décision portant refus de séjour propre à faire ressortir que la décision l'obligeant à quitter le territoire français méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il s'ensuit que ce moyen doit être écarté par les motifs qui ont été opposés au même moyen articulé contre la décision de refus de titre de séjour.
14. Il résulte de ce qui précède que les requêtes n°2313205 et 2400093 présentées par M. B doivent être rejetées en toutes leurs conclusions.
D E C I D E:
Article 1er : Les requêtes n°2313205 et 2400093 de M. B sont rejetées.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E B et au préfet du Val-d'Oise.
Copie en sera adressée au ministre de l'Intérieur et des Outre-mer.
Délibéré après l'audience du 7 mai 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Edert, présidente,
M. Baude, premier conseiller,
Mme Chaufaux, première conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 mai 2024.
La rapporteure,
signé
E. Chaufaux
La présidente,
signé
S. EdertLa greffière,
signé
S. Le Gueux
La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2 et 2400093
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