Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2313362
mercredi 25 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2313362 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 9 octobre 2023, Mme A B, représentée par Me Navy, demande au juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions de l'article
L. 521-3 du code de justice administrative :
1°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de lui remettre effectivement le titre de séjour annoncé, dans un délai d'une semaine, à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 300 euros par jour de retard ;
2°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de lui remettre un document provisoire l'autorisant à travailler et de le renouveler jusqu'à la remise effective du titre de séjour, dans un délai d'une semaine, à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 300 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- sur l'urgence, elle se trouve, depuis le 17 mai 2023, sans aucun document de séjour malgré les démarches entamées en temps utiles et ne peut plus circuler librement ni faire valoir ses droits, que son employeur n'a pas la preuve matérielle de son droit au séjour et l'a mise en demeure d'en justifier, risquant ainsi de perdre son emploi alors qu'elle a alerté en vain à plusieurs reprises les services de la préfecture des Hauts-de-Seine de cette situation ;
- la mesure est utile en ce qu'elle permettra de matérialiser son droit au séjour et ainsi de la rétablir dans ses droits et en ce que le préfet des Hauts-de-Seine, qui a reçu son dossier, le
14 février 2023, ne lui a jamais remis de document de séjour même provisoire, alors qu'il a été sollicité, à plusieurs reprises, en vain, et surtout qu'il l'avait informée, au préalable, par courriel en date du 17 août 2023 de sa décision favorable et de la délivrance d'une carte de séjour dans un délai de dix jours ;
- la mesure demandée ne fait obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative.
La requête a été communiquée au préfet des Hauts-de-Seine qui n'a pas produit d'observations.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Poyet, premier conseiller, en application des dispositions de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes en référé.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A B, ressortissante marocaine née le 22 décembre 1974 à Marrakech au Maroc, titulaire d'une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " salarié " valable du 18 mai 2019 au 17 mai 2023, demande au juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de lui remettre effectivement le titre de séjour annoncé, le 17 août 2023 ou de lui remettre un document provisoire l'autorisant à travailler et de le renouveler jusqu'à la remise effective dudit titre de séjour.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
2. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative. ".
3. Eu égard aux conséquences qu'a sur la situation d'un étranger, notamment sur son droit à se maintenir en France et, dans certains cas, à y travailler, la détention du récépissé qui lui est en principe remis après l'enregistrement de sa demande et au droit qu'il a de voir sa situation examinée au regard des dispositions relatives au séjour des étrangers en France, il incombe à l'autorité administrative, après lui avoir fixé un rendez-vous, de le recevoir en préfecture et, si son dossier est complet, de procéder à l'enregistrement de sa demande, dans un délai raisonnable. Lorsque le rendez-vous ne peut être demandé qu'après avoir procédé en ligne à des formalités préalables, il résulte de ce qui vient d'être dit que si l'étranger établit n'avoir pu les accomplir, il peut demander au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet de lui communiquer, dans un délai qu'il fixe, une date de rendez-vous. Il appartient alors au juge des référés d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate de cette impossibilité sur la situation concrète de l'intéressé. La condition d'urgence est ainsi en principe constatée dans le cas d'une demande de renouvellement d'un titre de séjour. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui d'obtenir rapidement ce rendez-vous. Si la situation de l'étranger le justifie, le juge peut préciser le délai maximal dans lequel celui-ci doit avoir lieu. Il fixe un délai bref en cas d'urgence particulière.
4. Il résulte de l'instruction que Mme B, était titulaire d'une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " salarié - zone toute la France métropolitaine " valable du
18 mai 2019 au 17 mai 2023. Elle produit un courriel émanant des services de la préfecture des Hauts-de-Seine, en date du 17 août 2023, qui mentionne " () Votre carte de séjour est en cours de fabrication, elle sera disponible dans une dizaine de jours. / Je vous remercie de bien vouloir attendre le SMS qui vous préviendra de la disponibilité de votre titre de séjour () ". Elle fait valoir, sans être contredite, qu'elle ne bénéficie pas d'un titre de séjour en cours de validité ni d'un récépissé de sa demande de première de carte de résident ou, à défaut, de renouvellement de sa carte de séjour pluriannuelle depuis le 17 août 2023, malgré son courrier en ce sens auprès des services de la préfecture des Hauts-de-Seine, le 5 septembre 2023. Elle produit, enfin, deux lettres de son employeur, des 4 et 25 septembre 2023, et notamment la dernière, qui la met en demeure notamment de présenter un titre de séjour valable d'ici la fin du mois d'octobre 2023. Eu égard aux conséquences de la détention d'un titre de séjour et, notamment du droit au séjour et du droit au travail de l'étranger, la demande de Mme B, et alors, au demeurant, que les services de la préfecture des Hauts-de-Seine ont avisé l'intéressée, par courriel en date du
17 août 2023, que sa carte de séjour est " en cours de fabrication " et sera disponible dans une dizaine de jours, dont il ne résulte pas de l'instruction qu'elle ferait obstacle à l'exécution d'une décision administrative, présente un caractère d'urgence et d'utilité.
5. Il y a lieu, dans ces conditions, d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de convoquer Mme B à un rendez-vous en préfecture en vue de la régularisation de sa situation. Il y a lieu de prescrire l'exécution de cette mesure dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance. Il n'y a, toutefois, pas lieu d'assortir cette obligation, pour cette fois, de l'astreinte demandée.
Sur les frais du litige :
6. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre une somme de 800 euros à la charge de l'Etat au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : Il est enjoint au préfet des Hauts-de-Seine de convoquer Mme B à un
rendez-vous en vue de la régularisation de sa situation, dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance.
Article 2 : L'Etat versera à Mme B une somme de 800 euros en application de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera adressée au préfet des Hauts-de-Seine.
Fait à Cergy, le 25 octobre 2023
Le juge des référés,
Signé
M. Poyet
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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