Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2313532
jeudi 27 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2313532 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 11ème Chambre |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire en réplique, enregistrés le 11 octobre 2023 et 29 janvier 2024, M. B D, représenté par Me Giudicelli-Jahn, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 14 septembre 2023 par lequel le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;
2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise, à titre principal, de lui délivrer un certificat de résidence algérien mention " vie privée et familiale " ou " salarié " sans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement et sous astreinte de 50 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'arrêté attaqué a été pris par une autorité incompétente ;
- il est insuffisamment motivé ;
- il est entaché d'un vice de procédure en l'absence d'instruction par le préfet du Val-d'Oise de sa demande au titre de l'article 7 c) de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;
- la décision portant refus de titre de séjour méconnait l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur de droit, le préfet ne pouvant refuser le titre demandé au regard de l'existence d'une précédente obligation de quitter le territoire français ;
- elle méconnait l'article 6-1 de l'accord franco-algérien précité ;
- elle méconnait les articles 7 b) et 7 c) de l'accord franco-algérien précité ;
- elle méconnait l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur d'appréciation quant à la menace à l'ordre public qu'il constitue ;
- elle méconnait l'article 6-5 de l'accord franco-algérien précité ;
- elle méconnait l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense enregistré le 15 janvier 2024, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Postérieurement à la clôture d'instruction intervenue dans les conditions prévues au premier alinéa de l'article R. 613-2 du code de justice administrative, des pièces complémentaires produites pour M. D ont été enregistrées le 12 juin 2024 et n'ont pas été communiquées.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Bocquet, conseillère ;
- et les observations de Me Belaref, substituant Me Giudicelli-Jahn, représentant M. D.
Considérant ce qui suit :
1. M. B D, ressortissant algérien né le 9 avril 1975, déclare être entré en France en 1999. Le 22 septembre 2022, il a sollicité son admission au séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté
du 14 septembre 2023, le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. Par la présente requête, M. D demande l'annulation de cet arrêté.
2. L'arrêté en litige a été signé par Mme A C, cheffe du bureau contentieux et de l'éloignement de la préfecture du Val-d'Oise, qui disposait d'une délégation du préfet du Val-d'Oise à cet effet par l'arrêté n°23-042 du 11 juillet 2023, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture du Val-d'Oise. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.
3. L'arrêté attaqué comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de son insuffisante motivation doit être écarté comme manquant en fait.
4. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. D aurait sollicité son admission au séjour sur le fondement de l'article 7 c) de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ou que le préfet du Val-d'Oise aurait, de lui-même, examiné sa situation sur ce fondement. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure qui doit être lu comme celui d'un défaut d'examen sérieux en l'absence d'appréciation de sa demande de titre de séjour sur ce fondement doit être écarté comme infondé.
5. Aux termes de l'article 7 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié :
" Les dispositions du présent article et celles de l'article 7 bis fixent les conditions de délivrance du certificat de résidence aux ressortissants algériens autres que ceux visés à l'article 6 nouveau, ainsi qu'à ceux qui s'établissent en France après la signature du premier avenant à l'accord () b) Les ressortissants algériens désireux d'exercer une activité professionnelle salariée reçoivent après le contrôle médical d'usage et sur présentation d'un contrat de travail visé par les services du ministre chargé de l'emploi [ministre chargé des travailleurs immigrés], un certificat de résidence valable un an pour toutes professions et toutes régions, renouvelable et portant la mention " salarié " : cette mention constitue l'autorisation de travail exigée par la législation française () ". Aux termes de l'article 9 du même accord : " () Pour être admis à entrer et séjourner plus de trois mois sur le territoire français au titre des Art. 4, 5, 7, 7 bis al. 4 (lettres c et d) et du titre III du protocole, les ressortissants algériens doivent présenter un passeport en cours de validité muni d'un visa de long séjour délivré par les autorités françaises () ".
6. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. D, qui ne démontre pas être titulaire d'un visa de long séjour ou d'un contrat de travail visé par les services du ministre chargé de l'emploi, pouvait obtenir un titre de séjour sur le fondement des stipulations de l'article 7 b) de l'accord franco-algérien précité. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées doit être écarté.
7. L'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il est relatif aux conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France, ne s'applique pas aux ressortissants algériens, dont la situation est régie de manière exclusive par l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. Cependant, bien que cet accord ne prévoie pas de semblables modalités d'admission exceptionnelle au séjour, un préfet peut délivrer un certificat de résidence à un ressortissant algérien qui ne remplit pas l'ensemble des conditions auxquelles est subordonnée sa délivrance de plein droit et il dispose à cette fin d'un pouvoir discrétionnaire pour apprécier, compte tenu de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation.
8. M. D soutient être entré en France en 1999 et y être inséré professionnellement dès lors qu'il a travaillé depuis 2012 en qualité de plombier puis depuis 2015 en qualité de tuyauteur. Toutefois, si le requérant démontre avoir travaillé depuis 2016 comme tuyauteur, il ne produit aucun bulletin de paye pour les années 2012, 2013 et 2015, ni contrat de travail ou déclaration de revenus. En outre, il ressort des pièces produites en défense qu'il a fait l'objet d'une précédente obligation de quitter le territoire français en date du 20 septembre 2017 et qu'il est défavorablement connu des services de police, ayant fait l'objet de deux condamnations en 2003 pour des faits de vol avec destruction ou dégradation et entrée ou séjour irrégulier et en récidive en 2007 pour des faits de vol et entrée ou séjour irrégulier. En outre, le requérant ne soutient pas avoir cherché à régulariser sa situation avant 2022 ni avoir mis à exécution la précédente mesure d'éloignement prise à son encontre. Enfin, il est célibataire et sans enfants et bénéficie de la présence de sa mère et de sa fratrie dans son pays d'origine. Dans ces conditions, M. D n'est pas fondé à soutenir que le préfet du Val-d'Oise aurait commis une erreur manifeste d'appréciation en refusant de l'admettre au séjour au titre de son pouvoir discrétionnaire de régularisation ni une erreur de droit en prenant en compte, dans l'exercice de son pouvoir de régularisation, l'existence d'une précédente mesure d'éloignement.
9. Aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 :
" Les dispositions du présent article ainsi que celles des deux articles suivants, fixent les conditions de délivrance et de renouvellement du certificat de résidence aux ressortissants algériens établis en France ainsi qu'à ceux qui s'y établissent, sous réserve que leur situation matrimoniale soit conforme à la législation française. / Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : 1) au ressortissant algérien, qui justifie par tout moyen résider en France depuis plus de dix ans ou plus de quinze ans si, au cours de cette période, il a séjourné en qualité d'étudiant ".
10. M. D, qui déclare être entré en France en 1999, n'établit pas résider habituellement en France depuis plus de dix ans à la date de la décision attaquée, ne produisant aucune pièce antérieurement à 2012 et des pièces insuffisantes de 2012 à 2015. Dans ces conditions, le préfet du Val-d'Oise n'a pas méconnu les stipulations précitées et le moyen doit être écarté.
11. Aux termes de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus () ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales :
" 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
12. En premier lieu, les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne sont pas applicables aux ressortissants algériens. La méconnaissance des dispositions de cet article doit être écartée comme inopérante. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 8, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations précitées ainsi que de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés comme infondés.
13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. D doivent être rejetées. Par suite, doivent également être rejetées, les conclusions à fin d'injonction, ainsi que celles relatives aux frais d'instance.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. D est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B D et au préfet du Val-d'Oise.
Délibéré après l'audience du 13 juin 2024, à laquelle siégeaient :
M. d'Argenson, président,
M. Robert, premier conseiller,
Mme Bocquet, conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 juin 2024.
La rapporteure,
signé
P. Bocquet
Le président,
signé
P.-H. d'ArgensonLe greffier,
signé
V. Guillaume
La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°231353
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