Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2313569

mercredi 21 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2313569
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère Chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 11 octobre 2023, M. B A demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 21 septembre 2023 par lequel le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours à destination du pays dont il a la nationalité ;

2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de lui délivrer un titre de séjour mention " vie privée et familiale " ou " salarié ", ou, à défaut, de réexaminer sa situation.

Il doit être regardé comme soutenant que l'arrêté contesté est entaché d'une erreur de fait et d'une erreur manifeste d'appréciation, dès lors que son employeur n'a jamais été sollicité par la plateforme interrégionale de la main d'œuvre étrangère pour produire des pièces complémentaires, et qu'il réunissait les conditions pour obtenir un titre de séjour " salarié " au vu de son insertion professionnelle.

Par un mémoire en défense, enregistrée le 24 novembre 2023, le préfet du Val-d'Oise confirme sa décision et produit toutes pièces utiles au dossier.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Baude, rapporteur, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant marocain né le 29 avril 1981 à Taghjijt (Maroc) est entré en France le 6 mars 2017 muni d'un visa Schengen valable du 20 février 2017 au 6 avril 2017. Il a sollicité son admission au séjour sur le fondement des dispositions de l'article 3 de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987. Par un arrêté du 21 septembre 2023, dont le requérant demande au tribunal l'annulation, le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours à destination du pays dont il a la nationalité.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article 3 de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 : " Les ressortissants marocains désireux d'exercer une activité professionnelle salariée en France, pour une durée d'un an au minimum, et qui ne relèvent pas des dispositions de l'article 1er du présent Accord, reçoivent, après le contrôle médical d'usage et sur présentation d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes, un titre de séjour valable un an renouvelable et portant la mention " salarié " éventuellement assortie de restrictions géographiques ou professionnelles ". Aux termes de l'article 9 de ce même accord : " Les dispositions du présent Accord ne font pas obstacle à l'application de la législation des deux États sur le séjour des étrangers sur tous les points non traités par l'Accord ". Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ".

3. L'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est relatif aux conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France, soit au titre de la vie privée et familiale, soit au titre d'une activité salariée. Dès lors que l'article 3 de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 prévoit la délivrance de titres de séjour au titre d'une activité salariée, un ressortissant marocain souhaitant obtenir un titre de séjour au titre d'une telle activité ne peut utilement invoquer les dispositions de l'article L. 435-1 à l'appui d'une demande d'admission au séjour sur le territoire national. Toutefois, les stipulations de cet accord n'interdisent pas au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, en fonction de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation de la situation d'un ressortissant marocain qui ne remplirait pas les conditions auxquelles est subordonnée la délivrance de plein droit d'un titre de séjour en qualité de salarié.

4. En premier lieu, si M. A indique que le préfet du Val-d'Oise aurait commis une erreur de fait en indiquant que la société qui l'emploie n'a pas donné suite aux deux demandes de pièces complémentaires de la plateforme interrégionale de la main-d'œuvre étrangère, il ne l'établit pas par la seule production d'une attestation postérieure à la décision attaquée, signée du gérant de cette société, indiquant qu'il n'a jamais reçu ces demandes, laquelle est insuffisamment probante. Par suite, le moyen doit être écarté.

5. En second lieu pour établir que le préfet aurait dû lui user de son pouvoir de régularisation et lui délivrer un titre de séjour " salarié ", M. A produit une demande d'autorisation de travail du 21 septembre 2022, un contrat à durée indéterminée du 26 octobre 2019 conclu avec la SARL Gourmandises de Montreuil pour un emploi de vendeur de nuit, une attestation du gérant de celle-ci déclarant qu'il est employé dans l'entreprise depuis le 13 juillet 2021 en cette qualité, trois bulletins de paie de 2023 et un avis d'impôt établi en 2023 sur les revenus de 2022, dont il ressort qu'il a déclaré un revenu fiscal de référence de 22 722 euros. Toutefois, l'insertion professionnelle de M. A est à la date de l'arrêté attaqué insuffisamment intense, stable et ancienne en France pour constituer un motif exceptionnel justifiant la régularisation de sa situation. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait commis une erreur manifeste d'appréciation en refusant de lui délivrer un titre de séjour salarié.

6. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 21 septembre 2023. Par suite, sa requête doit être rejetée dans toutes ses conclusions.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet du Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 30 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Edert, présidente,

M. Baude, premier conseiller,

Mme Chaufaux, première conseillère.

Lu en audience publique le 21 février 2024.

Le rapporteur,

signé

F.-E. Baude

La présidente,

signé

S. Edert

La greffière,

signé

S. Le Gueux

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

N°2313569