Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2313634

mardi 14 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2313634
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation10ème Chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I - Par une requête enregistrée sous le n°2313634 le 12 octobre 2023, M. E D, représenté par Me Chabanne, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 28 septembre 2023 par lequel le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " salarié " à compter de la notification du jugement à intervenir.

Il soutient que l'arrêté attaqué :

- a été pris par une autorité incompétente ;

- est insuffisamment motivé ;

- méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entaché d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle et familiale.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 mars 2024, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.

Il indique confirmer son arrêté et communique l'ensemble des pièces utiles en sa possession.

II - Par une requête enregistrée sous le n° 2313635 le 12 octobre 2023, Mme C B épouse D, représentée par Me Chabanne, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 25 septembre 2023 par lequel le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " l'autorisant à travailler en France à compter de la notification du jugement à intervenir.

Elle soutient que l'arrêté attaqué :

- a été pris par une autorité incompétente ;

- est insuffisamment motivé ;

- méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entaché d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle et familiale.

La requête a été communiquée au préfet du Val-d'Oise qui n'a pas produit d'observations en défense.

Par une ordonnance du 7 février 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 8 mars 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a décidé de dispenser le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Ouillon, président-rapporteur,

- et les observations de Me Karimi substituant Me Chabanne représentant M. D et Mme B, épouse D.

Une note en délibéré, présentée pour M. D, a été enregistrée le 30 avril 2024 dans l'instance n° 2313634.

Considérant ce qui suit :

1. Ressortissants mauriciens, M. D né le 2 février 1976 et Mme B, épouse D, née le 28 juillet 1984, seraient entrés irrégulièrement en France respectivement les 7 août 2014 et 24 janvier 2015. Ils ont sollicité le 3 mars 2023 un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 25 septembre 2023 dont elle demande l'annulation, le préfet du Val-d'Oise a refusé de délivrer un titre de séjour à Mme B, épouse D, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays d'éloignement. Par un arrêté du 28 septembre 2023 dont il demande l'annulation, le préfet du Val-d'Oise a refusé de délivrer un titre de séjour à M. D, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays d'éloignement.

Sur la jonction :

2. Les requêtes n°2313634 et n°2313635 présentées pour M. D et Mme B, épouse D, sont relatives à la situation d'un couple de ressortissants étrangers et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour qu'il y soit statué par un seul jugement.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, par l'arrêté n°23-042 du 11 juillet 2023 publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du même jour, le préfet du Val-d'Oise a donné délégation à Mme G, adjointe au directeur des migrations et de l'intégration de la préfecture du Val-d'Oise, signataire de l'arrêté attaqué, pour signer, en cas d'absence ou d'empêchement de M. A, directeur des migrations et de l'intégration de la préfecture du Val-d'Oise, notamment toutes décisions portant refus de titre de séjour, obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de renvoi. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. A n'était pas absent ou empêché lorsque les arrêtés attaqués ont été signés. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de ces arrêtés doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / - restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par la présente loi doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour () ". Et aux termes de l'article L. 613-1 du même code : " () / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour ".

5. Les arrêtés contestés mentionnent les textes dont ils ont fait application, notamment, la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, en particulier les articles 3 et 8, le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en particulier l'article L. 423-23, fondement de la demande de titre de séjour des requérants. Ils exposent, avec suffisamment de précision, les éléments de la situation personnelle et familiale des intéressés. Ces arrêtés comportent ainsi de façon circonstanciée l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Ils satisfont, dès lors, aux exigences de motivation prévues par les dispositions précitées de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration et de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante de motivation doit être écarté.

6. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

7. M. D et Mme B, épouse D, soutiennent être entrés en France respectivement en 2014 et 2015, y résider depuis lors et y être insérés avec leurs enfants scolarisés. Toutefois, la circonstance que les époux D séjourneraient en France depuis huit et neuf ans est en elle-même insuffisante pour établir qu'ils y auraient fixé le centre de leurs intérêts privés. Ils ne font pas état d'obstacle à ce qu'ils reconstituent leur cellule familiale hors de France et notamment dans leur pays d'origine. Si les requérants font valoir que leurs enfants, nés à l'Ile Maurice en 2007 et 2011, sont scolarisés en France, ils n'établissent pas qu'ils ne pourraient pas poursuivre leur scolarité dans leur pays d'origine. L'exercice d'une activité professionnelle par M. D depuis 2021 seulement, ne suffit pas à caractériser une insertion professionnelle significative en France. En outre, M. D et Mme B, épouse D, qui ont vécu respectivement au moins jusqu'à l'âge de 38 et 30 ans dans leur pays d'origine, n'établissent pas être dépourvus d'attaches familiales dans leur pays d'origine où résident les parents de D ainsi que la mère et la fratrie de Mme B, épouse D. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences des arrêtés sur la situation personnelle et familiale des requérants doivent être écartés.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les requêtes de M. D et de Mme B, épouse D, y compris les conclusions à fin d'injonction, doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er: Les requêtes de M. D et de Mme B, épouse D sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E D, à Mme C B, épouse D et au préfet du Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 24 avril 2024, à laquelle siégeaient :

M. Ouillon, président,

Mme Charlery, première conseillère ;

M. Jacquelin, premier conseiller

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 mai 2024

Le président-rapporteur,

signé

S. OuillonL'assesseure la plus ancienne,

signé

C. Charlery La greffière,

signé

M. F

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise ce qui le concerne ou à tous commissaire de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Nos 2313634, 2313635