Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2313636

jeudi 23 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2313636
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation11ème Chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 12 octobre 2023, M. A C, représenté par Me Maghrebi-Mansouri, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 7 septembre 2023, par lequel le préfet des Hauts-de-Seine a refusé de renouveler son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " salarié " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions de délai et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. C soutient que :

- l'arrêté attaqué méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation, dès lors que le centre de ses attaches privées et familiales se situe en France ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation, dès lors qu'il n'a pris en compte son insertion professionnelle et son emploi actuel.

Par un mémoire en défense enregistré le 7 mars 2024, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de M. Robert, premier conseiller, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A C, ressortissant algérien né le 13 mai 1978, déclare être entré en France le 15 mars 2015. L'intéressé ayant sollicité son admission exceptionnelle au séjour, il a obtenu un certificat de résidence algérien portant la mention " salarié " valable du 5 juillet 2021 au 4 juillet 2022. Le 22 juin 2022, M. C a sollicité le renouvellement de ce titre de séjour. Par un arrêté du 7 septembre 2023, le préfet des Hauts-de-Seine a refusé de renouveler son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. Par la présente requête, M. C demande l'annulation de cet arrêté.

2. En premier lieu, aux termes de l'article 7 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 susvisé : " Les dispositions du présent article et celles de l'article 7 bis fixent les conditions de délivrance du certificat de résidence aux ressortissants algériens autres que ceux visés à l'article 6 nouveau, ainsi qu'à ceux qui s'établissent en France après la signature du premier avenant à l'accord () b) Les ressortissants algériens désireux d'exercer une activité professionnelle salariée reçoivent après le contrôle médical d'usage et sur présentation d'un contrat de travail visé par les services du ministre chargé de l'emploi [ministre chargé des travailleurs immigrés], un certificat de résidence valable un an pour toutes professions et toutes régions, renouvelable et portant la mention " salarié " : cette mention constitue l'autorisation de travail exigée par la législation française () ".

3. Il ressort des pièces du dossier que M. C a bénéficié d'une admission exceptionnelle au séjour en qualité de salarié au regard de son emploi d'agent d'entretien au sein de la société G. Toutefois, il ressort des vérifications effectuées lors du renouvellement de son titre de séjour, et notamment du courriel adressé par les services de la police aux frontières à l'autorité préfectorale le 1er juin 2023, que les documents fiscaux et URSSAF produits au nom de la société G. ont été identifiés comme étant des faux, que cette société n'a effectué aucune déclaration sociale depuis sa création et qu'elle ne dispose d'aucun compte bancaire connu lui permettant de verser un salaire à un éventuel employé. Par ailleurs, si le requérant soutient que, depuis février 2023, il exerce un emploi d'agent de sécurité privée au sein de la société V., il ne démontre pas qu'il dispose de la carte professionnelle nécessaire à l'exercice de cette profession réglementée, En outre, il ne justifie ni que son contrat de travail ait été visé par l'autorité administrative, ni du lien entre cet emploi d'agent de sécurité privée et ses éventuels diplômes, qualifications ou expériences professionnelles. Dans ces conditions, c'est sans erreur manifeste d'appréciation que le préfet des Hauts-de-Seine a pu rejeter la demande de M. C de renouvellement de son certificat de résidence algérien portant la mention " salarié ".

4. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

5. M. C soutient qu'il réside en France depuis mars 2015 et qu'il n'a plus de famille en Algérie. Toutefois, le requérant, célibataire et sans enfant, ne démontre pas avoir noué des liens particulièrement significatifs au cours des années de présence en France dont il se prévaut. En outre, il ressort de la fiche de salle, qu'il avait remplie et signée en décembre 2019 au soutien de sa première demande d'admission exceptionnelle au séjour, qu'il n'est pas dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de 36 ans au moins et où résident notamment ses parents ainsi que ses sept frères et sœurs. Par ailleurs, M. C ne démontre pas une particulière insertion au sein de la société française. En outre, s'il fait valoir qu'il exerce une activité d'agent de sécurité privée, il ne justifie pas remplir les conditions d'exercice de cette profession règlementée. Enfin, il n'établit, ni même n'allègue, qu'il existerait des obstacles réels et sérieux à un retour dans son pays d'origine, afin d'y solliciter le visa de long séjour correspondant à sa situation. Dans ces conditions, M. C n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée aurait porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France au regard des buts poursuivis. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et d'une erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

6. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. C doivent être rejetées. Par suite, doivent également être rejetées, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ainsi que celles relatives aux frais d'instance.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au préfet des Hauts-de-Seine.

Délibéré après l'audience du 2 mai 2024, à laquelle siégeaient :

M. d'Argenson, président,

M. Robert, premier conseiller,

Mme Bocquet, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 mai 2024.

Le rapporteur,

signé

D. RobertLe président,

signé

P.-H. d'ArgensonLa greffière,

signé

M. B

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne, et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

N°2313636