Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2313637

mercredi 19 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2313637
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation10ème Chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 12 octobre 2023, Mme G B, représentée par Me Etame Sone, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 23 juin 2023 par lequel le préfet du Val-d'Oise a refusé de renouveler son titre de séjour et l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours à compter de la notification de l'arrêté ;

2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de réexaminer sa situation administrative et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, dans un délai de sept jours à compter du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme B soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

- elle a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions de l'article

L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions de l'article

L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnait l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle méconnait l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 avril 2024, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la convention entre le gouvernement de la République française et le gouvernement de la République de Côte-d'Ivoire relative à la circulation et au séjour des personnes signée à Abidjan le 21 septembre 1992 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code civil ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Ouillon, président-rapporteur ;

- et les observations de Me Etame Sone, représentant Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme G B, ressortissante ivoirienne née le 13 octobre 1986, est entrée en France le 17 août 2018 muni d'un visa valable jusqu'au 3 septembre 2018, puis a été mise en possession d'un titre de séjour valable du 21 octobre 2019 au 20 octobre 2020, en sa qualité de parent d'enfant français. Le 22 septembre 2020, elle a sollicité le renouvellement de son titre de séjour qui lui a été refusé par un arrêté du préfet du Val-d'Oise en date du 11 mars 2022. Cet arrêté a fait l'objet d'un recours et a été suspendu par une ordonnance du juge des référés n° 2214884 en date du 29 novembre 2022, enjoignant au préfet de réexaminer la situation administrative de Mme B. Par un jugement du 21 février 2023, le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté le recours formé par l'intéressée contre l'arrêté du 11 mars 2022. Le 4 janvier 2023, Mme B a de nouveau sollicité le renouvellement de son titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en se prévalant de sa qualité de mère d'un enfant français. Par un arrêté du 23 juin 2023, le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui renouveler son titre de séjour et l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Mme B sollicite l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par Mme C H, adjointe au directeur des migrations et de l'intégration, qui disposait d'une délégation de signature consentie par un arrêté n°23-014 du 22 février 2023, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de l'État dans le département pour signer les décisions portant refus de délivrance ou de renouvellement de titre de séjour notifié aux ressortissants étrangers, obligation de quitter le territoire français avec fixation ou non d'un délai de départ volontaire. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision en litige doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ". L'article L. 423-8 du même code prévoit que : " Pour la délivrance de la carte de séjour prévue à l'article L. 423-7, lorsque la filiation est établie à l'égard d'un parent en application de l'article 316 du code civil, le demandeur, s'il n'est pas l'auteur de la reconnaissance de paternité ou de maternité, doit justifier que celui-ci contribue effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant, dans les conditions prévues à l'article 371-2 du code civil, ou produire une décision de justice relative à la contribution à l'éducation et à l'entretien de l'enfant. / Lorsque le lien de filiation est établi mais que la preuve de la contribution n'est pas rapportée ou qu'aucune décision de justice n'est intervenue, le droit au séjour du demandeur s'apprécie au regard du respect de sa vie privéeet familiale et au regard de l'intérêt supérieur de l'enfant. ". Enfin, aux termes de l'article 371-2 du code civil : " Chacun des parents contribue à l'entretien et à l'éducation des enfants à proportion de ses ressources, de celles de l'autre parent, ainsi que des besoins de l'enfant. () ".

4. Mme B soutient qu'elle est la mère de Mlle F A E, née le 2 décembre 2004 à Zohoa en Côte-d'Ivoire, qui est arrivée en France le 23 mars 2017 où elle est venue vivre au domicile de son père français, M. A E. Pour refuser le renouvellement du titre de séjour de Mme B, le préfet du Val-d'Oise a retenu la circonstance que la requérante ne contribue pas à l'entretien et à l'éducation de son enfant. Il ressort des pièces du dossier que, suite à des faits de maltraitance, la jeune F a été placée en urgence le 3 avril 2019 par les services sociaux et que, par un jugement en date du 26 avril suivant du tribunal pour enfant D, Mme B s'est vue attribuer un droit de visite médiatisé. Alors qu'elle n'a jamais exercé son droit de visite, Mme B s'est vue suspendre ses droits par une ordonnance du 15 juillet 2019 du tribunal pour enfant D. Dans ces conditions, la requérante qui se borne à produire à l'instance l'acte de naissance de Mme F A E, sa carte nationale d'identité, une attestation du père de l'enfant, des attestations de personnes dont l'identité et le lien avec la requérante ne sont pas vérifiés et qui ne sont pas suffisamment probantes, ainsi que trois photographies la représentant avec sa fille, n'établit pas qu'elle contribue effectivement à l'entretien et à l'éducation de cette dernière. Dès lors, les moyens tirés de l'erreur manifeste d'appréciation et de la méconnaissance de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peuvent qu'être écartés.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile :: " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ".

6. Pour soutenir que l'arrêté attaqué porterait atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale, la requérante se prévaut de sa présence sur le territoire français depuis août 2018, de son intégration professionnelle et du fait qu'elle est mère de deux enfants résidant en France dont F Di E, ayant la nationalité française. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que, d'une part, l'intéressée, célibataire, ne démontre pas contribuer à l'entretien et à l'éducation de sa fille F A E comme il a été rappelé au point 4 du présent jugement et, d'autre part, il n'est pas établi que le père de son deuxième enfant, de nationalité ivoirienne et dont il n'est pas contesté qu'il réside irrégulièrement en France, contribuerait à son entretien et son éducation. En outre, le fait d'être parent d'un enfant né en France n'ouvre aucun droit particulier au séjour. Par ailleurs, l'intéressée ne réside en France que depuis le mois d'août 2018 et s'il ressort des pièces du dossier qu'elle exerce une activité professionnelle depuis le 8 mars 2022, dans le cadre d'un contrat à durée interminée à temps partiel, soit depuis quinze mois à la date de la décision attaquée, ces circonstances ne suffisent pas à démontrer une insertion sociale ou professionnelle particulière sur le territoire national. Ainsi, la requérante n'apporte pas d'éléments permettant d'établir qu'elle aurait fixé en France le centre de ses attaches personnelles et familiales. Dans ces conditions, Mme B n'est pas fondée à soutenir que le préfet du Val-d'Oise aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnées aux buts en vue desquels il a pris l'arrêté et par suite, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ou de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

8. Mme B se prévaut de sa situation de mère de deux enfants vivant sur le territoire français. Elle fait valoir que la décision aura pour effet de l'éloigner de sa fille française résidant sur le territoire français et de sa fille mineure dont elle partage la garde avec son père vivant sur le territoire français. Toutefois, d'une part, comme indiqué au point 4 du jugement, il n'est pas établi que la requérante entretiendrait des liens avec son premier enfant de nationalité française et, d'autre part, elle ne fait pas état d'obstacle à ce qu'elle reconstitue sa cellule familiale hors de France avec son second enfant et son compagnon. Ainsi, la décision attaquée ne méconnaît pas l'intérêt supérieur de ses enfants. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

9. Aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () / 5° L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France, à condition qu'il établisse contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans () ". Si le bénéfice de ces dispositions protectrices est subordonné à la condition que l'étranger se prévalant de sa qualité de parent d'enfant français contribue effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, cette condition, propre à l'étranger visé par les dispositions du 5° de l'article L. 611-3, n'implique pas que l'autre parent apporte également cette contribution.

10. Pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 4 et 6, le moyen tiré d'une méconnaissance des dispositions précitées de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, doit être écarté.

11. Il résulte de tout ce qui précède que la requête doit être rejetée, y compris les conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme G B et au préfet du

Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 5 juin 2024, à laquelle siégeaient :

M. Ouillon, président,

Mme Charlery, première conseillère,

Mme Fabas, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 juin 2024.

Le président-rapporteur,

signé

S. Ouillon

L'assesseure la plus ancienne,

signé

C. CharleryLa greffière,

signé

M-J. Ambroise

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.