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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2313717

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2313717

lundi 23 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2313717
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantSILVA MACHADO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 29 septembre 2023 et 17 octobre 2023, M. E D B, représenté par Me Silva Machado, demande au tribunal :

1°) d'ordonner au préfet du Val-d'Oise la communication de son entier dossier ;

2°) d'annuler l'arrêté du 28 septembre 2023 par lequel le préfet du Val-d'Oise lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai et lui a fait interdiction de retour pour une durée de deux ans ;

3°) d'enjoindre au préfet de procéder à un nouvel examen de sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, et de le munir dans l'attente d'une autorisation provisoire de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- cette décision est insuffisamment motivée et a été prise par une autorité incompétente ;

- l'intéressé a été privé d'une procédure contradictoire, en méconnaissance de l'article 41 de la Charte de l'Union européenne et de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- cette décision est insuffisamment motivée et entachée d'un défaut d'examen complet de sa situation personnelle ;

- elle méconnait l'article L. 611-1 5° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il n'était pas en situation irrégulière depuis plus de 3 mois et qu'il a été interpellé à la préfecture à l'occasion de sa demande de renouvellement d'un titre de séjour ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention relative aux droits de l'enfant, et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision portant refus de départ volontaire :

- elle est insuffisamment motivée et entachée d'erreur manifeste d'appréciation concernant le risque de fuite, ses garanties de représentation et l'absence de menace grave pour l'ordre public ;

En ce qui concerne l'interdiction de retour :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale du fait de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 octobre 2023, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a désigné M. d'Argenson, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. d'Argenson, magistrat désigné ;

- et les observations de Me Silva Machado, représentant M. D B, qui conclut aux mêmes fins et par les mêmes moyens.

- le préfet du Val-d'Oise n'étant ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. E D B, ressortissant guinéen (Bissau) né le 1er novembre 1982, soutient être entré en A en 2009. Sa demande d'asile a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) le 7 juin 2010, décision confirmée par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 19 mai 2011. Il a fait l'objet le 5 juillet 2011 d'une obligation de quitter le territoire français, confirmée par le tribunal administratif de Paris, qu'il n'a pas exécutée. Il a été titulaire d'un titre de séjour du 17 mars 2022 au 16 mars 2023. Par la présente requête, M. D B demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 28 septembre 2023 par lequel le préfet du Val-d'Oise lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai et lui a fait interdiction de retour pour une durée de deux ans.

En ce qui concerne la demande de production de l'entier dossier de M. D B :

2. Aux termes de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger peut demander au président du tribunal administratif ou au magistrat désigné à cette fin () la communication du dossier contenant les pièces sur la base desquelles la décision contestée a été prise () ".

3. L'affaire étant en état d'être jugée sur la base des pièces produites et qui ont donné lieu à un échange contradictoire, il n'apparaît pas nécessaire d'ordonner la communication de l'entier dossier détenu par l'administration. Dans ces conditions, ces conclusions doivent être rejetées.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

4. La décision attaquée mentionne les éléments de fait propres à la situation de M. D B et les considérations de droit sur lesquels elle se fonde. Elle est, par suite, suffisamment motivée.

5. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet n'aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de la situation du requérant avant de prendre la décision attaquée.

6. Il ressort des pièces du dossier que l'intéressé a été informé le 25 septembre 2023 que le préfet du Val-d'Oise envisageait à son encontre une mesure d'éloignement, et a été en mesure de faire valoir ses observations. Le moyen tiré d'un défaut de procédure contradictoire doit donc être écarté.

7. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; / () 5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en A depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public ; / () ".

8. Il ressort des pièces du dossier que M. D B a bénéficié d'un titre de séjour valable du 17 mars 2022 au 16 mars 2023. Ainsi, à la date de l'arrêté attaqué du 28 septembre 2023, M. B se trouvait, à compter du 16 juillet 2023, en situation irrégulière depuis plus de 3 mois. Par ailleurs, il ressort des termes de l'arrêté attaqué que le préfet s'est fondé, pour apprécier la menace que représente M. D B pour l'ordre public, à la circonstance qu'il a été condamné le 1er mars 2022 pour violences sur sa fille mineure de 15 ans, fait pour lequel il a été condamné à un an de prison ferme et incarcéré durant 6 mois. Son casier judiciaire révèle en outre que l'intéressé a fait l'objet en 2018 d'une ordonnance pénale pour conduite d'un véhicule sous l'empire d'un état alcoolique et d'une condamnation en 2020 de 4 mois de prison avec sursis pour menaces de mort, rébellion et outrage à l'encontre d'une personne dépositaire de l'autorité publique. C'est donc à bon droit et sans commettre d'erreur d'appréciation que le préfet a estimé que l'intéressé représentait une menace pour l'ordre public et ne résidait pas régulièrement en A depuis plus de trois mois, et qu'il a fait en conséquence application des dispositions précitées pour prendre à l'encontre de M. D B l'obligation de quitter le territoire attaquée.

9. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Aux termes de l'article 3-1 de la convention relative aux droits de l'enfant du 26 janvier 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

10. M. D B soutient qu'il est entré en A en 2009 et qu'il est père de

6 enfants qui vivent en A, dont 2 sont nés en Guinée-Bissau en 2006 et 2008, et ont été confiés à l'aide sociale à l'enfance, et 4 sont nés en A en 2013, 2015, 2017 et 2023.

M. D B précise que la mère des enfants nés en 2006 et 2008 réside en Guinée-Bissau, que l'enfant née en 2013 vit avec sa mère suite à un jugement du 9 décembre 2014, mais qu'il contribue à son entretien et son éducation, qu'il est séparé de la mère des enfants nés en 2015 et 2017, qui sont de nationalité portugaise, mais dont il contribue aussi à l'entretien et l'éducation, et qu'il vit avec la mère de l'enfant née en 2023. Toutefois, d'une part, il ressort des pièces du dossier que l'intéressé se borne à produire, pour les années 2009 à 2015, des avis d'imposition annuels qui ne permettent pas d'attester du caractère continu de sa présence en A durant cette période, la durée de son séjour en A jusqu'en 2022 n'étant due, en tout état de cause, qu'à son maintien en situation irrégulière malgré le rejet définitif de sa demande d'asile et une précédente mesure d'éloignement confirmée en justice. D'autre part, outre la circonstance qu'il a été lourdement condamné pour des violences sur une de ses filles, l'intéressé ne produit aucun document permettant d'attester la réalité des liens qu'il entretiendrait avec ses enfants, la seule attestation non circonstanciée de la mère des enfants nés en 2015 et 2017 ne permettant pas d'établir que M. D B contribuerait effectivement à leur entretien et à leur éducation. Dans ces conditions, et compte tenu de la menace à l'ordre public que représente l'intéressé, et dans la mesure où l'intéressé n'établit pas être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine où il a vécu de nombreuses années, où réside la mère de ses deux premiers enfants, comme qu'il le précise lui-même dans ses écritures ainsi que ses parents, l'obligation de quitter le territoire français attaquée n'a pas méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, cette décision, qui n'implique en tout état de cause pas le départ de ses enfants de A ni de l'Union européenne, n'a pas méconnu l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant. Pour les mêmes motifs, cette décision n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne le refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

11. Aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article

L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / () 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. "

12. Comme il a été dit au point 8, le comportement de M. D B représente une menace pour l'ordre public, circonstance sur laquelle le préfet s'est fondé pour refuser de lui accorder un délai de départ volontaire, ce motif suffisant à lui-seul pour justifier cette mesure, même si l'intéressé dispose de garanties de représentation. Au surplus, l'intéressé s'est déjà soustrait à une précédente mesure d'éloignement. Il s'ensuit que la décision portant refus de départ volontaire, qui est en outre suffisamment motivée, n'a pas méconnu les dispositions précitées et n'est pas entachée d'une erreur d'appréciation.

En ce qui concerne l'interdiction de retour pour une durée de deux ans :

13. La décision portant obligation de quitter le territoire français n'étant pas illégale, le moyen tiré de cette illégalité et soulevé, par voie d'exception, à l'encontre de la décision portant interdiction de retour pour une durée de deux ans doit être écarté.

14. La décision portant interdiction de retour comporte les considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement. Elle est, par suite, suffisamment motivée.

15. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Et aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la A, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 () ".

16. Pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 8 et 10, la décision portant interdiction de retour pour une durée de deux ans n'a pas méconnu les dispositions précitées, n'est pas entachée d'une erreur d'appréciation et n'est pas disproportionnée.

17. Il résulte de tout ce qui précède que la requête doit être rejetée, y compris dans ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. D B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à E D B et au préfet du

Val-d'Oise.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 octobre 2023.

Le magistrat désigné,

Signé

P-H. d'Argenson La greffière,

Signé

M. C

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 23137172

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