Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2313730
mardi 23 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2313730 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 11ème Chambre |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés les 13 octobre 2023 et 30 janvier 2024, M. B A, représenté par Me Lemichel, demande au tribunal :
1°) de l'admettre, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler l'arrêté du 15 septembre 2023, par lequel le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans ;
3°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise, à titre principal, de lui délivrer une carte de résident dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour assortie d'une autorisation de travail ;
4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros à verser à Me Lemichel en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ou, s'il n'était pas admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle, de lui verser directement cette somme sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. A soutient que :
En ce qui concerne les moyens communs à l'ensemble des décisions attaquées :
- elles sont été prises par un auteur incompétent ;
- elles sont insuffisamment motivées ;
- elles sont entachées d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;
En ce qui concerne les décisions portant refus de délivrance d'un titre de séjour et obligation de quitter le territoire français :
- elles méconnaissent l'article L. 424-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elles méconnaissent l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elles méconnaissent l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elles sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation ;
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle méconnait les articles L. 612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Par un mémoire en défense enregistré le 29 janvier 2024, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens invoqués par le requérant ne sont pas fondés.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision en date du 29 janvier 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique, qui s'est tenue le 28 mars 2024 :
- le rapport de M. Robert, premier conseiller ;
- et les observations de Me Frydryszak, représentant M. A.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, ressortissant ivoirien né le 11 mai 1990, déclare être entré en France le 25 décembre 2017. L'intéressé a déposé une demande d'asile, qui a été rejetée par une décision de l'Office français des apatrides et des réfugiés (OFPRA) du 31 octobre 2018, confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) du 19 juillet 2019. Le 18 octobre 2019, M. A a fait l'objet d'un arrêté, par lequel le préfet des Hauts-de-Seine l'a obligé à quitter le territoire français. Le 6 février 2022, M. A a fait l'objet d'un arrêté, par lequel le préfet de police de Paris l'a obligé à quitter le territoire français. Le 27 mars 2023, l'intéressé a sollicité son admission au séjour en qualité de parent d'une enfant reconnue réfugiée. Par un arrêté du 15 septembre 2023, le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans. Par la présente requête, M. A demande l'annulation de cet arrêté.
Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. L'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique dispose : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".
3. M. A ayant été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision en date du 29 janvier 2024, il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions tendant à son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne les moyens communs à l'ensemble des décisions attaquées :
4. En premier lieu, l'arrêté contesté a été signé par Mme D, adjointe à la cheffe du bureau du contentieux des étrangers de la préfecture du Val-d'Oise qui bénéficiait, en vertu d'un arrêté n°23-042 du 11 juillet 2023, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture, d'une délégation du préfet à l'effet de signer, en cas d'absence ou d'empêchement du directeur des migrations et de l'intégration et de son adjointe, les décisions portant refus de séjour, celles portant obligation de quitter le territoire français avec un délai de départ et celles fixant le pays de destination. Il n'est pas soutenu, ni établi, que le directeur des migrations et de l'intégration et son adjointe n'étaient ni absents ni empêchés à la date des décisions contestées. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté contesté aurait été signé par une autorité incompétente doit être écarté.
5. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué comporte l'énoncé suffisamment précis des circonstances de droit et de fait qui le fondent. Par suite, le moyen tiré de son insuffisante motivation doit être écarté.
6. En troisième lieu, il ne ressort ni des termes de l'arrêté en litige, ni des pièces du dossier que le préfet du Val-d'Oise n'aurait pas examiné la situation de M. A avant d'édicter les décisions attaquées. Dès lors, le moyen tiré du défaut d'examen particulier de sa situation doit être écarté.
En ce qui concerne les décisions portant refus de délivrance d'un titre de séjour et obligation de quitter le territoire français :
7. En premier lieu, aux termes de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La délivrance d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident peut, par une décision motivée, être refusée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public. ".
8. Il ressort des pièces du dossier que M. A a été condamné par le tribunal judiciaire de Paris le 12 février 2021 à 450 euros d'amende pour conduite d'un véhicule sans permis et circulation avec un véhicule terrestre à moteur sans assurance, puis le 22 septembre 2021 à huit mois d'emprisonnement avec sursis pour un vol dans un local d'habitation ou un lieu d'entrepôt (fait commis entre le 12 et le 15 septembre 2021) et un vol aggravé par deux circonstances (fait commis le 20 septembre 2021). Par ailleurs, le requérant a fait l'objet de treize autres signalements au fichier automatisé des empreintes digitales et au fichier automatisé des antécédents judiciaires le 11 avril 2019 pour des faits de conduite d'un véhicule sans permis et de faux dans un document administratif constatant un droit, un qualité ou accordant une autorisation, le 16 août 2019 pour des faits de vol commis dans un véhicule affecté au transport collectif de voyageurs, le 19 août 2019 pour des faits de vol à l'étalage, le 17 septembre 2019 pour des faits de vol simple, le 24 septembre 2019 pour des faits de vol en réunion sans violence, le 1er octobre 2019 pour des faits de circulation avec un véhicule terrestre à moteur sans assurance, le 23 octobre 2020 pour des faits de menaces de mort réitérées et de harcèlement d'une personne sans incapacité ayant pour objet ou effet une dégradation des conditions de vie altérant la santé, le 13 novembre 2020 pour des faits de conduite d'un véhicule sans permis et circulation avec un véhicule terrestre à moteur sans assurance, le 2 janvier 2021 pour des faits de conduite d'un véhicule sans permis, le 29 janvier 2021 pour des faits de vol à l'étalage, le 21 septembre 2021 pour des faits de vol en réunion sans violence, le 5 décembre 2021 pour des faits de conduite d'un véhicule sans permis et de prise du nom d'un tiers pouvant déterminer des poursuites pénales contre lui, le 5 février 2022 pour des faits de conduite d'un véhicule sans permis, de circulation avec un véhicule terrestre à moteur sans assurance et de prise du nom d'un tiers pouvant déterminer des poursuites pénales contre lui. Eu égard au caractère récent et répété des actes commis par M. A, lesquels révèlent une délinquance d'habitude, le préfet du Val-d'Oise n'a pas commis d'erreur de droit en refusant de lui délivrer une carte de résident, au motif que sa présence en France constitue une menace à l'ordre public. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
9. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 424-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger auquel la qualité de réfugié a été reconnue en application du livre V se voit délivrer une carte de résident d'une durée de dix ans ". Aux termes de l'article L. 424-3 du même code : " La carte de résident prévue à l'article L. 424-1, délivrée à l'étranger reconnu réfugié, est également délivrée à : () 4° Ses parents si l'étranger qui a obtenu le bénéfice de la protection est un mineur non marié, sans que la condition de régularité du séjour ne soit exigée () ".
10. Comme exposé au point 8, le préfet du Val-d'Oise était fondé à refuser la délivrance d'une carte de résident à M. A, dès lors que sa présence en France constitue une menace à l'ordre public. Par suite, le moyen tiré d'une méconnaissance de l'article L. 424-3 du code précité doit être écarté.
11. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
12. M. A soutient qu'il réside en France depuis décembre 2017 et qu'il vit en concubinage avec une compatriote et leur fille née en mars 2022, laquelle a obtenu le statut de réfugiée par une décision de la CNDA du 6 février 2023. Toutefois, l'acte de naissance de cet enfant mentionne deux domiciles distincts des parents et, si le requérant produit deux attestations de domiciliation postale établies le 22 février 2023 auprès du même organisme agréé, ces pièces ne peuvent pas, par nature, établir la réalité d'une vie commune entre le requérant et la mère de son enfant à la date d'édiction de l'arrêté attaqué. En outre, M. A, qui se borne à produit une unique facture d'achats datée du 25 octobre 2023, ne justifie pas qu'il contribuait à l'entretien et à l'éducation de sa fille à la date d'édiction de l'arrêté attaqué. De surcroît, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 8, le requérant ne démontre aucune intégration au sein de la société française et sa présence en France constitue une menace à l'ordre public. Par ailleurs, le requérant n'est pas dépourvu d'attaches dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de 27 ans au moins et où résident ses parents ainsi que l'ensemble de sa fratrie. Enfin, M. A a fait l'objet de deux mesures d'éloignement en octobre 2019 et février 2022 qu'il n'a pas mises à exécution. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet du Val-d'Oise aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels ses décisions ont été prises. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
13. En quatrième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 8 et 12, le moyen tiré d'une erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
14. En premier lieu, en l'absence d'illégalité des décisions portant refus de délivrance de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français, le moyen tiré de cette illégalité et soulevé, par voie d'exception, à l'encontre de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français doit être écarté.
15. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. ". L'article L. 612-10 du même code dispose que : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 () ".
16. Pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 8 et 12, la présence en France de M. A constitue une menace à l'ordre public et ce dernier ne justifie pas de l'existence de liens anciens, stables et intenses sur le territoire français. Par ailleurs, M. A a fait l'objet de deux mesures d'éloignement en octobre 2019 et février 2022 qu'il n'a pas mises à exécution Par suite, en prononçant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans, le préfet du Val-d'Oise n'a pas méconnu les dispositions précitées.
17. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées. Par suite, doivent également être rejetées, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ainsi que celles relatives aux frais d'instance.
D É C I D E :
Article 1er : Il n'y pas lieu d'admettre à titre provisoire M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet du Val-d'Oise.
Délibéré après l'audience du 28 mars 2024, à laquelle siégeaient :
M. d'Argenson, président,
M. Robert, premier conseiller,
Mme Bocquet, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 avril 2024.
Le rapporteur,
signé
D. RobertLe président,
signé
P.-H. d'ArgensonLa greffière,
signé
M. C
La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
N°2313730
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