Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2313801

jeudi 23 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2313801
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation11ème Chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés les 16 octobre 2023 et 5 janvier 2024, M. A D, représenté par Me Place, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 18 septembre 2023, par lequel le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays d'éloignement ;

2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de lui délivrer, à titre principal, un certificat de résidence portant la mention " vie privée et familiale " ou, à titre subsidiaire, un certificat de résidence portant la mention " étudiant ", dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et de le munir, dans l'attente, d'une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 400 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. C soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

- elle a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière faute de saisine de la commission du titre de séjour ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation particulière ;

- elle a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière en méconnaissance des dispositions de l'article R. 40-29 du code de procédure pénale ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation au regard des stipulations de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien modifié ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa qualité d'étudiant au regard du pouvoir discrétionnaire de régularisation du préfet ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 5 décembre 2023, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu :

- l'ordonnance n°2313806 du 28 novembre 2023, par laquelle le juge de référés du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté sa demande de suspension de l'exécution de l'arrêté attaqué ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour en France des ressortissants algériens et de leurs familles ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 2 mai 2024 :

- le rapport de M. d'Argenson, président ;

- les conclusions de M. Belhadj, rapporteur public ;

- et les observations de Me Place, représentant M. C, non présent.

Considérant ce qui suit :

1. M. A D, ressortissant algérien, né le 21 juillet 2003, est entré en France le 1er juillet 2018, muni d'un visa Schengen valable du 25 juin 2018 au 25 juillet 2018. Il a sollicité le 4 octobre 2022 un certificat de résidence algérien au titre de l'article 6-5 et du titre III du protocole de l'accord franco-algérien modifié. Par un arrêté du 18 septembre 2023, dont il demande l'annulation, le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays d'éloignement.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article 6-5 de l'Accord franco-algérien modifié : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ().".

3. Mme C, mère du requérant, s'est installée en France en 2017 avec trois des enfants alors mineurs du couple, dont le requérant A D, né en 2003, sa sœur Lyna, née en 2006, et le cadet Mohamed, né en 2013 et atteint d'un lourd handicap, pour lequel il est soigné en France, et dont l'état de santé a justifié la régularisation, sur injonction du tribunal administratif, de sa mère, de même que celle de son père qui a rejoint sa famille en France à une date indéterminée, et dont le refus de titre de séjour a également été annulé par le tribunal administratif de céans, décision confirmée par la cour administrative d'appel de Versailles. La sœur du requérant a également été régularisée. Le requérant, entré à l'âge de 13 ans, a poursuivi un parcours scolaire sanctionné par l'obtention d'un CAP et est actuellement en terminale professionnelle. Si l'intéressé, aujourd'hui âgé de 20 ans, est célibataire, sans charge de famille, n'est pas dépourvu d'attaches familiales en Algérie où réside son frère aîné, et ne démontre qu'un parcours scolaire moyen, il y a lieu de considérer, suite à l'arrêt n°22VE02381 du 30 mars 2023 de la cour administrative d'appel de Versailles, qui a confirmé l'appréciation du tribunal administratif, qui a estimé, par son jugement n°2111130 du 29 septembre 2022, que " la famille de M. C est intégrée en France et a vocation à s'y maintenir ", qu'en refusant de délivrer à M. C le titre de séjour sollicité, le préfet du Val-d'Oise a porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. L'arrêté attaqué a, par suite, méconnu les stipulations précitées de l'accord bilatéral franco-algérien du 27 décembre 1968, nonobstant l'interpellation du requérant à trois reprises, les 14 mars 2022, 21 avril 2023 et 8 juin 2023, pour des faits de conduite sans permis dont il ne conteste pas la matérialité et qui a donné lieu à une ordonnance de composition pénale qu'il n'allègue pas avoir exécutée, faits qui, s'ils devaient donner à lieu à récidive, de même que tout autre délit, l'exposeraient à être qualifié de menace à l'ordre public et au retrait de son titre de séjour.

4. Il résulte de tout ce qui précède que l'arrêté attaqué doit être annulé.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

5. Les motifs du présent jugement impliquent qu'il soit enjoint au préfet du Val-d'Oise de délivrer à M. C un certificat de résidence algérien portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais du litige :

6. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative au profit du requérant.

D É C I D E :

Article 1er : L'arrêté susvisé du préfet du Val-d'Oise en date du 18 septembre 2023 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet du Val-d'Oise de délivrer à M. C un certificat de résidence algérien portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de M. C est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A D et au préfet du Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 2 mai 2024, à laquelle siégeaient :

M. d'Argenson, président,

M. Robert, premier conseiller,

Mme Bocquet, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 mai 2024.

Le président-rapporteur,

signé

P.-H. d'ArgensonL'assesseur le plus ancien

dans l'ordre du tableau,

signé

D. RobertLa greffière,

signé

M. B

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

N°2313801