Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2313869
mardi 30 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2313869 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 2ème Chambre |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 17 octobre 2023 et le 16 février 2024, M. B A, représenté par Me Gueuyou, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 29 septembre 2023 par lequel le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, à remettre son passeport à l'autorité administrative et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office ;
2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 15 euros par jour de retard ;
3°) d'enjoindre, à titre subsidiaire, au préfet du Val-d'Oise, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler et de procéder au réexamen de sa situation, dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à lui verser en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
En ce qui concerne le refus de titre de séjour :
- la décision a été signée par une autorité incompétente ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les stipulations des articles 3-1 et 9 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle ;
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
- la décision est illégale par voie d'exception dès lors que le refus de titre est lui-même illégal ;
- elle est entachée d'une insuffisance de motivation ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle ;
En ce qui concerne les décisions de remise du passeport et de détermination du pays de retour :
- elles sont illégales par voie d'exception dès lors que la décision portant obligation de quitter le territoire français est elle-même illégale.
Par un mémoire en défense enregistré le 19 janvier 2024, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens invoqués par le requérant ne sont pas fondés.
Par une décision en date du 18 décembre 2023, le bureau d'aide juridictionnelle établi près le Tribunal judiciaire de Pontoise a accordé à M. A le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- la directive 2008/115/CE du Parlement européen et du conseil du 16 décembre 2008 ;
- le code civil ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Richard, première conseillère,
- et les observations de M. A.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant béninois, né le 12 décembre 1991, est entré en France le 24 août 2019 avec un visa étudiant stagiaire. Il a sollicité, le 24 octobre 2022, la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 29 septembre 2023, le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer ce titre et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant le pays de destination. Par la présente requête, M. A demande l'annulation de cet arrêté.
2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par Mme C, adjointe au directeur des migrations et de l'intégration de la préfecture du Val-d'Oise, qui disposait d'une délégation de signature consentie à cet effet par un arrêté du préfet du Val-d'Oise n°23-042 du 11 juillet 2023, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de ladite préfecture. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté doit être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1.3. ".
4. Pour refuser à M. A la délivrance du titre de séjour sollicité, le préfet du Val-d'Oise a retenu la circonstance que le requérant ne contribue pas à l'entretien et l'éducation de ses jumelles, Siä et Ëzia, nées le 11 octobre 2022, de sa relation avec une ressortissante française. Si l'intéressé produit des attestations de la mère des jumelles, aux termes desquelles il participerait à l'entretien et à l'éducation de ses filles, ces attestations établies postérieurement à la décision attaquée pour les besoins de la cause sont, par elles-mêmes, dépourvues de valeur probante, de même que les photographies représentant le requérant avec ses filles. Par ailleurs, les relevés de virements bancaires versés au dossier n'attestent que de six virements au profit de la mère des jumelles entre la naissance de ces dernières et la décision attaquée ; les factures d'achats sont quasiment toutes établies au nom de la mère des jumelles ; le certificat de consultation médicale aux termes duquel il aurait accompagné ses filles chez le pédiatre et un mandat de prélèvement au profit de la régie centrale de la ville de Sarcelles au profit de ses filles ont été établis postérieurement à la décision attaquée. Dans ces conditions, le requérant ne justifie pas contribuer effectivement, à la date de cette décision, à l'entretien et à l'éducation de ses enfants dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celles-ci ou depuis au moins deux ans, et le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peut qu'être écarté.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1°) Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2°) Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
6. Ainsi que cela a été dit au point 4, M. A ne justifie pas contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de ses filles depuis leur naissance le 11 octobre 2022. Par ailleurs, il est constant que l'intéressé et la mère de ses filles ont dissout le 8 septembre 2022 leur pacte civil de solidarité conclu le 22 juillet 2021. Si M. A produit une " attestation sur l'honneur d'union libre " du 18 février 2024, selon laquelle il vivrait maritalement avec la mère de ses filles depuis le 10 janvier 2022, il est constant qu'à la date de la décision attaquée ils vivaient séparément. Par ailleurs, M. A ne se prévaut que d'une durée de séjour de près de quatre années à la date de la décision attaquée et ne justifie pas être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de 27 ans. Enfin, si M. A se prévaut de son intégration sur le territoire national, y compris professionnelle, il ressort des pièces du dossier que la société " Our Agency " n'a été créée par l'intéressé qu'en 2021, soit depuis moins de deux ans à la date de la décision attaquée. Dans ces conditions, le préfet du Val-d'Oise, en rejetant la demande de titre de séjour de M. A et en lui faisant obligation de quitter le territoire français, n'a pas porté au droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels ces décisions ont été prises et n'a ainsi pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Le préfet du Val-d'Oise n'a pas davantage entaché d'une erreur manifeste d'appréciation les décisions attaquées au regard de leurs conséquences sur la situation personnelle de M. A.
7. En troisième lieu, aux termes des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. () ".
8. La décision attaquée portant refus de délivrance d'un titre de séjour n'a ni pour objet, ni pour effet, de séparer M. A de ses filles. Par suite, le préfet du Val-d'Oise n'a pas porté atteinte à l'intérêt supérieur des filles de M. A. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.
9. En quatrième lieu, les stipulations de l'article 9 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, qui créent seulement des obligations entre Etats sans ouvrir de droits aux intéressés, ne sauraient être utilement invoquées à l'encontre de décisions de refus de titre de séjour. Ce moyen ne peut, dès lors, qu'être écarté.
10. En cinquième lieu, il résulte de ce qui a été précisé aux points 2 à 9 que la décision de refus de titre de séjour n'est pas illégale. Dès lors, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la mesure d'éloignement en litige devrait être annulée par voie de conséquence de cette illégalité.
11. En sixième lieu, aux termes des dispositions de l'article 12 de la directive 2008/115/CE du 16 décembre 2008 : " Les décisions de retour et, le cas échéant, les décisions () d'éloignement sont rendues par écrit, indiquent leurs motifs de fait et de droit () ". Aux termes aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents () ". Aux termes de l'article L. 613-1 du même code : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. Toutefois, les motifs des décisions relatives au délai de départ volontaire et à l'interdiction de retour édictées le cas échéant sont indiqués. ".
12. D'une part, l'absence de motivation spécifique de l'obligation de quitter le territoire français fondée sur les dispositions précitées du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévue par les dispositions précitées de l'article L. 613-1 du même code, reprenant les dispositions antérieurement codifiées au dixième alinéa du I de l'article L. 511-1 de ce code. Il ressort de la lecture même de ces dispositions que lorsqu'une obligation de quitter le territoire français assortit un refus de séjour, la motivation de cette mesure se confond avec celle du refus de titre de séjour dont elle découle nécessairement et n'implique pas, dès lors que ce refus est lui-même motivé, de mention spécifique pour respecter les exigences de l'article 12 de la directive précitée. Par suite, M. A n'est pas fondé à soutenir que les dispositions précitées de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne seraient pas compatibles avec celles de l'article 12 de ladite directive.
13. D'autre part, il ressort de la décision de refus de séjour attaquée, qui n'avait pas à reprendre tous les éléments de la situation personnelle de M. A, qu'elle mentionne les textes dont elle fait application, notamment les articles L. 423-7 et L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ainsi que les faits qui constituent le fondement des décisions en litige. Elle décrit la situation de M. A, en particulier le fondement de sa demande et les éléments relatifs à sa situation personnelle et familiale. Cette décision est ainsi suffisamment motivée ce qui, au demeurant, n'est pas contesté. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision portant obligation de quitter le territoire français, prise sur le fondement du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, doit être écarté.
14. En dernier lieu, il résulte de ce qui précède que la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas illégale. Dès lors, le requérant n'est pas fondé à soutenir que les décisions portant remise du passeport et fixation du pays de destination devraient être annulées par voie de conséquence de cette illégalité.
15. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A ne peuvent qu'être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, de ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et de celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet du Val-d'Oise.
Délibéré après l'audience du 16 avril 2024, à laquelle siégeaient :
M. Huon, président ;
Mme Richard, première conseillère ;
Mme Froc, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 avril 2024.
La rapporteure,
signé
A. RICHARD
Le président,
signé
C. HUON
La greffière,
signé
A. TAINSA
La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2313869
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