Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2313883

vendredi 29 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2313883
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème Chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 17 octobre 2023, M. D A, représenté par Me Kadoch, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 2 octobre 2023 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine l'a obligé à quitter le territoire français ;

2°) de l'admettre à l'aide juridictionnelle provisoire ;

3°) d'enjoindre au préfet de réexaminer sa demande et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour.

Il soutient que :

- l'arrêté est entaché d'un vice d'incompétence ;

- il est entaché d'une défaut d'examen particulier.

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences sur sa situation personnelle, dès lors qu'il est présent en France depuis plus de dix ans, dispose d'une assurance maladie et a occupé de nombreux emplois.

Par un mémoire enregistré le 9 février 2024, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens invoqués par le requérant ne sont pas fondés.

Par une décision du 6 novembre 2023 du bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Pontoise, M. A a été admis à l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Viain, premier conseiller, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant roumain né le 6 avril 1994, soutient être entré en France en 2012. Le préfet des Hauts-de-Seine a pris à son encontre, le 2 octobre 2023, une obligation de quitter le territoire sur le fondement des dispositions de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par la requête susvisée, M. A demande l'annulation de cet arrêté.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Par une décision du 6 novembre 2023 du bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Pontoise, M. A a été admis à l'aide juridictionnelle totale. Par suite, sa demande d'admission à l'aide juridictionnelle à titre provisoire est devenue sans objet.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

3. En premier lieu, par un arrêté n° 2023 059 du 15 septembre 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le même jour, le préfet des Hauts-de-Seine a donné délégation à Mme C B, auteur de l'arrêté querellé, à l'effet de signer, notamment, les décisions portant obligation de quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision en litige doit être écarté.

4. En second lieu, aux termes de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative compétente peut, par décision motivée, obliger les étrangers dont la situation est régie par le présent livre, à quitter le territoire français lorsqu'elle constate les situations suivantes : 1° Ils ne justifient plus d'aucun droit au séjour tel que prévu par les articles L. 232-1, L. 233-1, L. 233-2 ou L. 233-3 () ". Par ailleurs, aux termes de l'article L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les citoyens de l'Union européenne ont le droit de séjourner en France pour une durée supérieure à trois mois s'ils satisfont à l'une des conditions suivantes : / 1° Ils exercent une activité professionnelle en France ; / 2° Ils disposent pour eux et pour leurs membres de famille de ressources suffisantes afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale, ainsi que d'une assurance maladie ; / 3° Ils sont inscrits dans un établissement fonctionnant conformément aux dispositions législatives et réglementaires en vigueur pour y suivre à titre principal des études ou, dans ce cadre, une formation professionnelle, et garantissent disposer d'une assurance maladie ainsi que de ressources suffisantes pour eux et pour leurs conjoints ou descendants directs à charge qui les accompagnent ou les rejoignent, afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale ; / 4° Ils sont membres de famille accompagnant ou rejoignant un citoyen de l'Union européenne qui satisfait aux conditions énoncées aux 1° ou 2° ;/ 5° Ils sont le conjoint ou le descendant direct à charge accompagnant ou rejoignant un citoyen de l'Union européenne qui satisfait aux conditions énoncées au 3° () ".

5. En se bornant à produire une copie de sa carte vitale et une attestation de rendez-vous à Pôle emploi, M. A ne justifie pas qu'il disposerait de ressources suffisantes pour subvenir à ses besoins. Dès lors, c'est sans entacher sa décision d'erreur d'appréciation que le préfet des Hauts-de-Seine, qui s'est livré à un examen particulier de la situation du requérant, a estimé qu'il ne disposait pas de ressources suffisantes afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale et ne remplissait donc pas les conditions prévues par l'article L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. L'autorité administrative a donc pu, à bon droit, obligé M. A à quitter le territoire français sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 251-1 de ce code.

6. Si le requérant se prévaut d'une présence depuis plus de 10 ans sur le territoire français, d'une assurance maladie et du fait qu'il aurait occupé de nombreux emplois, il se borne, comme il a été dit au point précédent, à produire une copie de sa carte vitale et une attestation de rendez-vous à Pôle emploi. Par suite, le préfet des Hauts-de-Seine, en faisant obligation au requérant de quitter le territoire français, n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences sur sa situation personnelle.

7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté du préfet des Hauts-de-Seine du 2 octobre 2023 doivent être rejetées, de même que, par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction.

D É C I D E :

Article 1 : Il n'y a pas lieu de statuer sur la demande d'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire de M. A.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D A et au préfet des Hauts-de-Seine.

Délibéré après l'audience du 12 mars 2024, à laquelle siégeaient :

M. Huon, président ;

M. Viain, premier conseiller ;

Mme Froc, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 mars 2024.

Le rapporteur,

signé

T. VIAIN

Le président,

signé

C. HUON

La greffière,

signé

A. TAINSA

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.