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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2314080

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2314080

lundi 27 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2314080
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantHATEGEKIMANA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance n° 2318889 du 18 octobre 2023, le président du tribunal administratif de Paris a transmis la requête de M. A B au tribunal administratif de Cergy-Pontoise, en application de l'article R. 351-3 du code de justice administrative.

Par cette requête enregistrée au greffe du tribunal administratif de Paris le 10 août 2023, M. B, demande au tribunal :

1°) d'ordonner la communication de l'entier dossier ;

2°) d'annuler l'arrêté du 9 août 2023 par lequel le préfet de Police a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de 36 mois ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué insuffisamment motivé

- il est entaché d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 17 novembre 2023 le préfet de police, représenté par Me Termeau, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens ne sont pas fondés.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Robert pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique:

- le rapport de M. Robert, magistrat désigné ;

- le requérant n'étant ni présent ni représenté ;

- le préfet n'étant ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant tunisien né le 31 décembre 1979, déclare être entré sur le territoire français en 2014. Par un arrêté du 17 février 2023, le préfet des Hauts-de-Seine lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. Interpellé le 8 août 2023 pour des faits de " viol sur majeur par personne en état d'ivresse ", l'intéressé a fait l'objet, d'un arrêté du 9 août 2023, dont M. B demande l'annulation, le préfet de police a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans.

Sur la demande de production de l'entier dossier de M. B :

2. Aux termes de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger peut demander au président du tribunal administratif ou au magistrat désigné à cette fin () la communication du dossier contenant les pièces sur la base desquelles la décision contestée a été prise () ".

3. L'affaire est en état d'être jugée, le principe du contradictoire a été respecté et il n'apparaît pas nécessaire, dans les circonstances de l'espèce, d'ordonner la communication de l'entier dossier détenu par l'administration. Dans ces conditions, ces conclusions doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. En premier lieu, l'arrêté contesté vise les textes sur lesquels il se fonde, plus particulièrement les articles L 612-6 et suivants code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il précise la durée de présence alléguée sur le territoire français ainsi que la nature et l'ancienneté des liens de M. B avec la France et mentionne des éléments propres à la situation personnelle de l'intéressé. Il relève aussi que M. B a fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement le 17 février 2023 à laquelle il s'est soustrait et que sa présence en Franca représente une menace pour l'ordre public dès lors qu'il a fait l'objet d'un signalement le 8 août 2018 pour des faits de " viol sur majeur par personne en état d'ivresse ". Ainsi, la motivation de l'arrêté en litige atteste la prise en compte des critères prévus par les dispositions précitées. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français ne peut qu'être écarté.

5. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de police n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de M. B avant de prendre la décision contestée. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen manque ainsi en fait et doit, être écarté.

6. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 de ce code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ".

7. Il résulte de ces dispositions que le préfet doit prononcer une interdiction de retour sur le territoire français à l'encontre d'un étranger auquel est notifiée une obligation de quitter le territoire français sans délai, à moins que celui-ci ne fasse état de circonstances humanitaires avérées. Seule la durée de cette interdiction de retour doit être appréciée au regard des critères énumérés à l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, à savoir la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France, l'existence ou non d'une précédente mesure d'éloignement et, le cas échéant, la menace pour l'ordre public que constitue sa présence sur le territoire.

8. Pour contester l'arrêté attaqué, M. B se borne à faire valoir qu'il réside en France depuis 2014, qu'il y exerce une activité professionnelle et qu'il n'est pas coupable des faits de viol qui lui sont reprochés. Toutefois, il ressort des pièces du dossier qu'il a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français sans délai en date du 17 février 2023, qu'il n'a pas mise à exécution, et qu'il ne fait état d'aucune circonstance humanitaire de nature à faire obstacle au prononcé d'une décision d'interdiction de retour sur le territoire français. En outre, il ressort des pièces du dossier, notamment du fichier automatisé des empreintes digitales, que le requérant a été signalé pour des faits de " viol sur majeur par personne en état d'ivresse ", de ventes à la sauvette dans un lieu public sans autorisation et d'usage illicite de stupéfiants. Enfin, il ressort du procès-verbal d'audition du 8 août 2023 produit par le préfet de police que M. B s'est déclaré célibataire et sans charge de famille en France. Dans ces conditions, le préfet de police a pu, sans entacher sa décision d'une erreur d'appréciation, prononcer à l'encontre de l'intéressé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trente-six mois.

9. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées, ainsi que par voie de conséquence, ses conclusions au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de police.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 novembre 2023.

Le magistrat désigné,

signé

D. RobertLa greffière,

signé

M. C

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision0

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