Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2314253
jeudi 30 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2314253 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 11ème Chambre |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des pièces complémentaires enregistrées les 24 octobre 2023, 25 octobre 2023, 17 janvier 2024 et 12 février 2024, M. A C, représenté par Me Bulajic, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 28 septembre 2023, par lequel le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de trente jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 50 euros par jour de retard ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour portant autorisation de travail ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. C soutient que :
Sur la décision portant refus de titre de séjour :
- elle est entachée d'un défaut de motivation ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa demande ;
- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'application de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense enregistré le 16 février 2024, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Bocquet, conseillère ;
- les conclusions de M. Belhadj, rapporteur public ;
- et les observations de Me Bulajic, représentant M. C.
Considérant ce qui suit :
1. M. A C, ressortissant algérien né le 18 janvier 2002, déclare être entré en France le 18 avril 2019 à l'âge de dix-sept ans. Il a sollicité, le 28 décembre 2022, un titre de séjour portant la mention " étudiant " sur le fondement du protocole titre III-1 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. Par un arrêté du 28 septembre 2023, dont l'intéressé demande l'annulation, le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.
Sur la décision portant refus de titre de séjour :
2. La décision attaquée comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Elle est, par suite, suffisamment motivée.
3. Il ne ressort pas des pièces du dossier, ni de la décision attaquée, que le préfet du Val-d'Oise n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de M. C et de sa demande de régularisation au titre des études avant de prendre son arrêté. Si le requérant démontre avoir déposé le 8 septembre 2023 une demande d'admission exceptionnelle au séjour au titre du travail puis avoir transmis des pièces à la préfecture le 18 septembre 2023 dans le cadre de l'instruction de cette demande, le préfet du Val-d'Oise n'était pas tenu de répondre à cette nouvelle demande de titre de séjour, présentée par courrier un an après sa demande initiale. En tout état de cause, le préfet du Val-d'Oise a examiné la demande de titre de séjour de l'intéressé au titre de son pouvoir général d'appréciation. Dès lors, le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué serait entaché d'un défaut d'examen réel et sérieux de la situation personnelle du requérant doit être écarté.
4. L'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il est relatif aux conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France, ne s'applique pas aux ressortissants algériens, dont la situation est régie de manière exclusive par l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. Cependant, bien que cet accord ne prévoie pas de semblables modalités d'admission exceptionnelle au séjour, un préfet peut délivrer un certificat de résidence à un ressortissant algérien qui ne remplit pas l'ensemble des conditions auxquelles est subordonnée sa délivrance de plein droit et il dispose à cette fin d'un pouvoir discrétionnaire pour apprécier, compte tenu de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation.
5. M. C soutient qu'il réside en France depuis le 18 avril 2019, qu'il a obtenu un certificat d'aptitude professionnelle d'électricien en juin 2021 puis un baccalauréat professionnel en juin 2023 et qu'il travaille dans le cadre d'un contrat d'apprentissage depuis le 1er juillet 2020. Toutefois, d'une part, la durée d'emploi invoquée de trois ans ne peut être regardée comme pouvant constituer un motif exceptionnel d'admission. D'autre part, l'intéressé, n'est présent en France que depuis seulement quatre ans à la date de la décision attaquée et à la faveur de son maintien en situation irrégulière après l'expiration de son visa le 27 avril 2019. Enfin, l'intéressé est célibataire, sans enfant, et n'est pas dépourvu d'attaches dans son pays d'origine où résident ses parents et sa fratrie. Enfin, M. C ne justifie d'aucun obstacle à un retour dans son pays d'origine afin d'y solliciter le visa de long séjour correspondant à sa situation. Par suite, c'est sans commettre d'erreur de droit ou d'erreur manifeste d'appréciation que le préfet du Val-d'Oise a pu estimer que M. C ne justifiait pas de considérations humanitaires ou de motifs exceptionnels d'admission au séjour.
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
6. L'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
7. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 5, le moyen tiré d'une méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. C doivent être rejetées. Par suite, doivent également être rejetées, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ainsi que celles relatives aux frais d'instance.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au préfet du Val-d'Oise.
Délibéré après l'audience du 16 mai 2024, à laquelle siégeaient :
M. d'Argenson, président,
M. Robert, première conseillère,
Mme Bocquet, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 mai 2024.
La rapporteure,
signé
P. BocquetLe président,
signé
P.-H. d'ArgensonLa greffière,
signé
M. B
La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
N°2314253
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