Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2314264

vendredi 26 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2314264
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème Chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 24 octobre 2023, Mme B A, représentée par Me Lisita, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 25 septembre 2023 par lequel le préfet du Val-d'Oise a rejeté sa demande de certificat de résidence, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays à destination ;

2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de lui délivrer un certificat de résidence algérien, à défaut, de réexaminer sa situation administrative, dans l'un ou l'autre des cas, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

S'agissant de la décision portant refus de délivrance de titre de séjour :

- elle méconnaît le titre III de l'accord franco-algérien dès lors qu'elle justifie avoir suivi une scolarité avec assiduité et succès, qu'elle a validée sa formation diplômante de " Management et Gestion d'Entreprise " en décembre 2021 et son Master spécialisé " Ressources Humaines et Big Data " en octobre 2023, qu'elle a consenti une promesse d'embauche le 17 octobre 2023 auprès de la société Move Logic en qualité de chargée de recrutement et qu'elle suit une formation en Master 2 " Manager du Développement marketing et commercial " à l'ISG International Business School pour l'année scolaire 2023/2024 ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les stipulations du 5° de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968.

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

- elle est entachée d'une erreur de droit en méconnaissance des stipulations de l'article 6-5 de la convention franco-algérienne du 27 décembre 1968 et des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par une ordonnance du 21 décembre 2023, la clôture d'instruction a été prononcée avec effet immédiat.

Le préfet du Val-d'Oise a produit un mémoire en défense, enregistré le 29 mars 2024, soit après la clôture de l'instruction, qui n'a pas été communiqué.

Une note en délibéré, enregistrée le 5 avril 2024, a été présentée pour Mme A.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié, relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour en France des ressortissants algériens et de leurs familles,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Buisson, président-rapporteur,

- et les observations de Me Lisita, représentant Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A, ressortissante algérienne née le 16 juillet 1995 à Tizi Ntelta, est entrée en France le 27 septembre 2020 muni d'un visa D portant la mention " étudiant ", valable du 14 septembre 2020 au 13 décembre 2020. Elle a sollicité, le 9 août 2023, la délivrance d'un certificat de résidence algérien portant la mention " étudiant " sur le fondement du titre III du protocole annexé à l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. Par l'arrêté attaqué du 25 septembre 2023, le préfet du Val-d'Oise a rejeté sa demande, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination.

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, aux termes du titre III du protocole annexé à l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Les ressortissants algériens qui suivent un enseignement, un stage ou font des études en France et justifient de moyens d'existence suffisants (bourses ou autres ressources) reçoivent, sur présentation, soit d'une attestation de pré-inscription ou d'inscription dans un établissement d'enseignement français, soit d'une attestation de stage, un certificat de résidence valable un an, renouvelable et portant la mention " étudiant " ou " stagiaire ". () ". Aux termes de l'article 9 du même accord : " () Pour être admis à entrer et séjourner plus de trois mois sur le territoire français au titre des articles 4, 5,7, 7 bis al. 4 (lettre c et d) et du titre III du protocole, les ressortissants algériens doivent présenter un passeport en cours de validité muni d'un visa de long séjour délivré par les autorités françaises () ". Il résulte de ces stipulations que la délivrance d'un certificat de résidence portant la mention " étudiant " est subordonnée à la production d'un visa de long séjour.

3. Si Mme A soutient qu'elle justifie d'une inscription dans un établissement d'enseignement supérieur et de moyens d'existence suffisants, il ressort des pièces du dossier, et il n'est d'ailleurs pas constesté, qu'elle ne justifie pas de la production d'un visa de long séjour. Par conséquent, le préfet pouvait se fonder sur le seul motif tiré du défaut de production d'un visa long séjour pour rejeter sa demande. Par suite, en refusant de lui délivrer le titre de séjour sollicité, le préfet n'a pas méconnu les stipulations du titre III du protocole annexé à l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ".

5. Si Mme A se prévaut de lien intenses avec la France, notamment de la présence d'une partie de sa fratrie sur le territoire, il ressort toutefois des pièces du dossier, que, compte tenu des circonstances de l'espèce, du fait que l'intéressée, célibataire sans charge de famille, qui n'est pas dépourvue d'attaches familiales dans son pays d'origine où résident notamment ses parents, et où elle a vécu jusqu'à l'âge de 25 ans, le préfet du Val-d'Oise n'a pas méconnu le stipulations du 5° de l'article 6 de l'accord franco-algérien.

6. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 5, le préfet du Val-d'Oise a pu, sans entacher son appréciation d'une erreur manifeste sur la situation personnelle de l'intéressée, refuser de régulariser la situation de Mme A.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

7. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que la décision portant refus de titre de séjour n'étant pas illégale, le moyen tiré de ce que l'obligation de quitter le territoire français serait illégale par voie de conséquence de l'illégalité de cette première décision doit être écarté.

8. En deuxième lieu, lorsque la loi prescrit l'attribution de plein droit d'un titre de séjour à un étranger, cette circonstance fait obstacle à ce qu'il puisse légalement être l'objet d'une mesure d'obligation de quitter le territoire français. Toutefois, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 5, Mme A ne remplit pas les conditions pour bénéficier d'un titre de séjour de plein droit sur le fondement des stipulations du 5° de l'article 6 de l'accord franco-algérien. Par suite, doit être écarté le moyen tiré de ce que l'intéressé ne saurait faire l'objet d'une mesure d'éloignement dès lors qu'il devait se voir attribuer de plein droit un titre de séjour sur le fondement de ces stipulations.

9. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

10. Mme A n'invoque aucun argument distinct de ceux énoncés à l'encontre de la décision portant refus de titre de séjour, à l'appui des moyens tirés de ce que la décision l'obligeant à quitter le territoire français aurait été prise en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation. Dans ces conditions, ce moyen doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 5 du présent jugement.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme A doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au préfet du Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 5 avril 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Buisson, président ;

- Mme Garona, première conseillère ;

- M. Ausseil, conseiller ;

assistés de Mme Pradeau, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 avril 2024.

Le président-rapporteur,

signé

L. Buisson

L'assesseure la plus ancienne,

signé

E. Garona

La greffière,

signé

A. Pradeau

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2314264