Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2314544
lundi 13 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2314544 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 6ème Chambre |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 27 octobre 2023, M. B A demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 21 juillet 2023 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé de quitter le territoire français et a fixé le pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine ou au préfet territorialement compétent de lui délivrer une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " vie privée et familiale " et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) de condamner l'État à lui verser la somme de 150 000 euros en réparation des préjudices qu'il estime avoir subi en raison de la faute commise par le préfet des Hauts-de-Seine ;
4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation dès lors que le préfet se borne à reprendre les termes de l'avis du service de main d'œuvre étrangère ;
- elle méconnait les dispositions de l'ancien article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour, actuel article L. 435-1 du même code ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors qu'il réside en France depuis 2006, qu'il démontre être pleinement intégré.
La requête a été communiqué au préfet des Hauts-de-Seine qui n'a pas présenté d'observation en défense.
Par une ordonnance du 21 décembre 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au jour même.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Buisson, président-rapporteur,
- et les observations de M. A.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, ressortissant togolais, né le 20 février 1970 à Lomé (Togo), est entré en France en octobre 2006 selon ses déclarations. Il a sollicité, le 7 mai 2021, son admission exceptionnelle au séjour sur le fondement des dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et de séjour des étrangers et du droit d'asile. Par l'arrêté attaqué du 21 juillet 2023, le préfet des Hauts-de-Seine a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays de destination.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, il ne ressort ni des pièces du dossier ni des termes de l'arrêté que, comme l'allègue le requérant, le préfet n'aurait pas procédé à un examen complet de sa situation. Le moyen tiré de l'absence ou de l'insuffisance de cet examen doit donc être écarté.
3. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet des Hauts-de-Seine aurait fondé sa décision portant refus de titre de séjour sur le motif que l'intéressé est connu des services de police pour avoir commis des faits d'abus de confiance.
4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ".
5. M. A fait valoir qu'il travaille en qualité de directeur général de la société Sasse's corporation depuis le 2 janvier 2020 dans le cadre d'un contrat à durée indéterminée, que l'avis défavorable du service de la main d'œuvre étrangère relatif à la demande d'autorisation de travail établi le 25 avril 2023 ne prend pas en compte les mesures d'anticipation de la société qui explique les dettes envers les organismes sociaux, et qu'il n'a fait l'objet d'aucune condamnation, ces circonstances à les supposer établies, ne sont pas, à elles seules, de nature à caractériser l'existence d'un motif exceptionnel ou de circonstances humanitaires, propre à justifier une admission exceptionnelle au séjour au regard des dispositions précitées de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui n'ont, par suite, pas été méconnues. En outre, la circonstance que M. A ne présente pas une menace à l'ordre public est sans incidence sur la légalité de la décision.
6. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ".
7. Si M. A se prévaut de sa présence sur le territoire français depuis 2006, du fait qu'il travaille en qualité de directeur général de la société Sasse's corporation et de ce que l'essentiel de ses intérêts personnels se trouvent en France, il ressort toutefois des pièces que, compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce, et notamment des conditions de séjour en France de M. A, célibataire et sans charge de famille, qui ne démontre pas être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine où résident ses parents, la décision attaquée n'a pas porté au droit de l'intéressé au respect de sa vie familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise et elle n'a donc pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Elle n'est pas davantage entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle.
Sur les conclusions indemnitaires :
8. M. A doit être regardé comme demandant à ce que l'Etat soit condamné à lui verser une indemnité à raison du préjudice moral qu'il a subi du fait de l'édiction de l'arrêté du 23 juillet 2023. Il résulte toutefois de ce qui précède que le requérant n'établit pas que cet arrêté est illégal et, ainsi, que le préfet des Hauts-de-Seine a commis une faute de nature à engager la responsabilité de l'Etat. Par suite, ses conclusions indemnitaires doivent donc être rejetées, sans qu'il soit besoin de statuer sur leur recevabilité ;
9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 21 juillet 2023 doivent être rejetées et, par voie de conséquence, ses conclusions indemnitaires, en l'absence d'illégalité fautive des décisions préfectorales, ainsi que ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des frais liés au litige.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet des Hauts-de-Seine.
Délibéré après l'audience du 26 avril 2024, à laquelle siégeaient :
M. Buisson, président,
Mme Saïh, première conseillère,
M. Ausseil, conseiller,
Assistés par Mme Pradeau, greffière.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 13 mai 2024.
Le président-rapporteur,
signé
L. Buisson
L'assesseure la plus ancienne,
signé
Z. Saïh
La greffière,
signé
A. Pradeau
La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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