Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2314620

mardi 11 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2314620
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème Chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 31 octobre 2023, Mme A C épouse B, représentée par Me Debbagh Boutarbouch, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 21 septembre 2023 par lequel le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être renvoyée ;

2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou " salarié ", et à titre subsidiaire de réexaminer sa situation, dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, et de lui délivrer dans cette attente une autorisation provisoire de séjour assortie d'une autorisation de travail ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à lui verser en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :

- la décision attaquée a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation dès lors que le préfet du Val-d'Oise n'a pas examiné sa demande de délivrance d'un titre " salarié " ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors que le préfet du Val-d'Oise a examiné sa demande sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors que sa demande était présentée sur le fondement de l'article L. 435-1 du même code ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale dès lors que le refus de titre est lui-même illégal ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle est illégale dès lors qu'elle est fondée sur la décision portant obligation de quitter le territoire français, elle-même illégale.

Par un mémoire en défense enregistré le 19 février 2024, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens invoqués par la requérante ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 en matière de séjour et d'emploi ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Richard, première conseillère ;

- et les observations de Me Debbagh Boutarbouch, pour Mme C, épouse B ainsi que les explications de cette dernière.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C épouse B, ressortisante marocaine, née le 13 juillet 1992, est entrée en France le 27 février 2018 sous couvert d'un visa de court séjour. Mme B a présenté une demande de titre de séjour " vie privée et familiale " le 31 janvier 2023. Par un arrêté du 21 septembre 2023, le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office. L'intéressée demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, la décision attaquée a été signée par Mme D E, adjointe au directeur des migrations et de l'intégration de la préfecture du Val-d'Oise, qui disposait d'une délégation de signature consentie à cet effet par un arrêté du préfet du Val-d'Oise n°23-042 du 11 juillet 2023, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de ladite préfecture. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision attaquée doit être écarté.

3. En deuxième lieu, d'une part, il ne ressort ni des termes de l'arrêté attaqué, ni des autres pièces versées au dossier, que le préfet du Val-d'Oise n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle de Mme B. D'autre part, il ressort des termes de la décision attaquée que le préfet du Val-d'Oise a entendu refuser la demande de titre de séjour de Mme B présentée le 31 janvier 2023 en vue de la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ". Si l'intéressée a sollicité, par un courriel de son conseil en date du 17 juillet 2023 adressé à la préfecture du Val-d'Oise, " à titre subsidiaire ", son admission exceptionnelle au séjour au titre du travail sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, demande distincte de la précédente et, au demeurant, présentée sur un fondement non utilement invocable par Mme B, laquelle relève à ce titre de l'article 3 de l'accord franco-marocain, ce courriel ne peut être regardé que comme une nouvelle demande. Par suite, et dès lors, ainsi qu'il a été dit, que le préfet du Val-d'Oise n'a entendu se prononcer que sur la demande formée devant lui le 31 janvier 2023, seule visée par cet arrêté, le moyen tiré par la requérante du défaut d'examen particulier de sa situation au regard du fondement de sa seconde demande ne peut qu'être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ". Aux termes de l'article L. 435-1 du même code : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / () ".

5. Il ressort des pièces du dossier que Mme B a présenté une demande de titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ". Par suite, le préfet du Val-d'Oise n'a pas commis d'erreur de droit en examinant sa demande au regard des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En tout état de cause, il ressort des termes de l'arrêté attaqué qu'il a également examiné sa demande de délivrance d'un titre portant la mention " vie privée et familiale " au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du même code.

6. En quatrième lieu, Mme B se prévaut de sa durée de séjour de plus de cinq ans en France et de son insertion professionnelle et familiale. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que l'époux de Mme B est également en situation irrégulière sur le territoire français et, s'il est handicapé, il n'est pas allégué qu'il ne pourrait pas recevoir les soins appropriés à son état de santé au Maroc. De même, la scolarisation de leur fille, née le 17 mars 2016, depuis l'année scolaire 2018-2019 ne saurait conférer à l'intéressée un droit au séjour. Par ailleurs, elle ne justifie pas être dépourvue d'attaches dans son pays d'origine où elle a vécu jusqu'à l'âge de 25 ans. Enfin, si Mme B se prévaut de son insertion professionnelle en France où elle travaille depuis le 1er juin 2021 dans une boulangerie-pâtisserie dans le cadre d'un contrat à durée indéterminée, elle ne justifie pas, au regard de ces éléments, d'une insertion professionnelle ancienne et stable. Dans ces conditions, le préfet du Val-d'Oise n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en refusant de délivrer un titre de séjour à Mme B.

7. En cinquième lieu, la décision portant refus de titre de séjour n'étant pas illégale, le moyen tiré de cette illégalité et soulevé, par voie d'exception, à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français, doit être écarté.

8. En sixième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 6, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation entachant la décision portant obligation de quitter le territoire français doivent être écartés.

9. En dernier lieu, il résulte de ce qui précède que Mme B n'établit pas que la décision portant obligation de quitter le territoire est illégale. Dès lors, l'exception d'illégalité de cette décision soulevée à l'appui des conclusions dirigées contre la décision fixant le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office ne peut qu'être écartée.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme B ne peuvent qu'être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, de ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et de celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C épouse B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C épouse B et au préfet du Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 28 mai 2024, à laquelle siégeaient :

M. Huon, président ;

Mme Richard, première conseillère ;

Mme Froc, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 juin 2024.

La rapporteure,

signé

A. RICHARD

Le président,

signé

C. HUON

La greffière,

signé

A. TAINSA

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2314620