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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2314632

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2314632

lundi 4 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2314632
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationPole Social (JU)
Avocat requérantDEBARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires enregistrées le 2 novembre 2023 et le 19 juin 2024, Mme A B, représentée par Me Debard, demande au tribunal :

1°) de condamner l'État à lui verser la somme de 15 000 euros en réparation des préjudices subis du fait de son absence d'hébergement, assortie des intérêts au taux légal capitalisés ;

2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 000 euros à verser à son conseil sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'État versée au titre de l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

- la responsabilité pour faute de l'État est engagée dès lors qu'elle n'a reçu aucune proposition d'hébergement, alors qu'elle a été reconnue prioritaire par la commission de médiation du droit au logement opposable le 14 octobre 2020 et que l'ordonnance du tribunal administratif de Cergy - Pontoise du 24 mars 2021 ordonnant son hébergement n'a pas été exécutée ;

- elle subit en conséquence des troubles de toutes natures dans ses conditions d'existence et un préjudice moral.

Un mémoire en défense a été enregistré le 16 mai 2024 pour le préfet des Hauts-de-Seine qui demande au tribunal de modérer le montant du préjudice indemnisable.

Il fait valoir que Mme B n'a pas donné suite, le 7 octobre 2021, à une proposition d'hébergement située à Clamart (92), au motif qu'elle avait, par ailleurs, bénéficié d'une autre proposition à Nanterre (92), laquelle avait retenu son attention.

Vu :

- la décision du 12 décembre 2022 par laquelle le président du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Pontoise a accordé à Mme B le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale ;

- l'ordonnance n° 2101051 du 24 mars 2021 par laquelle le tribunal administratif de Cergy - Pontoise a enjoint au préfet des Hauts-de-Seine d'assurer l'hébergement de Mme B sous astreinte de cinq euros par jour de retard ;

- la décision par laquelle le président du tribunal a désigné Mme Lepetit-Collin, vice-présidente, pour statuer sur les litiges visés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative ;

- la décision par laquelle la présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Lepetit-Collin, magistrate désignée, a été entendu au cours de l'audience publique.

A l'issue de l'audience, la clôture de l'instruction a été prononcée en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. La commission de médiation du département des Hauts-de-Seine a, par une décision du 14 octobre 2020, désigné Mme B comme prioritaire et devant être accueillie en urgence dans une structure d'hébergement ou dans une résidence hôtelière à vocation sociale. Par une ordonnance du 24 mars 2021, le tribunal, saisi par l'intéressée sur le fondement de l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation, a enjoint au préfet des Hauts-de-Seine d'assurer son hébergement sous astreinte de cinq euros par jour de retard. N'ayant pas reçu de proposition de d'hébergement, Mme B a, par l'intermédiaire de son conseil, saisi le préfet d'une demande indemnitaire préalable par un courrier reçu le 16 août 2023. Cette demande a été implicitement rejetée. Mme B demande au tribunal de condamner l'État à lui verser la somme de 15 000 euros en réparation des préjudices subis.

Sur les conclusions indemnitaires :

2. Aux termes de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation : " Le droit à un logement décent et indépendant () est garanti par l'État à toute personne qui () n'est pas en mesure d'y accéder par ses propres moyens ou de s'y maintenir. Ce droit s'exerce par un recours amiable puis, le cas échéant, par un recours contentieux dans les conditions et selon les modalités fixées par le présent article et les articles L. 441-2-3 et L. 441-2-3-1 ".

3. Lorsqu'une personne a été reconnue comme prioritaire et devant être accueillie dans une structure d'hébergement, un logement de transition, un logement-foyer ou une résidence hôtelière à vocation sociale par une commission de médiation, en application des dispositions du III ou du IV de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, la carence fautive de l'État à exécuter cette décision dans le délai imparti engage sa responsabilité à l'égard du demandeur au titre des troubles dans les conditions d'existence résultant du maintien de la situation qui a motivé la décision de la commission. La période de responsabilité de l'État court à compter de l'expiration du délai de six semaines que l'article R. 441-18 du même code impartit au préfet, à compter de la décision de la commission de médiation, pour proposer un accueil dans une structure d'hébergement, un logement de transition, un logement-foyer ou une résidence hôtelière à vocation sociale, ce délai étant porté à trois mois si la décision de la commission spécifie que l'accueil ne peut être proposé que dans un logement de transition ou dans un logement-foyer. Les troubles dans les conditions d'existence doivent être appréciés en tenant notamment compte des conditions d'hébergement ou de logement qui ont perduré du fait de la carence de l'État, de la durée de cette carence et du nombre de personnes composant le foyer du demandeur pendant la période de responsabilité de l'État.

En ce qui concerne le principe de la responsabilité :

4. Ainsi qu'il a été rappelé, la commission de médiation a reconnu, le 14 octobre 2020, le caractère prioritaire et urgent de la demande d'hébergement de Mme B, l'intéressée devant se voir proposer un accueil dans une structure d'hébergement ou dans une résidence hôtelière à vocation sociale. Par ailleurs, par une ordonnance n° 2101051 du 24 mars 2021, le tribunal administratif de Cergy - Pontoise a enjoint au préfet des Hauts-de-Seine d'assurer l'hébergement de Mme B avant le 1er mai 2021 sous astreinte de 5 euros par jour de retard. Or, il résulte de l'instruction que si Mme B a bénéficié, en 2021, d'une proposition d'hébergement située rue de Buzenval à Nanterre, le contrat de résidence n'a pris effet que le 25 octobre 2021.

5. Il résulte de ce qui précède que la requérante est fondée à solliciter l'engagement de la responsabilité de l'État en raison des carences fautives dont il a fait preuve dans la mise en œuvre de son obligation de relogement de la requérante pour la seule période du 25 novembre 2020 au 25 octobre 2021.

En ce qui concerne les préjudices :

6. Il n'est pas contesté que Mme B, qui réside toujours à l'adresse susmentionnée, ne s'est pas vu proposer d'accueil dans une structure d'hébergement ou dans une résidence hôtelière à vocation sociale par le préfet des Hauts-de-Seine avant le 25 octobre 2021. La persistance de cette situation pour la période du 25 novembre 2020, date à laquelle la carence de l'Etat a revêtu un caractère fautif, au 25 octobre 2021, a causé à Mme B des troubles de toutes natures dans ses conditions d'existence lui ouvrant droit à réparation.

7. Compte tenu des conditions de logement de Mme B qui ont perduré du fait de la carence de l'État, de la durée de cette carence et de la composition de son foyer, Mme B vivant seule, il sera fait une juste appréciation du préjudice subi en évaluant l'indemnisation due à la somme totale de 350 euros.

8. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de condamner l'État à verser à Mme B la somme de 350 euros tous intérêts confondus au jour du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

9. Mme B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son conseil peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 susmentionnée. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Debard, conseil de Mme B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'État le versement à Me Debard de la somme qu'il demande de 1 000 euros.

D É C I D E :

Article 1er : L'État versera à Mme B la somme de 350 (trois cent cinquante) euros tous intérêts confondus au jour du présent jugement.

Article 2 : L'État versera la somme de 1 000 euros à Me Debard, conseil de Mme B, sous réserve qu'il renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle, sur le fondement des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, à Me Debard et à la ministre du logement et de la rénovation urbaine.

Copie en sera adressée au préfet des Hauts-de-Seine.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 novembre 2024.

La magistrate désignée

H. Lepetit-CollinLa greffière

C. Mas

La République mande et ordonne à la ministre du logement et de la rénovation urbaine en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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