Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2314661

lundi 13 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2314661
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationPole Social (JU)

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 2 novembre 2023, M. B A doit être regardé comme demandant au tribunal d'annuler pour excès de pouvoir la décision en date du 17 mai 2023 par laquelle la commission de médiation du département des Hauts-de-Seine a rejeté son recours amiable tendant à la reconnaissance du caractère prioritaire et urgent de sa demande d'hébergement, ensemble la décision en date du 30 août 2023 rejetant son recours gracieux.

Il soutient que :

- avec son épouse, ils sont menacés d'expulsion ;

- ils ont été contraints de refuser la proposition de logement qui leur a été faite compte tenu de sa superficie (39 mètres carrés) et du fait qu'il était situé au septième étage d'un immeuble sans ascenseur alors qu'il est âgé et atteint d'une pathologie cardiaque.

Par un mémoire en défense enregistré le 14 mars 2024, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête comme non fondée.

Vu

- la décision attaquée ;

- les pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Lepetit-Collin, vice-présidente, pour statuer sur les litiges en application des dispositions de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

La rapporteure publique a été dispensée, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Lepetit-Collin, magistrate désignée, a été entendu au cours de l'audience publique.

La clôture de l'instruction est intervenue après l'appel de l'affaire à l'audience en application des dispositions de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. A a saisi la commission de médiation du département des Hauts-de-Seine d'un recours tendant à ce que sa demande de logement soit reconnue urgente et prioritaire en application du II de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation. Par une décision du 17 mai 2023, la commission de médiation a rejeté son recours amiable. Par une décision en date du 30 août 2023, elle a rejeté le recours gracieux de M. A dirigé contre la décision initiale. M. A doit être regardé comme demandant l'annulation de ces décisions.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation : " Le droit à un logement décent et indépendant, mentionné à l'article 1er de la loi n° 90-449 du 31 mai 1990 visant à la mise en œuvre du droit au logement, est garanti par l'État à toute personne qui, résidant sur le territoire français de façon régulière et dans des conditions de permanence définies par décret en Conseil d'État, n'est pas en mesure d'y accéder par ses propres moyens ou de s'y maintenir. / Ce droit s'exerce par un recours amiable puis, le cas échéant, par un recours contentieux dans les conditions et selon les modalités fixées par le présent article et les articles L. 441-2-3 et L. 441-2-3-1. ". Aux termes de l'article L. 441-2-3 du même code : " () II.-La commission de médiation peut être saisie par toute personne qui, satisfaisant aux conditions réglementaires d'accès à un logement locatif social, n'a reçu aucune proposition adaptée en réponse à sa demande de logement dans le délai fixé en application de l'article L. 441-1-4. / Elle peut être saisie sans condition de délai lorsque le demandeur, de bonne foi, est dépourvu de logement, menacé d'expulsion sans relogement, hébergé ou logé temporairement dans un établissement ou un logement de transition, un logement-foyer ou une résidence hôtelière à vocation sociale, logé dans des locaux impropres à l'habitation ou présentant un caractère insalubre ou dangereux. Elle peut également être saisie, sans condition de délai, lorsque le demandeur est logé dans des locaux manifestement suroccupés ou ne présentant pas le caractère d'un logement décent, s'il a au moins un enfant mineur, s'il présente un handicap au sens de l'article L. 114 du code de l'action sociale et des familles ou s'il a au moins une personne à charge présentant un tel handicap. Elle peut aussi être saisie sans condition de délai lorsque le demandeur ou une personne à sa charge est logé dans un logement non adapté à son handicap, au sens du même article L. 114. () ". Aux termes de l'article R. 441-14-1 du même code : " La commission, saisie sur le fondement du II ou du III de l'article L. 441-2-3, se prononce sur le caractère prioritaire de la demande et sur l'urgence qu'il y a à attribuer au demandeur un logement ou à l'accueillir dans une structure d'hébergement, en tenant compte notamment des démarches précédemment effectuées dans le département ou en Ile-de-France dans la région. / Peuvent être désignées par la commission comme prioritaires et devant être logées d'urgence en application du II de l'article L. 441-2-3 les personnes de bonne foi qui satisfont aux conditions réglementaires d'accès au logement social qui se trouvent dans l'une des situations prévues au même article et qui répondent aux caractéristiques suivantes : () -avoir fait l'objet d'une décision de justice prononçant l'expulsion du logement () ".

3. Il résulte de ces dispositions que, pour être désigné comme prioritaire et devant se voir attribuer d'urgence un logement social, le demandeur doit être de bonne foi, satisfaire aux conditions réglementaires d'accès au logement social et justifier qu'il se trouve dans une des situations prévues au II de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation et qu'il satisfait à un des critères définis à l'article R. 441-14-1 de ce code. Dès lors que l'intéressé remplit ces conditions, la commission de médiation doit, en principe, reconnaître le caractère prioritaire et urgent de sa demande.

4. Il ressort des pièces du dossier que, par sa décision du 17 mai 2023, la commission de médiation du département des Hauts-de-Seine a rejeté le recours amiable de M. A au motif qu'il n'avait pas produit, malgré les demandes du service instructeur en ce sens, les pièces justificatives de sa situation et qu'ainsi son recours n'était pas recevable et devait être rejeté. Par la décision en date du 30 août 2023, la commission de médiation a rejeté le recours gracieux du demandeur au motif que s'il était menacé d'expulsion, il avait refusé une offre de logement au motif de sa situation en étage élevé et que, dès lors, le caractère d'urgence de la situation n'était pas avéré. La décision de rejet du recours gracieux reposant sur un motif distinct de celui retenu dans la décision initiale, le recours formé par M. A doit être regardé comme dirigé contre la décision de rejet du recours gracieux, qui a fait disparaître de l'ordonnancement juridique la décision initiale.

5. A l'appui de sa requête, M. A soutient être menacé d'expulsion et que si une proposition de logement lui a été faite, le logement en question était situé au 7ème étage d'un immeuble sans ascenseur alors qu'il est âgé de 74 ans et atteint d'une pathologie cardiaque ne lui permettant aucun effort physique important. Il ressort toutefois des pièces du dossier, et notamment du bon de visite produit par le requérant lui-même, que l'immeuble en question était doté d'un ascenseur. Par suite, M. A, qui ne se prévaut d'aucun autre moyen, n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision attaquée.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Copie en sera adressée au préfet des Hauts-de-Seine.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 mai 2024.

La magistrate désignée,

signé

H. Lepetit-Collin

La greffière,

signé

C. Mas

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière