Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2314743
jeudi 13 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2314743 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 11ème Chambre |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 3 novembre 2023
et 27 novembre 2023, M. C B, représenté par Me Traore, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 29 septembre 2023 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;
2°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine ou au préfet territorialement compétent, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ", ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
Sur l'arrêté dans son ensemble :
- il a été pris par une autorité incompétente ;
- il est insuffisamment motivé ;
- il est entaché d'un défaut d'examen sérieux ;
Sur la décision portant refus de titre de séjour :
- elle est entachée d'un défaut de base légale, l'arrêté étant fondé sur l'article L. 425-9 et non L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le préfet s'est estimé lié par l'avis rendu par le collège de médecins ;
- elle est entachée d'erreur d'appréciation quant au suivi médical nécessaire et aux conséquences de l'absence de ce suivi sur l'état de santé de l'enfant en cas de retour dans son pays d'origine ;
- elle méconnait l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnait l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnait l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est illégale car fondée sur une décision portant refus de titre de séjour illégale.
Un mémoire en défense a été produit par le préfet des Hauts-de-Seine le 28 février 2024.
Il sollicite une substitution de base légale et fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement, sur proposition du rapporteur public, a dispensé ce dernier de présenter des conclusions sur cette affaire.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Bocquet, conseillère, a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant camerounais, né le 8 mai 1993, déclare être entré en France le 8 novembre 2019. Le 31 janvier 2022, il a sollicité son admission au séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par l'arrêté attaqué du 29 septembre 2023, le préfet des Hauts-de-Seine a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination.
Sur l'arrêté dans son ensemble :
2. L'arrêté en litige a été signé par M. D E, sous-préfet d'Antony et de Boulogne-Billancourt, qui bénéficiait d'une délégation de signature en vertu d'un
arrêté n°2023-060 du 25 septembre 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le même jour, à l'effet de signer les décisions de refus de titre de séjour et celles portant obligation de quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué manque en fait et doit être écarté.
3. La décision contestée comporte les considérations de droit et de fait constituant le fondement de l'arrêté. Le moyen tiré du défaut de motivation doit, dès lors, être écarté.
4. Il ne ressort ni des pièces du dossier ni des termes de l'arrêté attaqué que la situation personnelle de M. B n'aurait pas fait l'objet d'un examen sérieux. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen doit être écarté.
Sur la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour :
5. Il ne ressort ni des termes de l'arrêté attaqué, ni des pièces du dossier que le préfet se serait cru lié à tort par l'avis du collège de médecins de l'OFII. Ce moyen doit, dès lors, être écarté.
6. Aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. () La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat ". L'article L. 425-10 du même code prévoit : " Les parents étrangers de l'étranger mineur qui remplit les conditions prévues à l'article L. 425-9, ou l'étranger titulaire d'un jugement lui ayant conféré l'exercice de l'autorité parentale sur ce mineur, se voient délivrer, sous réserve qu'ils justifient résider habituellement en France avec lui et subvenir à son entretien et à son éducation, une autorisation provisoire de séjour d'une durée maximale de six mois. () Cette autorisation provisoire de séjour () est délivrée par l'autorité administrative, après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans les conditions prévues à l'article L. 425-9 ".
7. Pour refuser d'admettre au séjour M. B, le préfet des Hauts-de-Seine a analysé la situation de l'enfant de M. B au regard des critères posés par l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, auquel renvoie l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dès lors, le préfet n'a pas commis d'erreur de base légale en se fondant sur l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. De surcroit, le préfet sollicite, dans son mémoire en défense communiqué à M. B, une substitution de base légale, liée à la possibilité de refuser un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La décision contestée trouve son fondement légal dans les dispositions combinées des articles L. 425-9 et
L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui peuvent être substituées à l'unique article L. 425-9 cité par la décision. Dès lors que cette substitution de base légale n'a pour effet de priver l'intéressé d'aucune garantie et que l'administration dispose
du même pouvoir d'appréciation pour appliquer l'une ou l'autre de ces deux dispositions, il y a lieu de faire droit à la substitution sollicitée.
8. Le préfet des Hauts-de-Seine s'est fondé sur l'avis du collège de médecins de l'OFII du 4 septembre 2023 qui a estimé que l'état de santé de son enfant nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité mais qu'il peut être pris en charge dans son pays d'origine. M. B fait valoir que son fils est atteint du VIH avec un traitement non disponible dans son pays d'origine. Toutefois, les pièces produites par le requérant, en particulier un certificat médical du 7 novembre 2023 postérieur à la décision attaqué et faisant uniquement état d'un suivi régulier hospitalier depuis 2019 ainsi que les ordonnances attestant du traitement de l'enfant et les rapports et articles sur le suivi des personnes atteintes du VIH au Cameroun ne sont pas de nature à remettre en cause l'avis médical contesté et l'appréciation portée par le préfet des Hauts-de-Seine sur sa situation médicale, ce dernier produisant notamment la liste des médicaments accessibles pour cette pathologie au Cameroun. Ainsi, M. B n'est pas fondé à soutenir que le préfet des Hauts-de-Seine aurait commis une erreur d'appréciation ou méconnu les dispositions de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
9. M. B soutient que le préfet a méconnu les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Toutefois, le requérant a uniquement déposé une demande de titre de séjour sur le fondement de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et le préfet des Hauts-de-Seine n'était pas tenu d'examiner sa demande sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit être écarté comme inopérant.
10. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. "
11. M. B soutient résider avec sa concubine et être père de quatre enfants mineurs résidant en France depuis 2019. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que sa compagne n'est pas en situation régulière, qu'il ne peut se prévaloir à titre personnel d'aucune intégration professionnelle ou sociale depuis 2019 et qu'il ne démontre pas, au regard des pièces produites, résider avec sa compagne et leurs enfants ni participer à l'entretien et à l'éducation de ces derniers. Ainsi, l'intéressé n'établit pas, par les pièces qu'il verse au dossier, la stabilité et l'intensité des liens personnels et familiaux dont il se prévaut. Enfin, le requérant n'établit pas non plus que sa cellule familiale ne pourrait pas se reconstituer dans le pays d'origine ni que ses enfants ne pourraient y poursuivre leur scolarité. Dès lors, le préfet des Hauts-de-Seine n'a pas méconnu les stipulations précitées en édictant la décision en litige. Par suite, ce moyen doit être écarté.
12. Aux termes de l'article 3 de la convention précitée : " Nul ne peut être soumis à la torture, ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
13. M. B ne peut utilement invoquer une méconnaissance des stipulations citées au point précédent au soutien de ses conclusions dirigées contre la décision portant refus de titre de
séjour dès lors que cette décision n'a ni pour objet ni pour effet de le renvoyer dans son pays d'origine.
14. Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. () ".
15. D'une part, la décision attaquée n'a ni pour objet, ni pour effet, de séparer M. B de ses enfants. D'autre part, s'agissant de son enfant A B, il résulte de ce qui a été dit au point 11, qu'il n'est pas établi qu'un traitement ne serait pas disponible dans son pays d'origine. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées doit dès lors être écarté.
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
16. La décision portant refus de titre de séjour n'étant pas illégale, le moyen tiré par voie d'exception de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.
17. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée, y compris les conclusions aux fins d'injonction ainsi que celles relatives aux frais d'instance.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au préfet des Hauts-de-Seine.
Délibéré après l'audience du 30 mai 2024, à laquelle siégeaient :
M. d'Argenson, président,
M. Robert, premier conseiller.
Mme Bocquet, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juin 2024.
La rapporteure,
signé
P. BocquetLe président,
signé
P.-H. d'ArgensonLe greffier,
signé
V. Guillaume
La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne, et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2314743
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