Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2314763

mercredi 3 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2314763
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation10ème Chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise a examiné les requêtes de M. A, ressortissant mauritanien, contestant le refus implicite puis explicite de titre de séjour, assorti d'une obligation de quitter le territoire français et d'une interdiction de retour. Le tribunal a joint les deux requêtes et a constaté que la décision explicite de refus du 27 novembre 2023 s'était substituée à la décision implicite antérieure. La solution retenue par le tribunal n'est pas explicitée dans l'extrait fourni, mais les moyens soulevés par le requérant incluent la méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I- Par une requête enregistrée sous le n° 2314763 le 1er novembre 2023, M. B A, représenté par Me Sangue, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite de refus de titre de séjour, née du silence gardé par le préfet des Hauts-de-Seine plus de quatre mois sur sa demande déposée le 25 novembre 2022 ;

2°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 200 euros par jour de retard ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte, et de le munir d'une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que la décision portant refus de titre de séjour :

- est insuffisamment motivée ;

- est entachée d'un défaut d'examen particulier ;

- méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 avril 2024, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête de M. A.

Il fait valoir que la requête est tardive.

II- Par une requête, enregistrée sous le n° 2316283 le 5 décembre 2023, M. B A, représenté par Me Sangue, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 27 novembre 2023 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays d'éloignement et lui a interdit de retourner sur le territoire français pour une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " salarié " ou " vie privée et familiale " dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

En ce qui concerne les décisions portant refus de titre de séjour et portant obligation de quitter le territoire français :

- elles ont été prises par une autorité incompétente ;

- elles sont insuffisamment motivées ;

- elles sont entachées d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- elles sont entachées d'erreurs de droit et de fait dès lors qu'il est inséré professionnellement ;

- elles méconnaissent les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elles méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 avril 2024, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a décidé de dispenser le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Ouillon, président-rapporteur, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant mauritanien, né le 30 décembre 1988, est entré en France le 24 janvier 2016 sous-couvert d'un visa de court séjour valable pour l'Espagne. Il a sollicité le 29 juin 2022 un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Au terme d'un délai de quatre mois après le dépôt de cette demande, est née du silence gardé par le préfet, le 25 mars 2022, une décision implicite de rejet de sa demande de titre de séjour. Par la suite, par un arrêté du 27 novembre 2023, le préfet des Hauts-de-Seine a refusé explicitement à l'intéressé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays d'éloignement et lui a interdit de retourner sur le territoire français pour une durée d'un an. M. A demande l'annulation de l'ensemble de ces décisions.

Sur la jonction :

2. Les requêtes n° 2314763 et n° 2316283 concernent le même requérant et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour y statuer par un même jugement.

Sur les conclusions dirigées contre la decision de refus de séjour du 25 mars 2022 :

3. Lorsque le silence gardé par l'administration sur une demande dont elle a été saisie a fait naître une décision implicite de rejet, une décision explicite de rejet intervenue postérieurement se substitue à la première décision. Dans ce cas, des conclusions à fin d'annulation de cette première décision doivent être regardées comme dirigées contre la seconde. Il en résulte que celle-ci ne peut être utilement contestée au motif que l'administration aurait entaché sa décision d'un défaut de motivation en ne communiquant pas au requérant les motifs de sa décision implicite dans le délai d'un mois.

4. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que M. A a effectué une demande de titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-1, qui a été rejetée implicitement, en vertu du silence gardé par le préfet des Hauts-de-Seine pendant quatre mois, puis explicitement le 27 novembre 2023 par un arrêté dudit préfet. Il en résulte que les conclusions du requérant dirigées contre la décision implicite doivent être regardées comme étant dirigées contre la décision explicite du 27 novembre 2023, qui s'y est substituée.

Sur les décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français du 27 novembre 2023 :

5. En premier lieu, par un arrêté n°2023-072 du 31 octobre 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture des Hauts-de-Seine du même jour, Mme E C, cheffe de bureau des examens spécialisés et de l'éloignement, a reçu délégation à l'effet de signer notamment les actes relatifs au séjour, les obligations de quitter le territoire français avec fixation d'un délai de départ volontaire, les décisions fixant le pays de destination ainsi que les décisions portant interdiction de retour sur le territoire français, en cas d'absence ou d'empêchement de Mme D, directrice des migrations et de l'intégration, pour signer les décisions attaquées du 27 novembre 2023. Il n'est ni établi ni même allégué que cette dernière n'était ni absente, ni empêchée à la date des décisions attaquées. Par suite, le moyen tiré de ce que les décisions attaquées du 27 novembre 2023 ont été signées par une autorité incompétente manque en fait et doit être écarté.

6. En deuxième lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. À cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / - restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". Et aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. () ". En vertu des dispositions précitées, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'avait pas à faire l'objet d'une motivation distincte dès lors que la décision portant refus de titre de séjour est elle-même motivée.

7. L'arrêté attaqué du 27 novembre 2023 vise les dispositions pertinentes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il expose avec suffisamment de précision la situation personnelle de M. A et les motifs pour lesquels il n'est pas fait droit à sa demande de titre de séjour. Cet arrêté comporte ainsi de façon circonstanciée, l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Il satisfait, dès lors, aux exigences de motivation prévues par les dispositions précitées de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ainsi que celles de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation des décisions attaquées du 27 novembre 2023 doit être écarté.

8. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que le préfet des Hauts-de-Seine a procédé à un examen particulier de la situation personnelle de M. A avant de prendre à son encontre les décisions en litige. Par suite, le moyen tiré du défaut d'un tel examen doit être écarté.

9. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", "travailleur temporaire" ou "vie privée et familiale", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. (). ".

10. M. A soutient être entré en France le 24 janvier 2016, y résider depuis lors et y être inséré. Toutefois, d'une part, la circonstance qu'il séjourne sur le territoire français depuis cette date est insuffisante en elle-même pour être regardée comme constitutive d'un motif exceptionnel ou d'une considération humanitaire au sens des dispositions précitées. En outre, si le requérant se prévaut d'une activité professionnelle en qualité d'agent hôtelier au sein de la société Cleriance depuis le 1er juin 2019, il ne produit aucun contrat de travail conclu avec cette entreprise, le contrat versé à l'instance, à durée déterminée en raison d'un accroissement partiel d'activité et à temps partiel, entre la société Elior services propreté et santé et " M. F " est relatif à une activité de technicien de surface, comme le relevait d'ailleurs le préfet dans l'arrêté en litige. Ainsi, l'intéressé, dont la demande d'admission exceptionnelle au séjour en qualité de salarié a fait l'objet d'un avis défavorable le 12 décembre 2022 du service de la main d'œuvre étrangère, ne justifie pas d'une expérience professionnelle certaine et suffisante sur le territoire français. Par ailleurs, M. A est célibataire, sans charge de famille en France et n'est pas dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine où résident ses parents, sa sœur et où il a vécu au moins jusqu'à l'âge de 28 ans. Il ne justifie pas davantage d'une insertion particulière à la société française. Enfin, M. A a fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement le 15 janvier 2018 à laquelle il s'est soustrait. Dès lors, le préfet n'a pas commis d'erreurs de droit et de fait ni un erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions précitées. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

11. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

12. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 10, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de la décision implicite portant refus de titre de séjour sur sa situation personnelle ne peuvent qu'être écartés.

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an :

13. En premier lieu, Mme E C, cheffe de bureau des examens spécialisés et de l'éloignement, signataire de la décision attaquée, avait reçu par un arrêté n°2023-072 du 31 octobre 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture des Hauts-de-Seine du même jour, délégation à l'effet de signer les décisions portant interdiction de retour sur le territoire français, en cas d'absence ou d'empêchement de Mme D, directrice des migrations et de l'intégration. Il n'est ni établi ni même allégué que cette dernière n'était ni absente, ni empêchée à la date de la décision attaquée. Le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision attaquée doit être écarté.

14. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 613-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les décisions relatives au refus et à la fin du délai de départ volontaire prévues aux articles L. 612-2 et L. 612-5 et les décisions d'interdiction de retour et de prolongation d'interdiction de retour prévues aux articles L. 612-6, L. 612-7, L. 612-8 et L. 612-11 sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées. ".

15. La décision attaquée, qui vise les articles L. 612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et rappelle la situation personnelle et familiale de M. A, comporte un énoncé suffisamment précis des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation ne peut qu'être écarté.

16. En troisième et dernier lieu, aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 de ce code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 () ".

17. M. A, est entré en France le 24 janvier 2016, est célibataire, sans enfant. Par suite, ses attaches sur le territoire français ne sont pas anciennes, intenses et stables et il ne justifie pas d'une insertion professionnelle particulière en France. En outre, il a fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement le 15 janvier 2018 à laquelle il s'est soustrait. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet des Hauts-de-Seine aurait, en prononçant à son encontre la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an, entaché sa décision de disproportion et d'une erreur d'appréciation. Par suite, le moyen doit être écarté.

18. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée, y compris ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ainsi que celles présentées au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er: Les requêtes de M. A sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet des Hauts-de-Seine.

Délibéré après l'audience du 19 juin 2024, à laquelle siégeaient :

M. Ouillon, président,

Mme Charlery, première conseillère ;

Mme Fabas, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 juillet 2024

Le président-rapporteur,

signé

S. OuillonL'assesseur la plus ancienne,

signé

C. Charlery La greffière,

signé

M-J. Ambroise

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine ce qui le concerne ou à tous commissaire de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°s 2314763, 2316283