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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2314765

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2314765

lundi 17 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2314765
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationPole Social (JU)
Avocat requérantTHISSE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires enregistrées les 3 novembre, 13 décembre 2023 et 26 janvier 2024, Mme B C épouse A, représentée par Me Thisse, demande au tribunal :

1°) de condamner l'État à lui verser la somme de 13 800 euros, à parfaire, en réparation des préjudices subis du fait de son absence de relogement, somme assortie des intérêts au taux légal à compter du 28 juin 2022, date de sa demande indemnitaire préalable au préfet ;

2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 200 euros à verser à son conseil sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la part contributive de l'État versée au titre de l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

- la responsabilité pour faute de l'État est engagée dès lors qu'elle n'a reçu aucune proposition de logement, alors qu'elle a été reconnue prioritaire par la commission de médiation du droit au logement opposable le 26 mai 2021 et que l'ordonnance du tribunal administratif de Cergy - Pontoise du 19 avril 2022 ordonnant son relogement n'a pas été exécutée ;

- elle subit en conséquence des troubles de toutes natures dans ses conditions d'existence, dès lors qu'elle est toujours dépourvue de logement et hébergée, avec son époux qui souffre d'une maladie neurologique et leurs deux enfants mineurs, chez le père de ce dernier.

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 février 2024, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que l'époux de la requérante a produit un faux bulletin de salaire en réponse à une demande de pièces diligentée par un bailleur social dans le cadre de l'instruction d'une proposition de relogement, et a ainsi mis en échec le relogement de la famille par le préfet.

Un mémoire complémentaire a été enregistré le 22 mai 2024 pour Mme C qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens et fait en outre valoir que M. A a été hospitalisé du 1er au 21 juin 2023 pour décompensation d'un trouble bipolaire et qu'il convient de tenir compte de cette circonstance particulière.

Vu :

- la décision du 24 avril 2023 par laquelle le président du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Pontoise a accordé à Mme C épouse A l'aide juridictionnelle totale ;

- l'ordonnance n° 2114809 du 19 avril 2022 par laquelle le tribunal administratif de Cergy - Pontoise a enjoint au préfet des Hauts-de-Seine de reloger Mme C épouse A sous astreinte de 200 euros par mois de retard ;

- la décision par laquelle le président du tribunal a désigné Mme Lepetit-Collin, vice-présidente, pour statuer sur les litiges visés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative ;

- la décision par laquelle la présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Lepetit-Collin, magistrate désignée,

- les observations de Me Regaldo substituant Me Thisse et de M. A.

A l'issue de l'audience, la clôture de l'instruction a été prononcée en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. La commission de médiation du département des Hauts-de-Seine a, par une décision du 26 mai 2021, désigné Mme C épouse A comme prioritaire et devant être logée en urgence. Par une ordonnance du 19 avril 2022, le tribunal, saisi par l'intéressée sur le fondement de l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation, a enjoint au préfet des Hauts-de-Seine d'assurer son relogement sous astreinte de 200 euros par mois de retard. N'ayant pas reçu de proposition de logement, Mme C épouse A a saisi le préfet d'une demande indemnitaire préalable par un courrier reçu le 4 juillet 2022. Cette demande a été implicitement rejetée. Mme C épouse A demande au tribunal de condamner l'État à lui verser la somme de 13 800 euros en réparation des préjudices subis.

Sur les conclusions indemnitaires :

2. Aux termes de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation : " Le droit à un logement décent et indépendant () est garanti par l'État à toute personne qui () n'est pas en mesure d'y accéder par ses propres moyens ou de s'y maintenir. Ce droit s'exerce par un recours amiable puis, le cas échéant, par un recours contentieux dans les conditions et selon les modalités fixées par le présent article et les articles L. 441-2-3 et L. 441-2-3-1 ".

3. Lorsqu'une personne a été reconnue comme prioritaire et devant être logée ou relogée d'urgence par une commission de médiation, en application des dispositions de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, la carence fautive de l'État à exécuter cette décision dans le délai imparti engage sa responsabilité au titre des troubles dans les conditions d'existence résultant du maintien de la situation qui a motivé la décision de la commission, que l'intéressé ait ou non fait usage du recours prévu par l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation. Ces troubles doivent être appréciés en fonction des conditions de logement qui ont perduré du fait de la carence de l'État, de la durée de cette carence et du nombre de personnes composant le foyer du demandeur pendant la période de responsabilité de l'État, qui court à l'expiration du délai de trois ou six mois à compter de la décision de la commission de médiation que l'article R. 441-16-1 du code de la construction et de l'habitation impartit au préfet pour provoquer une offre de logement.

En ce qui concerne les fautes :

4. D'une part, la commission de médiation a reconnu, le 26 mai 2021, le caractère urgent et prioritaire de la demande de Mme C épouse A au motif, d'une part, qu'elle était en attente d'un logement social depuis un délai supérieur au délai fixé par arrêté préfectoral, et, d'autre part, qu'elle était dépourvue de logement ou hébergée chez un particulier. Or le préfet n'a fait aucune offre de logement à Mme C épouse A avant le 26 novembre 2021, date à laquelle cette absence de relogement a revêtu un caractère fautif. D'autre part, l'ordonnance n° 2114809 du 19 avril 2022 par laquelle le tribunal administratif de Cergy - Pontoise a enjoint au préfet des Hauts-de-Seine de reloger Mme C épouse A sous astreinte de 200 euros par mois de retard n'a reçu aucune exécution.

5. Il résulte de ce qui précède que les carences fautives dont l'État a fait preuve dans la mise en œuvre de son obligation de relogement de Mme C épouse A sont établies.

En ce qui concerne la période de responsabilité et le préjudice :

6. Il résulte de l'instruction que Mme C épouse A est, avec son époux et leurs deux enfants nés en 2019 et 2022, hébergée chez le père de ce dernier. La persistance de cette situation à compter du 26 novembre 2021, date à laquelle la carence de l'État a revêtu un caractère fautif, a causé à Mme C épouse A des troubles de toutes natures dans ses conditions d'existence lui ouvrant droit à réparation.

7. Toutefois, par un mémoire enregistré le 19 février 2024, le préfet fait valoir qu'un faux bulletin de salaire a été produit au nom de l'époux de la requérante, en juin 2023, en réponse à une demande de pièces diligentée par un bailleur social dans le cadre de l'instruction d'une proposition de relogement pour la famille. Si, dans le dernier état de ses écritures, la requérante, qui ne conteste pas les faits, se prévaut de la pathologie psychiatrique dont souffre son mari et expose que ce dernier a été hospitalisé du 1er au 21 juin 2023, soit à une période contemporaine des faits sus évoqués, dans le cadre d'une décompensation de ce trouble bipolaire, il ne résulte pas de l'instruction que cette pathologie ait été directement à l'origine de la fraude commise par M. A. Il résulte de ce qui précède que la période de responsabilité de l'État doit donc être regardée comme ayant pris fin à la date du 7 juin 2023, date à laquelle cette tentative de fraude a pu être établie. Il résulte de tout ce qui précède que la période d'indemnisation s'étend donc en l'espèce du 26 novembre 2021 au 7 juin 2023.

8. Compte tenu des conditions de logement de Mme C épouse A qui ont perduré du fait de la carence de l'État, de la durée de cette carence et de la composition de son foyer, il sera fait une juste appréciation des préjudices subis en évaluant l'indemnisation due à la somme totale de 1 500 euros.

9. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de condamner l'État à verser à Mme C épouse A la somme de 1 500 euros tous intérêts confondus au jour du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

10. Mme C épouse A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son conseil peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 susmentionnée. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Thisse, conseil de Mme C épouse A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'État le versement à Me Thisse de la somme de 1 080 euros.

D É C I D E :

Article 1er : L'État versera à Mme C épouse A la somme de 1 500 (mille cinq cents) euros tous intérêts confondus au jour du présent jugement.

Article 2 : L'État versera la somme de 1 080 euros à Me Thisse, conseil de Mme C épouse A, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle, sur le fondement des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C épouse A, à Me Thisse et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Copie en sera adressée au préfet des Hauts-de-Seine.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 juin 2024.

La magistrate désignée

Signé

H. Lepetit-CollinLa greffière

Signé

C. Mas

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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