Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2314801
jeudi 28 mars 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2314801 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 4ème Chambre |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 6 novembre 2023, M. A C, représenté par Me Khiat Cohen, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 18 octobre 2023 par lequel le préfet du Val-d'Oise a refusé de renouveler son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et a fixé le pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de lui délivrer un titre de séjour " vie privée et familiale ", dans un délai de quinze jours, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, et de lui délivrer un récépissé avec autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours, ou de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois, avec autorisation provisoire de séjour ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'arrêté est entaché d'une insuffisance de motivation ;
- il méconnaît les dispositions de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en ce qu'il retient à tort que sa présence constitue une menace à l'ordre public ;
- il méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dont il remplit les conditions ;
- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par une ordonnance du 13 novembre 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 15 janvier 2024.
Le préfet du Val-d'Oise a produit un mémoire en défense, enregistré le 18 janvier 2024, postérieurement à la clôture de l'instruction, et n'a pas été communiqué.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,
- le code des relations entre le public et l'administration,
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Le rapport de Mme Bories a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Monsieur A C, ressortissant marocain né le 12 décembre 1989, déclare être entré en France le 1er janvier 2008 et a été muni, à compter du 15 mars 2021 de titres de séjour dont le dernier était valable jusqu'au 14 mars 2022. Le 25 mars 2022, il a sollicité le renouvellement de son titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 18 octobre 2023, le préfet du Val-d'Oise a rejeté cette demande et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours. M. C demande au tribunal d'annuler cet arrêté.
2. En premier lieu, l'arrêté comporte l'énoncé des éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement. A ce titre, si M. C fait valoir que l'arrêt du préfet du Val-d'Oise ne fait pas état d'un examen particulier de sa situation, il ressort du dossier qu'il a bien pris en compte l'ensemble des éléments apportés par le requérant, y compris sa situation de salarié et les éléments attestant de sa présence en France depuis 2008. En tout état de cause, le préfet n'était pas tenu de faire état de l'intégralité de la situation personnelle et professionnelle de l'intéressé, qu'il a prise en compte en mentionnant qu'il était célibataire et sans charge de famille. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit, par suite, être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La délivrance d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident peut, par une décision motivée, être refusée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public. ".
4. Lorsque l'administration expose le motif lié à la menace pour l'ordre public pour refuser de faire droit à la demande de l'intéressé, il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi d'un moyen en ce sens, de rechercher si les faits qu'elle invoque à cet égard sont de nature à justifier légalement sa décision.
5. Pour refuser de renouveler le titre de séjour du requérant, le préfet s'est fondé un nombre non négligeable de faits répréhensibles commis par le requérant, dont certains ont abouti à une condamnation. Il ressort ainsi des pièces du dossier, et n'est pas contesté par le requérant, qu'il a été condamné à deux reprises pour des faits de vente à la sauvette, par le tribunal correctionnel de Lille le 10 décembre 2015 et par le tribunal de grande instance de Nanterre le 10 octobre 2017, et à deux reprises pour des faits d'usage illicite de stupéfiants par le tribunal correctionnel de Nanterre le 27 juin 2016 et par le tribunal de grande instance de Nanterre le 28 février 2017. En outre, le requérant ne conteste pas être connu des services de police pour quatorze faits de vente à la sauvette entre février 2015 et mai 2022, achat ou vente, violences volontaires sur dépositaire de l'autorité publique et rébellion en mai 2012, et multiples vols avec effraction entre 2009 et 2011. Compte tenu de la récurrence de ces faits, et de leur accumulation sur une période de dix ans, le préfet n'a pas entaché sa décision d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 432-1 précité. Par suite, le moyen soulevé en ce sens doit être écarté.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article. L.435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ".
7. Si le requérant soutient que la décision de refus de séjour méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il ne ressort ni des pièces du dossier, ni des termes de la décision contestée que le préfet a examiné la possibilité d'admettre M. C au séjour sur le fondement de ces dispositions, ni que ce dernier a sollicité une admission exceptionnelle au séjour sur ce fondement. Par suite, le moyen, inopérant, doit être écarté.
8. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
9. M. C se prévaut de sa présence en France depuis 2008 et de son intégration sociale et professionnelle qui serait induite par la durée de sa présence en France ainsi que de l'obtention récente d'un emploi en qualité d'agent de service. Toutefois le requérant, célibataire et connu défavorablement des services de police, n'établit pas, par les pièces qu'il produit, l'ancienneté de sa présence sur le territoire, et ne justifie pas davantage de la stabilité et de l'intensité de son intégration professionnelle en se bornant à produire un contrat de travail à durée indéterminée signé le 27 octobre 2023. Compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce, de la menace pour l'ordre public que constitue la présence en France de M. C ainsi qu'il a été dit au point 5, la décision contestée lui refusant le renouvellement de son titre de séjour, eu égard à son objet et à ses effets, n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Dès lors, les moyens tirés de la violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.
10. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 18 octobre 2023 du préfet du Val-d'Oise. Il s'ensuit que ses conclusions aux fins d'annulation de cet arrêté et, par voie de conséquence, celles aux fins d'injonction ainsi que celles relatives aux frais liés au litige doivent être rejetées.
Par ces motifs, le tribunal décide :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au préfet du Val-d'Oise.
Délibéré après l'audience du 14 mars 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Bories, présidente,
M. B et Mme D, premiers conseillers,
Assistés de Mme Nimax, greffière.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 mars 2024.
La présidente-rapporteur,
signé
C. Bories
L'assesseur le plus ancien,
signé
S. BLa greffière,
signé
S. Nimax
La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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