Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2314802

jeudi 28 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2314802
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation4ème Chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et mémoire, enregistrés le 6 novembre 2023 et le 17 janvier 2024, M. B C, représenté par Me Bogliari, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 21 septembre 2023 par lequel le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou " salarié ", ou de procéder au réexamen de sa situation, dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, et ce sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté est entaché d'un vice de procédure en ce que la commission du titre de séjour aurait dû être saisie ;

- il est entaché d'un défaut de motivation ;

- il est entaché d'erreurs de fait au regard de sa durée de présence en France et de son insertion professionnelle ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences sur sa situation ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Le 15 janvier 2024, le préfet du Val-d'Oise a produit les pièces utiles du dossier du requérant.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Bories ;

- et les observations de Me Bogliari, représentant M. C, présent.

Considérant ce qui suit :

1. M. B C, ressortissant sri lankais né le 16 octobre 1987, déclare être entré en France le 20 janvier 2010. Le 28 mars 2023, il a présenté une demande d'admission exceptionnelle au séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 21 septembre 2023, le préfet du Val-d'Oise a rejeté cette demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. M. C demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

2. En premier lieu, l'arrêté comporte l'énoncé des éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement. En tout état de cause, le préfet n'était pas tenu de faire état de l'intégralité de la situation personnelle et professionnelle de l'intéressé, qu'il a prise en compte en mentionnant qu'il était célibataire, sans charge de famille et non-dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine où résident ses parents et où il a vécu jusqu'à l'âge de vingt-deux ans. Le moyen tiré du défaut de motivation doit, par suite, être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'alinéa de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1.".

4. M. C soutient que la décision par laquelle le préfet du Val-d'Oise a rejeté sa demande d'admission exceptionnelle au séjour est entachée d'erreurs de fait en ce qui concerne la durée de sa présence en France et son insertion professionnelle. Il ressort de la lecture de l'arrêté attaqué, d'une part, que le préfet du Val-d'Oise s'est notamment fondé sur l'absence de preuve de la présence habituelle de l'intéressé depuis dix ans en France, en retenant que les documents produits n'étaient pas de nature à justifier de façon probante sa présence pour le deuxième semestre de 2016 et le premier semestre de 2017. Les pièces versées aux débats, à savoir un document médical et un avis d'impôt ne faisant état d'aucun revenu, tous deux datés de juillet 2016, ainsi qu'un courrier de la confédération générale du travail daté de juin 2017, sont en nombre insuffisant et de faible valeur probante, et ne permettent pas d'attester de la résidence en France du requérant au cours de cette période. Dans ces conditions, le préfet du Val-d'Oise a pu, sans commettre d'erreur de fait, estimer que la durée de présence de l'intéressé n'était pas établie. Par suite, cette branche du moyen tiré de l'erreur de fait doit être écartée.

5. D'autre part, il ressort de l'arrêté attaqué que le préfet du Val-d'Oise a relevé l'insuffisance du nombre de bulletins de salaires produits par l'intéressé. M. C soutient avoir travaillé durant plusieurs années dans des secteurs en tension et être actuellement sous contrat de travail à durée indéterminée stable depuis plus d'un an. Toutefois, les pièces produites, à savoir un contrat à durée indéterminée signé en avril 2016 et ayant été rompu le 20 avril 2016, des bulletins de salaire pour les mois de décembre 2019 à mai 2020, des bulletins de salaire pour les mois de septembre 2022 à septembre 2023, les relevés bancaires correspondant à la même période ainsi que quelques billets de train datant de début 2023, ne permettent pas d'établir une insertion professionnelle stable et durable de l'intéressé. Par suite, cette branche du moyen tiré de l'erreur de fait doit également être écartée.

6. En troisième lieu, aux termes du deuxième alinéa de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14 ".

7. Il résulte de ces dispositions que le préfet est tenu de saisir la commission du titre de séjour du cas des seuls étrangers qui remplissent effectivement les conditions prévues par l'article précité auxquels il envisage de refuser le titre de séjour sollicité et non celui de tous les étrangers qui se prévalent de cette disposition.

8. Il résulte de ce qui a été dit au point 4 que la présence habituelle du requérant depuis dix ans, et en particulier au cours de la période allant du deuxième semestre de 2016 au deuxième semestre de 2017, n'est pas établie. Le moyen tiré du défaut de saisine de la commission du titre de séjour doit par la suite être écarté.

9. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; / 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

10. M. C affirme être en France depuis plus de dix ans, travailler à temps plein en qualité d'homme toute main, avoir exercé plusieurs années dans des métiers en tension et avoir fixé en France l'ensemble de ses intérêts personnels. Toutefois, ainsi qu'il a été dit aux points 4 et 5 du présent jugement, l'intéressé ne justifie ni de sa présence habituelle ininterrompue sur le territoire depuis dix ans, ni d'une insertion stable et durable sur le territoire, ni des intérêts personnels dont il se prévaut. Par ailleurs, il ne justifie d'aucune insertion sociale particulière en France. Dans ces conditions, compte tenu des conditions de séjour de l'intéressé, l'arrêté attaqué n'a pas porté au droit au respect de la vie privée et familiale de M. C une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels il a été pris. Par suite, le préfet n'a ni méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des conséquences de la décision sur la situation de l'intéressé. Les moyens ne peuvent ainsi qu'être écartés.

11. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que la requête de M. C doit être rejetée en toutes ses conclusions.

Par ces motifs, le tribunal décide :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C et au préfet du Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 14 mars 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Bories, présidente,

M. A et Mme D, premiers conseillers,

Assistés de Mme Nimax, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 mars 2024.

La présidente-rapporteur,

signé

C. Bories

L'assesseur le plus ancien,

signé

S. ALa greffière,

signé

S. NimaxLa République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.