Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2314886
mercredi 22 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2314886 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 10ème Chambre |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 7 novembre 2023 et le 2 février 2024, M. B A, représenté par Me Lachenaud, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler l'arrêté en date du 16 octobre 2023 par lequel le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours ;
2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 75 euros par jour de retard, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour, ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;
- il est entaché d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle;
- il est entaché d'un vice de procédure dès lors que la commission des titres de séjour n'a pas été saisie ;
- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales;
- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
La requête a été communiquée au préfet du Val-d'Oise, qui n'a pas produit d'observations en défense.
Par ordonnance du 16 janvier 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 5 février 2024.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République du Mali sur la circulation et le séjour des personnes, signée à Bamako le 26 septembre 1994 ;la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Moinecourt, conseillère,
- et les observations de Me Gruet, substituant Me Lachenaud, représentant M. A.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant malien né le 31 décembre 1978 indique être entré sur le territoire français le 17 juillet 2005. Le 8 mars 2022, il a sollicité son admission au séjour sur le fondement de l'article 5 de la convention franco-malienne susvisée. Par la présente requête, il demande au tribunal l'annulation de l'arrêté du 16 octobre 2023 par lequel le préfet du Val-d'Oise a rejeté sa demande et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours.
2. En premier lieu, l'arrêté attaqué comporte l'énoncé des considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement et est, ainsi, suffisamment motivé.
3. En deuxième lieu, il ne ressort pas de l'arrêté attaqué que le préfet du Val-d'Oise n'aurait pas, avant de l'édicter, procédé à un examen particulier et suffisamment approfondi de la situation de M. A.
4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14 () ".
5. En l'espèce, si M. A soutient qu'il réside sur le territoire français depuis plus de dix ans et en particulier depuis 2005, il ne l'établit pas, versant seulement à la présence instance des pièces à partir de l'année 2014. Dans ces conditions, il n'est pas fondé à soutenir que c'est en méconnaissance des dispositions précitées que la commission du titre de séjour n'a pas été consultée pour l'examen de son droit à l'admission exceptionnelle au séjour.
6. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
7. Il ressort des pièces du dossier que M. A est célibataire et sans charge de famille sur le territoire français. S'il soutient avoir en France plusieurs membres de sa fratrie, il n'établit pas être dépourvu de tout lien dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de 37 ans. Par ailleurs, M. A soutient qu'il travaille depuis 2014 sur le territoire français, sous un nom d'emprunt pour la société SENI de 2014 à 2017, et produit à l'appui de ses allégations des bulletins de salaire, un contrat de travail et une attestation de concordance relativement à cette période. Il soutient en outre qu'il a travaillé, également sous un nom d'emprunt, pour la société Manulav de mars 2018 à août 2022 et pour la SAS SNNI d'octobre 2018 à juin 2021, ce dont il justifie par la production de contrats de travail, de bulletins de paie et d'attestations de concordance. Toutefois, d'une part, l'attestation de concordance émise par la SAS SNNI comporte une faute d'orthographe grossière en indiquant qu'il a travaillé sous le nom de " A oussmane " au lieu de " Ouseman " et, d'autre part, les bulletins de salaire qu'il produit à l'appui de ses allégations font état d'une quotité de travail inférieur au mi-temps sur de nombreux mois, voire sans travail pour certains d'entre eux. S'il soutient qu'il travaille en son nom propre pour ces deux sociétés depuis respectivement août 2023 et mars 2022, il ressort des pièces du dossier que ses périodes d'emploi se sont limitées à des contrats à durée déterminée de très brève durée pour la société Manulav, et qu'à temps très partiel de 52 heures par semaine pour la société SNNI. Il a en outre conclu un contrat à durée indéterminée avec la société IDF NET SERVICE pour 65 heures par semaine, peu de temps avant la décision attaquée, en septembre 2023. L'ensemble des éléments produits par M. A est insuffisant pour démontrer une insertion professionnelle stable et pérenne sur le territoire français, étant relevé notamment que les attestations de concordance produites apparaissent peu probantes, et qu'en tout état de cause, il n'établit qu'une activité professionnelle sporadique entre août 2022 et septembre 2023. Dans ces conditions, M. A qui n'établit ni qu'il a en France le centre des ses intérêts privés et familiaux, ni qu'il y exerce une activité professionnelle stable et pérenne, n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté litigieux a porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels il a été pris et a ainsi méconnu les dispositions et stipulations précitées, et n'est pas davantage fondé à soutenir que cet arrêté serait entaché d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. A tendant à l'annulation de l'arrêté attaqué doivent être rejetées, comme par voie de conséquence les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte, et celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
DECIDE :
Article 1 : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet du Val-d'Oise.
Délibéré après l'audience du 6 mai 2024, à laquelle siégeaient :
M. Ouillon, président,
Mme Charlery, première conseillère,
Mme Moinecourt, conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 mai 2024.
La rapporteure,
signé
L. Moinecourt
Le président,
signé
S. OuillonLa greffière,
signé
M-J. Ambroise
La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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