Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2314991
mercredi 3 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2314991 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 10ème Chambre |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 9 novembre 2023, Mme A, représentée par Me Pofi-Mariani, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté en date du 18 octobre 2023, par lequel le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays d'éloignement ;
2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de lui délivrer un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Mme A soutient que l'arrêté attaqué :
- méconnait les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- contrevient aux stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Le préfet du Val-d'Oise a communiqué les pièces constitutives du dossier lesquelles ont été enregistrées le 11 juin 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Charlery, rapporteure, a été entendu au cours de l'audience publique, les parties n'étant ni présentes ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, ressortissante béninoise née le 20 mai 1988, déclare être entrée en France le 15 janvier 2023 munie d'un visa à entrées multiples valable du 1er mars 2020 au 29 février 2024. Le 16 mai 2023, elle a sollicité un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par arrêté du 18 octobre 2023, le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays d'éloignement. Mme A sollicite l'annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", "travailleur temporaire" ou "vie privée et familiale", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ".
3. Portant sur la délivrance des catégories de cartes de séjour temporaire prévues par les dispositions auxquelles il renvoie, l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'institue pas une catégorie de titres de séjour distincte mais est relatif aux conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France soit au titre de la vie privée et familiale, soit au titre d'une activité salariée.
4. Mme A fait valoir que la décision en litige aurait méconnu les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précitées sans assortir ce moyen d'aucune précision permettant au juge d'en apprécier la réalité et le bien-fondé. Le moyen ne peut donc qu'être écarté.
5. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1°) Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2°) Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
6. En application de ces stipulations, il appartient à l'autorité administrative qui envisage de refuser d'admettre au séjour un ressortissant étranger en situation irrégulière et de procéder à son éloignement d'apprécier si, eu égard notamment à la durée et aux conditions de son séjour en France, ainsi qu'à la nature et à l'ancienneté de ses liens familiaux sur le territoire français, l'atteinte que cette mesure porterait à sa vie familiale serait disproportionnée au regard des buts en vue desquels ces décisions seraient prises.
7. Mme A soutient qu'elle a fixé le centre de ses intérêts personnels et familiaux en France de manière stable, durable et ancienne dès lors qu'elle vit en concubinage depuis douze ans avec M. B C, de nationalité française, dont elle a élevé les trois enfants et qu'elle souhaite rejoindre en Martinique où il effectue une convalescence suite à un accident du travail survenu le 11 mars 2022 en Haïti où il exerce son activité professionnelle. Néanmoins, pour l'année 2017, la requérante produit un billet d'avion de Paris à Cotonou pour un séjour du 21 juin au 2 août 2017, ainsi qu'une attestation d'assurance de la société MSH International, prenant effet en décembre 2017, pour un logement au Mali, qui révèle qu'elle n'a pas résidé en France de manière continue au cours de cette année. Au demeurant, sa dernière entrée en France, comme il ressort des mentions non contestées de l'arrêté en litige, est très récente puisque datant du 15 janvier 2023. En outre, si la requérante établit qu'une relation personnelle la lie à M. C depuis la fin de l'année 2020, notamment par la production d'un contrat de location meublée à leurs deux noms d'un appartement sis 5 avenue John Fitzgerald Kennedy à Saint-Gratien, prenant effet le 15 septembre 2020, ainsi que par un justificatif d'abonnement à un fournisseur d'énergie daté du 3 avril 2023 qui atteste qu'ils sont titulaires d'un contrat depuis le 24 décembre 2020, la communauté de vie n'est pas établie dès lors qu'il ressort des pièces du dossier, notamment d'un avis d'imposition sur les revenus 2021 et de l'avis de taxe foncière pour 2022, et qui est confirmé par la requérante elle-même, que M. C a été affecté à Port-au-Prince en Haïti depuis au moins l'année 2021 dans le cadre de ses fonctions de conseiller technique au sein des effectifs de la société CEM, domiciliée dans la ville du Robert en Martinique. Les deux billets d'avion attestant de séjours de Mme A à Haïti du 29 septembre 2021 au 23 février 2022 et du 19 au 26 avril 2022, alors que M. C se trouvait en convalescence en Martinique, ne sont pas suffisants pour établir une communauté de vie ancienne, stable et durable de la requérante avec M. C. Il ressort en outre des mentions de la fiche de salle renseignée par la requérante à l'occasion du dépôt de sa demande de titre de séjour, que l'ensemble de sa famille vit hors de France. Dans ces conditions, Mme A n'est pas fondée à soutenir que les décisions en litige auraient porté au droit dont elle dispose à mener une vie personnelle et familiale normale, une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elles ont été prises, et ainsi, méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Le moyen ne peut donc qu'être écarté.
8. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête de Mme A ne peuvent qu'être rejetées. Il en est de même, par voie de conséquence, des conclusions à fin d'injonction.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D A et au préfet du Val-d'Oise.
Délibéré après l'audience du 19 juin 2024, à laquelle siégeaient :
M. Ouillon, président,
Mme Charlery, première conseillère,
Mme Fabas, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 juillet 2024.
La rapporteure,
signé
C. Charlery
Le président,
signé
S. OuillonLa greffière,
signé
M-J. Ambroise
La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2314991
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