Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2315046
jeudi 6 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2315046 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème Chambre |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance n° 2325499/3-1 du 9 novembre 2023, la présidente de la 3ème section du tribunal administratif de Paris a transmis au tribunal administratif de Cergy-Pontoise, en application des articles R. 312-8 et R. 351-3 du code de justice administrative, la requête de Mme B, enregistrée le 7 novembre 2023.
Par cette requête, enregistrée sous le numéro 2315046, et un mémoire enregistré le 21 mars 2024, Mme B doit être regardée comme demandant au tribunal d'annuler la décision du 25 janvier 2023 par laquelle le préfet de la Loire-Atlantique a refusé d'échanger son permis de conduire algérien contre un permis de conduire français.
Elle doit être regardée comme soutenant que la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 25 janvier 2024, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que la requête, présentée hors délais, est irrecevable.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la route ;
- l'arrêté du 12 janvier 2012 fixant les conditions de reconnaissance et d'échange des permis de conduire délivrés par les Etats n'appartenant ni à l'Union européenne, ni à l'Espace économique européen, modifié notamment par l'arrêté du 9 avril 2019 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Gay-Heuzey, conseillère, a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, ressortissante franco-algérienne, nouvellement installée sur le territoire français après avoir résidé régulièrement sur le territoire algérien, a formé une demande d'échange de son permis de conduire algérien contre un permis de conduire français le 11 novembre 2022. Par la présente requête, elle doit être regardée comme demandant au tribunal d'annuler la décision du 25 janvier 2023 par laquelle le préfet de la Loire-Atlantique a rejeté sa demande, au motif qu'elle avait été présentée au-delà du délai d'un an de rigueur.
2. Aux termes de l'article R. 222-3 du code de la route : " Tout permis de conduire national, en cours de validité, délivré par un Etat ni membre de l'Union européenne, ni partie à l'accord sur l'Espace économique européen, peut être reconnu en France jusqu'à l'expiration d'un délai d'un an après l'acquisition de la résidence normale de son titulaire. Pendant ce délai, il peut être échangé contre le permis français, sans que son titulaire soit tenu de subir les examens prévus au premier alinéa de l'article D. 221-3. Les conditions de cette reconnaissance et de cet échange sont définies par arrêté du ministre chargé de la sécurité routière, après avis du ministre de la justice et du ministre chargé des affaires étrangères. Au terme de ce délai, ce permis n'est plus reconnu et son titulaire perd tout droit de conduire un véhicule pour la conduite duquel le permis de conduire est exigé. ". Selon l'article 4 de l'arrêté du 12 janvier 2012, dans sa rédaction applicable au litige : " I. ' Tout titulaire d'un permis de conduire délivré régulièrement au nom d'un Etat n'appartenant ni à l'Union européenne, ni à l'Espace économique européen doit obligatoirement demander l'échange de ce titre contre un permis de conduire français dans le délai d'un an qui suit l'acquisition de sa résidence normale en France. II. - () C. ' Pour les Français, y compris ceux possédant également la nationalité de l'Etat ayant délivré le titre, la résidence normale en France est présumée, à charge pour eux d'apporter la preuve contraire. () ". Aux termes de l'article R. 22-1 du code de la route : " () On entend par "résidence normale" le lieu où une personne demeure habituellement, c'est-à-dire pendant au moins 185 jours par année civile, en raison d'attaches personnelles ou d'attaches professionnelles. ".
3. Il résulte de ces dispositions que la demande d'échange d'un permis de conduire étranger doit être présentée dans le délai d'un an suivant l'acquisition de la résidence normale en France qui est présumée pour un ressortissant français, à charge pour lui d'apporter la preuve contraire en justifiant de son lieu de résidence à l'étranger pendant au moins 185 jours par année civile.
4. Pour rejeter la demande d'échange de permis de conduire algérien contre un permis de conduire français présentée par Mme B le 11 novembre 2022, le préfet de la Loire-Atlantique lui a opposé la circonstance qu'elle résidait habituellement en France depuis le 1er octobre 2021 et que sa demande, introduite plus d'un an après le délai de rigueur, était donc tardive. D'une part, pour justifier qu'elle est entrée en France le 1er octobre 2021 pour de simples vacances, Mme B produit une attestation d'hébergement de sa sœur, deux attestations de son employeur, le ministère des finances algérien, concernant ses congés du 3 octobre 2021 au 2 décembre 2021, un attestation de travail de celui-ci du 29 septembre 2021 et un certificat du consulat général de France à Alger qui ne constate sa radiation du registre des français établis hors de France qu'à compter du 4 juin 2023. D'autre part, pour justifier qu'elle n'a acquis sa résidence habituelle sur le territoire français qu'à compter du 25 octobre 2022, Mme B produit un avis d'imposition français constatant son absence de revenus pour l'année 2022, un billet d'avion de Paris à Alger daté du 26 août 2022 corroboré par un cachet sur son passeport algérien et un contrat de travail à durée déterminée ne débutant que le 1er avril 2023. Toutefois, il ressort des autres pièces du dossier que Mme B a été mise en disponibilité à compter du 1er décembre 2021 par son employeur algérien, qu'elle était inscrite en qualité de demandeuse d'emploi sur le territoire français à compter du 18 novembre 2021 et y a suivi une formation du 24 février 2022 au 25 août 2022. Ainsi, Mme B ne justifie pas avoir résidé en Algérie plus de 185 jours à compter du 1er octobre 2021. Dès lors, c'est à bon droit que le préfet de la Loire-Atlantique a estimé qu'elle avait acquis sa résidence normale sur le territoire français le 1er octobre 2021 et que sa demande d'échange de permis de conduire avait été introduite tardivement. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation dont serait entachée la décision attaquée doit être écarté.
5. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir soulevée en défense, que la requête de Mme B doit être rejetée.
Par ces motifs, le tribunal décide :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au préfet de la région Pays de la Loire, préfet de la Loire-Atlantique.
Délibéré après l'audience du 23 mai 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Oriol, présidente, Mmes Gay-Heuzey et Lusinier, conseillères.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 juin 2024.
La rapporteure,
Signé
A. GAY-HEUZEY
La présidente,
Signé
C. ORIOL
La greffière,
Signé
V. RICAUD
La République mande et ordonne au préfet de la région Pays de la Loire, préfet de la Loire-Atlantique, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour ampliation,
La greffière
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