Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2315059
jeudi 23 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2315059 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 11ème Chambre |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des pièces complémentaires, enregistrées le 10 novembre 2023 et
le 26 avril 2024, M. B A, représenté par Me Bulajic, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 9 octobre 2023 par lequel le préfet du Val-d'Oise a refusé de renouveler son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;
2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;
Il soutient que :
- l'arrêté attaqué a été pris au terme d'une procédure irrégulière en absence de saisine de la commission du titre de séjour alors même qu'il réside sur le territoire français depuis plus de dix ans ;
- il méconnait l'article 3 de l'accord franco-tunisien en matière de séjour et de travail
du 17 mars 1988 modifié ;
- il méconnait L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 19 avril 2024, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- l'accord franco-tunisien en matière de séjour et de travail du 17 mars 1988 modifié ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code du travail ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 2 mai 2024 :
- le rapport de M. Robert, premier conseiller ;
- les observations de Me Boamah, substituant Me Bulajic, représentant M. A.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, ressortissant tunisien né le 21 novembre 1987, déclare être entré sur le territoire français en décembre 2012. L'intéressé ayant bénéficié d'une admission exceptionnelle au séjour en avril 2018, il a obtenu plusieurs cartes de séjour temporaire portant la mention " salarié " dont la dernière a expiré le 31 mars 2022. Le 1er juillet 2022, M. A a sollicité le renouvellement de son titre de séjour. Par un arrêté du 9 octobre 2023, le préfet du Val-d'Oise a refusé de renouveler son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. Par la présente requête, M. A demande l'annulation de cet arrêté.
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14 () ".
3. En l'espèce, M. A a sollicité le renouvellement de sa carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " et il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il aurait sollicité son admission exceptionnelle au séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code précité ou que le préfet du Val-d'Oise aurait, de lui-même, examiné sa situation sur son fondement. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué a été pris en méconnaissance de l'article précité doit donc être écarté.
4. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 3, M. A, qui n'a pas sollicité son admission exceptionnelle au séjour, n'est pas fondé à soutenir que le préfet du Val-d'Oise était tenu de saisir la commission du titre de séjour. Par suite, le moyen tiré d'un vice de procédure doit être écarté.
5. En troisième lieu, aux termes du premier alinéa de l'article 3 de l'accord franco-tunisien en matière de séjour et de travail du 17 mars 1988 modifié : " Les ressortissants tunisiens désireux d'exercer une activité professionnelle salariée en France, pour une durée d'un an au minimum, et qui ne relèvent pas des dispositions de l'article 1er du présent Accord, reçoivent, après contrôle médical et sur présentation d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes, un titre de séjour valable un an renouvelable et portant la mention " salarié ". / (..) ". Aux termes de l'article L. 432-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le renouvellement d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle peut, par une décision motivée, être refusé à l'étranger qui cesse de remplir l'une des conditions exigées pour la délivrance de cette carte dont il est titulaire, fait obstacle aux contrôles ou ne défère pas aux convocations ". Aux termes de l'article R. 5221-1 du code du travail : " () II. La demande d'autorisation de travail est faite par l'employeur. () La demande peut également être présentée par une personne habilitée à cet effet par un mandat écrit de l'employeur ou de l'entreprise. / Tout nouveau contrat de travail fait l'objet d'une demande d'autorisation de travail ".
6. Il ressort des pièces du dossier que M. A a exercé la profession de coiffeur au sein de la société B. de juillet 2018 à août 2021, puis s'est inscrit à Pôle emploi à la suite d'une rupture conventionnelle et exerce à nouveau cette profession au sein de la société C. depuis décembre 2021. Par suite, en application des dispositions précitées de l'article R. 5221-1 du code du travail, il appartenait au nouvel employeur de déposer une demande d'autorisation de travail au soutien de la demande de renouvellement de titre de séjour déposée le 1er juillet 2022. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de l'accord franco-tunisien doit être écarté en sa première branche.
7. En quatrième lieu, aux termes du deuxième alinéa de l'article 3 de l'accord franco-tunisien en matière de séjour et de travail du 17 mars 1988 modifié : (..) / Après trois ans de séjour régulier en France, les ressortissants tunisiens visés à l'alinéa précédent peuvent obtenir un titre de séjour de dix ans. Il est statué sur leur demande en tenant compte des conditions d'exercice de leurs activités professionnelles et de leurs moyens d'existence. Les dispositions du deuxième alinéa de l'article 1er sont applicables pour le renouvellement du titre de séjour après dix ans. / ()".
8. Si M. A soutient que le préfet du Val-d'Oise aurait dû lui délivrer une carte de résident sur le fondement de l'article 3 de l'accord franco-tunisien précité, il ressort de la fiche de salle signée par M. A le 1er juillet 2022 que celui-ci a uniquement sollicité le renouvellement de sa carte de séjour temporaire. Au demeurant, il ne ressort pas des pièces du dossier que le requérant, dont l'avis d'impôt sur les revenus de 2022 mentionne un revenu fiscal de 2 280 euros, remplirait les conditions de ressources prévues par les stipulations précitées. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de l'accord franco-tunisien doit être écarté en sa seconde branche.
9. En cinquième lieu, outre les motifs exposés aux points 6 et 8, M. A, célibataire et sans enfant, n'établit pas avoir noué des liens particulièrement significatifs au cours des années de présence en France dont il se prévaut. En outre, il ressort des pièces du dossier qu'il n'est pas dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de vingt-quatre ans au moins et où résident ses parents et l'ensemble de sa fratrie. Par suite, le moyen tiré d'une erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.
10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par
M. A doivent être rejetées. Par suite, doivent également être rejetées les conclusions à fin d'injonction, ainsi que celles relatives aux frais de l'instance.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet du Val-d'Oise.
Délibéré après l'audience du 2 mai 2024, à laquelle siégeaient :
M. d'Argenson, président,
M. Robert, premier conseiller,
Mme Bocquet, conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 mai 2024.
Le rapporteur,
signé
D. Robert
Le président,
signé
P.-H. d'ArgensonLe greffier,
signé
V. Guillaume
La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2315059
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