Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2315075
mercredi 5 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2315075 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 10ème Chambre |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 10 novembre 2023 et 25 avril 2024, Mme A C, représentée par Me Gozlan, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 13 octobre 2023 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine a refusé de lui renouveler son titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et lui a interdit de retourner un territoire français d'une durée d'un an ;
2°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de la munir d'une autorisation provisoire de séjour et de délivrer un titre de séjour portant la mention " étudiant " dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou, à défaut de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision portant refus de titre de séjour est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors qu'elle justifie du caractère réel et sérieux des études ;
- les décisions portant obligation de quitter le territoire français et interdiction de retour sur le territoire français sont disproportionnées.
Par un mémoire en défense, enregistré le 23 avril 2024, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a décidé de dispenser le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Ouillon, président-rapporteur ;
- et les conclusions de M. Belhadj, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C, ressortissante mexicaine née le 9 septembre 2002, est entrée le 20 octobre 2022 sous-couvert d'un visa de type " D " portant la mention " jeune fille au pair " valable du 19 octobre 2022 au 19 août 2023. Elle a sollicité le 10 juillet 2023 la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " étudiant ". Par un arrêté du 13 octobre 2023, dont elle demande l'annulation, le préfet des Hauts-de-Seine a refusé de lui renouveler son titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et lui a interdit de retourner un territoire français d'une durée d'un an.
Sur la décision portant refus de titre de séjour :
2. Aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an. / En cas de nécessité liée au déroulement des études ou lorsque l'étranger a suivi sans interruption une scolarité en France depuis l'âge de seize ans et y poursuit des études supérieures, l'autorité administrative peut accorder cette carte de séjour sous réserve d'une entrée régulière en France et sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ".
3. Pour l'application de ces dispositions, il appartient à l'administration saisie d'une demande de renouvellement d'une carte de séjour présentée par un étranger en qualité d'étudiant de rechercher, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, si les études poursuivies par l'intéressé revêtent un caractère réel et sérieux et s'il justifie des moyens d'existence suffisants lui permettant de vivre et d'étudier en France.
4. Il ressort des pièces du dossier, que Mme C s'est prévalue à l'appui de sa demande de titre de séjour portant la mention " étudiant ", de son inscription, en juillet 2023, au sein de l'université Paris-Nanterre pour la préparation du diplôme d'université mention " français langue étrangère " niveau C1 afin de parfaire son niveau en langue française avant de poursuivre des études en France en Licence professionnelle " Métiers de la relation à l'animal-compagnon : médiation, éducation, comportement " puis en Master mention " Psychologie clinique, psychopathologie et psychologie de la santé ". Pour lui refuser le titre de séjour demandé, le préfet des Hauts-de-Seine a considéré que cette formation était " non diplômante ", qu'elle ne se rattache pas à un cursus cohérent d'études, qu'elle comprend un très faible volume horaire et que ce type de formation ne nécessite pas de présence sur le territoire français. Il ressort du certificat de scolarité et de l'attestation de suivi établie par les directrices du département de français pour les étudiants étrangers de l'université Paris-Nanterre, produits par la requérante, que la formation en cause est semestrielle. Le préfet indique dans ses écritures en défense, sans être contredit, que cette formation est d'une durée de 190 heures pour le semestre. Aussi, compte tenu de son faible volume horaire, la préparation d'un tel diplôme ne requiert la présence en France de l'intéressée qu'au cours d'un seul semestre. Par ailleurs, il n'apparaît pas que cette formation, qui constitue un simple complément de formation ne sanctionnant aucune progression dans un cursus universitaire, conditionne l'accès aux études universitaires que la requérante souhaite reprendre par la suite, ni présente de liens avec ces études. Dans ces conditions, compte tenu de la nature de la formation suivie par la requérante et de son faible volume horaire, le préfet n'a pas commis d'erreur d'appréciation en considérant que Mme C ne pouvait se voir délivrer un titre de séjour en application de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. S'il ressort de l'attestation de suivi précitée, qu'à l'issue de la formation un diplôme est délivré, qui n'atteste au demeurant que d'un niveau de langue, et que le suivi de cette formation se fait en présentiel, il résulte de l'instruction que le préfet des Hauts-de-Seine aurait pris la même décision de refus d'admission au séjour, s'il ne s'était fondé que sur la nature et le très faible volume horaire de cette formation. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ne peut qu'être écarté.
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
5. Mme C entrée en France le 20 octobre 2022 à l'âge de vingt-ans, soit depuis moins d'une année à la date de l'arrêté en litige, est célibataire et sans enfant à charge en France. En outre, si la requérante y a séjourné régulièrement en tant que jeune fille au pair, cette qualité ne lui donnait pas vocation à s'installer durablement sur le territoire français. Enfin, elle ne justifie d'aucune insertion particulière à la société française et n'est pas dépourvue d'attaches familiales dans son pays d'origine où résident ses parents, comme il ressort de l'attestation de prise en charge financière établie le 7 juillet 2023. Par suite, Mme C n'est pas fondée à soutenir que la mesure d'éloignement litigieuse prise à son encontre par le préfet des Hauts-de-Seine serait entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation ni disproportionnée au regard du refus d'admission au séjour qui lui a été opposé.
Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
6. Aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ".
7. Il ressort des pièces du dossier que pour interdire à Mme C de retourner sur le territoire français pendant une durée d'un an, le préfet des Hauts-de-Seine a retenu les circonstances qu'elle est présente en France depuis un an, qu'elle est célibataire et sans enfant, que ses attaches sur le territoire français ne sont pas fortes, stables et anciennes et qu'il n'y a pas de circonstances humanitaires. Compte tenu des motifs énoncés au point 5 du jugement, et alors même qu'elle aurait sollicité un renouvellement de son titre de séjour avant l'expiration de ce dernier afin de ne pas rester en situation irrégulière en France et qu'elle entend poursuivre ses projets personnels et professionnels sur le territoire national, il n'est pas établi que le préfet aurait entaché la décision attaquée d'une erreur d'appréciation.
8. Il résulte de tout ce qui précède que Mme C n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du préfet des Hauts-de-Seine du 13 octobre 2023.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
9. Le présent jugement qui rejette les conclusions aux fins d'annulation n'appelle aucune mesure d'injonction. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte doivent être rejetées.
Sur les frais de l'instance :
10. L'État n'étant pas la partie perdante dans la présente instance, les conclusions de Mme C à fin d'octroi d'une somme au titre des frais exposés par elle et non compris dans l'instance doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête Mme C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C et au préfet des Hauts-de-Seine.
Délibéré après l'audience du 22 mai 2024, à laquelle siégeaient :
M. Ouillon, président,
Mme Charlery, première conseillère ;
Mme Fabas, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 juin 2024
Le président-rapporteur,
signé
S. OuillonL'assesseure la plus ancienne,
signé
C. Charlery La greffière,
signé
M. B
La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine ce qui le concerne ou à tous commissaire de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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