Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2315086

lundi 24 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2315086
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationPole Social (JU)

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 9 novembre 2023, Mme B A demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 4 octobre 2023 par laquelle le centre communal d'action sociale (CCAS) de la commune de Groslay lui a refusé la délivrance d'une attestation de domicile ;

2°) d'enjoindre au directeur du CCAS de Groslay de lui délivrer une attestation de domicile.

Elle soutient que la décision est entachée d'une erreur d'appréciation, dès lors qu'elle remplit les conditions pour obtenir une domiciliation sur la commune de Groslay.

Le CCAS de la commune de Groslay, à qui la requête a été communiquée, n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu :

- la décision par laquelle le président du tribunal a désigné Mme Monteagle, première conseillère, pour statuer sur les litiges visés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

- la décision par laquelle la rapporteure publique a été, sur sa proposition, dispensée de prononcer des conclusions à l'audience ;

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Monteagle, magistrate désignée,

- et les observations de Mme A, présente.

A l'issue de l'audience, la clôture de l'instruction a été prononcée en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.

Considérant ce qu'il suit :

1. Mme A demande l'annulation de la décision du 4 octobre 2023 par laquelle le président du centre communal d'action sociale (CCAS) de la commune de Groslay lui a refusé la délivrance d'une attestation de domicile.

2. D'une part, aux termes de l'article L. 264-1 du code de l'action sociale et des familles : " Pour prétendre au service des prestations sociales légales, réglementaires et conventionnelles, à l'exercice des droits civils qui leur sont reconnus par la loi, ainsi qu'à la délivrance d'un titre national d'identité, à l'inscription sur les listes électorales ou à l'aide juridictionnelle, les personnes sans domicile stable doivent élire domicile soit auprès d'un centre communal ou intercommunal d'action sociale, soit auprès d'un organisme agréé à cet effet. () ". Aux termes de l'article L. 264-2 du code de l'action sociale et de la famille : " L'élection de domicile est accordée pour une durée limitée. Elle est renouvelable de droit et ne peut prendre fin que dans les conditions mentionnées à l'article L. 264-5. / Les centres communaux ou intercommunaux d'action sociale ainsi que les organismes agréés remettent aux intéressés une attestation d'élection de domicile mentionnant la date d'expiration de celle-ci () ". Aux termes de l'article L. 264-5 du code de l'action sociale et de la famille : " L'organisme qui assure la domiciliation y met fin lorsque l'intéressé le demande, lorsqu'il acquiert un domicile stable ou lorsqu'il ne se manifeste plus. ". Enfin, aux termes de l'article D. 264-1 du même code : " L'élection du domicile mentionnée à l'article L. 264-2 est accordée pour une durée d'un an ".

3. D'autre part, aux termes de l'article L. 264-4 du code de l'action sociale et de la famille : " Lorsque les centres communaux ou intercommunaux d'action sociale refusent l'élection de domicile des personnes sans domicile stable qui en font la demande, parce qu'elles ne présentent aucun lien avec la commune ou le groupement de communes, ils doivent motiver leur décision. ". Aux termes de l'article R. 264-4 du même code : " Sont considérées comme ayant un lien avec la commune ou le groupement de communes au sens de l'article L. 264-4 les personnes qui sont installées sur son territoire. / Les personnes qui ne remplissent pas cette condition et qui ne sont pas installées sur le territoire d'une autre commune sont également considérées comme ayant un lien avec la commune ou le groupement de communes, au sens de l'article L. 264-4, dès lors qu'elles y exercent une activité professionnelle, y bénéficient d'actions d'insertion ou exercent l'autorité parentale sur un enfant qui y est scolarisé ".

4. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision rejetant une demande d'élection de domicile formulée au titre du droit à la domiciliation, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu'à sa qualité de juge de plein contentieux, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner la situation de l'intéressé, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction. Au vu de ces éléments, il lui appartient d'annuler, s'il y a lieu, cette décision, en accueillant lui-même la demande de l'intéressé s'il apparaît, à la date à laquelle il statue, qu'un refus d'élection de domicile conduirait à une méconnaissance des dispositions du code de l'action sociale et des familles relatives au droit à la domiciliation.

5. D'une part, il résulte de l'instruction et n'est pas contesté par le CAAS de Groslay, qui n'a produit aucune observation en défense, que la requérante est dépourvue de logement en son nom propre depuis que son précédent bail, pour un logement sis sur la commune de Groslay, a pris fin le 10 septembre 2023 et qu'elle est temporairement hébergée depuis lors chez un particulier. Ce faisant, elle doit être regardée comme étant dépourvue de domicile stable.

6. D'autre part, si le président du CCAS de Groslay a refusé à l'intéressée le bénéfice d'une domiciliation au motif que Mme A n'avait pas d'attache avec cette commune, il résulte de l'instruction, que Mme A, après avoir résidé trois années à Groslay, bénéficie d'un hébergement chez un particulier au 1, avenue de la République à Groslay et qu'elle est bénéficiaire de l'épicerie sociale de cette commune dans laquelle elle est également bénévole. Ces éléments sont suffisants pour établir que Mme A a un lien avec la commune de Groslay.

7. Il résulte de ce qui précède que la décision litigieuse par laquelle l'élection de domicile a été refusée à Mme A méconnaît les dispositions précitées du code de l'action sociale et des familles.

8. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu de reconnaître à Mme A le droit à la domiciliation au CCAS de Groslay et de renvoyer la requérante devant le CCAS afin que lui soit délivrée une attestation d'élection de domicile dans le délai de quinze jours à compter de la notification de la présente décision.

Par ces motifs, le tribunal décide :

Article 1er : La décision du président du centre communal d'action sociale de Groslay du 4 octobre 2023 est annulée.

Article 2 : Le centre communal d'action sociale de Groslay délivrera à Mme A une attestation de domiciliation dans le délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au centre communal d'action sociale de Groslay.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 juin 2024.

La magistrate désignée,

M. Monteagle La greffière,

C. Mas

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.