Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2315121

mercredi 3 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2315121
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation10ème Chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise a rejeté la requête de M. A, ressortissant pakistanais, qui contestait l'arrêté du préfet du Val-d'Oise du 12 octobre 2023 lui refusant un titre de séjour, l'obligeant à quitter le territoire et fixant le pays de renvoi. La juridiction a écarté l'ensemble des moyens soulevés, notamment l'incompétence du signataire, le défaut de motivation, l'absence de saisine de la commission du titre de séjour, la méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant, ainsi que l'erreur manifeste d'appréciation. La solution retenue est fondée sur les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, du code des relations entre le public et l'administration, et des conventions internationales applicables.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 11 novembre 2023, M. A, représenté par Me Taj, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 12 octobre 2023, par lequel le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays d'éloignement ;

2°) d'enjoindre au préfet compétent, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour dans le délai de quinze jours courant à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans le même délai, sous astreinte de 100 euros par jour de retard et de lui délivrer, durant le temps de cet examen, une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. A soutient que :

S'agissant de la décision de refus de délivrance d'un titre de séjour :

- cette décision est insuffisamment motivée et procède d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;

- elle a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est intervenue à l'issue d'une procédure irrégulière à défaut de saisine préalable de la commission du titre de séjour ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnait l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- elle procède d'une erreur manifeste d'appréciation ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- cette décision est illégale pour les mêmes motifs que la décision refusant un titre de séjour ;

- elle est insuffisamment motivée ;

S'agissant de la décision fixant le pays de renvoi :

- cette décision est illégale pour être fondée sur des décisions lui refusant la délivrance d'un titre de séjour et lui faisant obligation de quitter le territoire français elles-mêmes illégales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 mars 2024, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale des droits de l'enfant signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Charlery, rapporteure, a été entendu au cours de l'audience publique, les parties n'étant ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant pakistanais né le 20 septembre 1976, déclare être entré en France le 14 février 2017 démuni de tout visa. Le 25 août 2022, il a sollicité son admission exceptionnelle au séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par arrêté du 12 octobre 2023, le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays d'éloignement. M. A sollicite l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision de refus de délivrance d'un titre de séjour :

2. En premier lieu, l'arrêté contesté a été signé par Mme B D, adjointe au directeur des migrations et de l'intégration de la préfecture du Val-d'Oise, qui bénéficiait d'une délégation de signature du préfet de ce département à l'effet de signer tout arrêté de refus de délivrance de titre de séjour, consentie par l'arrêté n°23-042 du 11 juillet 2023, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de l'État dans le département. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte manque en fait et doit ainsi être écarté.

3. En deuxième lieu, l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration dispose que : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; () ". Et l'article L. 211-5 du même code prévoit que : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".

4. En l'espèce, la décision en litige vise les textes dont elle fait application, notamment la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et celui des relations entre le public et l'administration. Le préfet du Val-d'Oise souligne que M. A a sollicité son admission exceptionnelle au séjour laquelle ne peut lui être accordée dès lors qu'ayant été condamné le 13 juillet 2022 à 6 mois d'emprisonnement avec sursis probatoire pendant deux ans pour violence en présence d'un mineur par une personne ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité par un jugement du tribunal correctionnel de Pontoise, son comportement caractérise une menace pour l'ordre public qui justifie à lui-seul, sur le fondement de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, un refus de titre de séjour. L'arrêté relève également que M. A n'est pas dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine où résident sa mère, sa fratrie et où il a vécu jusqu'à l'âge de 40 ans, circonstances dont il découle que la décision ne porte pas atteinte à son droit de mener une vie familiale normale conformément à l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Dès lors, la décision litigieuse, qui n'est pas rédigée de manière stéréotypée, comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision attaquée doit être écarté.

5. En troisième lieu, si M. A soutient que le préfet n'a pris en compte ni les preuves de présence produites, ni son insertion professionnelle depuis six années, ni sa situation familiale, il ressort des mentions de la décision en litige que le préfet a relevé la date alléguée de son entrée en France, ainsi que la circonstance qu'il est parent d'enfants nés en France et n'est pas dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine où résident sa mère et sa fratrie. Le préfet a par ailleurs indiqué que la décision ne contrevient pas aux stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, attestant ainsi de ce qu'il a pris en compte l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé portés à sa connaissance, qu'il n'était pas tenu d'énoncer de manière exhaustive. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen ne peut qu'être écarté.

6. En quatrième lieu, M. A soutient que la commission du titre de séjour aurait dû être saisie sans préciser le fondement juridique dont découlerait cette obligation. Par suite, le requérant ne met pas le juge en mesure d'apprécier la réalité et le bien-fondé du moyen qu'il invoque, lequel ne peut par suite, pour ce motif, qu'être écarté.

7. En cinquième lieu, d'une part, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. I1 ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ".

8. D'autre part, aux termes du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

9. M. A fait valoir qu'il est entré sur le territoire français depuis le 14 février 2017 et qu'il est marié avec une compatriote en situation régulière depuis le 26 janvier 2006, avec laquelle il a eu trois enfants nés en France. Toutefois, le requérant ne justifie ses allégations par aucune pièce. Par ailleurs, l'intéressé, condamné le 13 juillet 2022 pour des faits de violences sur sa conjointe, concubine ou partenaire lié par un pacte civil de solidarité, dont il ne nie pas la matérialité, ne justifie pas de la stabilité du mariage qu'il allègue sans en justifier à la date de la décision contestée, alors que la personne présentée comme sa femme serait domiciliée à Bar-le-Duc, comme le soutient le préfet en produisant la fiche " étranger "de cette dernière. En outre, s'il se prévaut de la présence en France de trois enfants, il n'en justifie par aucune pièce, ni contribuer de quelque manière que ce soit à leur entretien ou à leur éducation. Dans ces conditions, et compte tenu de la menace que sa présence représente pour l'ordre public, la décision refusant à M. A la délivrance d'un titre de séjour ne peut être regardée comme ayant porté une atteinte excessive à son droit au respect de sa vie privée et familiale en violation des stipulations et dispositions citées ci-dessus, ni comme reposant sur une appréciation manifestement erronée. Elle ne méconnait pas davantage les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.

10. En sixième lieu, aux termes de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La délivrance d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident peut, par une décision motivée, être refusée à tout étranger dont la présence en France " constitue une menace pour l'ordre public. ".

11. Il ressort des pièces du dossier que le préfet du Val-d'Oise, pour refuser de délivrer une admission exceptionnelle au séjour à M. A, s'est fondé, notamment, sur la circonstance que la présence en France de ce dernier constituait une menace à l'ordre public en raison de faits de violences conjugales, en présence d'un mineur, pour lesquels il a fait l'objet d'une condamnation le 13 juillet 2022 à une peine de six mois d'emprisonnement avec sursis probatoire de deux ans. Au vu de la nature, de la gravité et du caractère récent de ces faits, dont l'intéressé ne conteste d'ailleurs pas la matérialité, le préfet du Val-d'Oise a pu légalement estimer, sur le fondement de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que la présence en France de M. A constituait une menace pour l'ordre public. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation que le préfet aurait commise au regard de cet article doit être écarté.

En ce qui concerne la décision faisant obligation de quitter le territoire français :

12. En premier lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés aux points précédents du présent jugement, l'ensemble des moyens d'illégalité invoqués contre le refus de délivrance d'un titre de séjour, également dirigés contre la décision faisant obligation de quitter le territoire français, doivent être écartés.

13. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. (). ".

14. La décision refusant à M. A un titre de séjour étant suffisamment motivée, comme il a été dit au point 4 du présent jugement, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'avait pas à faire l'objet d'une motivation spécifique. Le moyen tiré du défaut de motivation doit donc être écarté.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

15. Les décisions refusant à M. A un titre de séjour et portant obligation de quitter le territoire français n'étant pas illégales, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de ces décisions, dirigé contre la décision fixant le pays de renvoi, doit être écarté.

16. Il résulte de tout ce qui précède, que les conclusions à fin d'annulation de la requête de M. A doivent être rejetées. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter les conclusions à fin d'injonction et celles relatives aux frais de procédure.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au préfet du Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 19 juin 2024, à laquelle siégeaient :

M. Ouillon, président,

Mme Charlery, première conseillère,

Mme Fabas, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 juillet 2024.

La rapporteure,

signé

C. Charlery

Le président,

signé

S. OuillonLa greffière,

signé

M-J. Ambroise

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2315121