Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2315189
vendredi 26 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2315189 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 6ème Chambre |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, un mémoire et des pièces complémentaire enregistrés les 13 novembre 2023 et 15 mars 2024, M. B A, représenté par Me Bridji, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 16 octobre 2023 par lequel le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise, à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " dans un délai de quinze jour à compter du jugement à intervenir ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation et de lui délivrer un titre de séjour étudiant ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1.
Il soutient que :
La décision prise en son ensemble :
- est entachée d'incompétence ;
La décision portant refus de titre de séjour :
- est entachée d'une erreur d'appréciation en méconnaissance des dispositions des articles L. 422-1 à L. 422-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation en méconnaissance du pouvoir de régularisation du préfet ;
La décision portant obligation de quitter le territoire français :
- est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour.
Des pièces complémentaires, produites par le préfet du Val-d'Oise, ont été enregistrées le 8 janvier 2024.
Par une ordonnance du 15 mars 2024, la clôture de l'instruction a été fixée le 2 avril 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République de Côte d'Ivoire relative à la circulation et au séjour des personnes du 21 septembre 1992 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Buisson, président-rapporteur, a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, ressortissant ivoirien, né le 12 février 1995 à Divo, est entré en France le 28 septembre 2015 muni d'un visa long séjour valant titre de séjour valable du 24 septembre 2015 au 24 septembre 2018, et a été muni d'un titre de séjour valable du 1er décembre 2017 au 30 novembre 2018. Il a sollicité, le 26 juillet 2022, la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " étudiant " sur le fondement des articles L. 422-1 à L. 422-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par la décision attaquée du 16 octobre 2023, le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.
Sur l'arrêté pris en son ensemble :
2. La décision attaquée vise les articles L. 422-1 à L. 422-3, et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, rappelle la situation administrative et personnelle de M. A et indique, d'une part, que le requérant ne peut prétendre à la délivrance d'un titre de séjour en qualité d'étudiante dès lors qu'il ne justifie pas d'un visa de long séjour et, d'autre part, qu'il ne justifie pas de considérations humanitaires ou de motifs exceptionnels, de nature à permettre sa régularisation au titre de sa vie privée et familiale. Par suite, la décision comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et est ainsi suffisamment motivée.
Sur la décision portant refus de titre de séjour :
3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoient que : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an. () ". Aux termes de l'article R. 431-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si l'étranger séjourne déjà en France, sa demande est présentée dans les délais suivants : 1° L'étranger qui dispose d'un document de séjour mentionné aux 2° à 8° de l'article L. 411-1 présente sa demande de titre de séjour entre le cent-vingtième jour et le soixantième jour qui précède l'expiration de ce document de séjour lorsque sa demande porte sur un titre de séjour figurant dans la liste mentionnée à l'article R. 431-2. Lorsque sa demande porte sur un titre de séjour ne figurant pas dans cette liste, il présente sa demande dans le courant des deux mois précédant l'expiration du document dont il est titulaire () ". Aux termes de l'article R. 431-4 du même code : " L'étranger qui ne se trouve pas dans une des situations visées aux articles R. 426-4, R. 426-6 et R. 431-5 présente sa demande de titre de séjour dans les deux mois suivant son entrée en France ". Aux termes de l'article R. 431-8 du même code : " L'étranger titulaire d'un document de séjour doit, en l'absence de présentation de demande de délivrance d'un nouveau document de séjour six mois après sa date d'expiration, justifier à nouveau, pour l'obtention d'un document de séjour, des conditions requises pour l'entrée sur le territoire national lorsque la possession d'un visa est requise pour la première délivrance d'un document de séjour () ".
4. En vertu des dispositions citées au point précédent, la première délivrance d'une carte de séjour temporaire est en principe, sous réserve des engagements internationaux de la France et des exceptions prévues par la loi, subordonnée à la production par l'étranger d'un visa d'une durée supérieure à trois mois. Il en va différemment pour l'étranger déjà admis à séjourner en France et qui sollicite le renouvellement, même sur un autre fondement, de la carte de séjour temporaire dont il est titulaire. Lorsqu'un étranger présente, après l'expiration du délai de renouvellement du titre qu'il détenait précédemment, une nouvelle demande de titre de séjour, cette demande de titre doit être regardée comme une première demande à laquelle la condition de la détention d'un visa de long séjour peut être opposée.
5. Pour refuser de délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiante " au requérant, le préfet du Val-d'Oise s'est fondé sur la circonstance que M. A ne justifiait pas de la production d'un visa d'une durée supérieure à trois mois, exigée par les articles L. 4221 à L. 422-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Si l'intéressé fait valoir qu'il a déposé une demande de renouvellement de titre de séjour le 27 novembre 2018, auprès de la préfecture de Haute-Garonne, il ressort des pièces du dossier que cette demande a fait l'objet d'une décision implicite de rejet non contestée par le requérant. Dans ces conditions, la demande formée le 26 juillet 2022 par M. A doit être regardée, faute de renouvellement du titre de l'intéressé dans les délais, comme une première demande de titre de séjour " étudiant ", soumise aux conditions d'une telle demande, comme le prévoient les dispositions de l'article R.431-8 du code précité. Par suite, le préfet du Val-d'Oise était fondé à demander la production d'un visa de long séjour afin de délivrer un nouveau titre de séjour étudiant, conformément aux dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dès lors, c'est sans erreur de droit que le préfet du Val-d'Oise a pu prendre la décision en litige et le moyen qui en est tiré doit être écarté. Pour les mêmes motifs, le préfet du Val-d'Oise n'a pas méconnu les dispositions des articles L. 422-1 à L. 422-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers.
6. En deuxième lieu, si M. A soutient que la décision attaquée aura pour conséquence d'interrompre les études qu'il poursuit en France et qu'il risque de se voir refuser la délivrance d'un nouveau visa long séjour en raison du conflit qui l'oppose avec son établissement de formation, il ressort des pièces du dossier que le requérant, entré en France le 28 septembre 2015, a poursuivi une formation " Master of Business Administration " (MBA) dans une école de commerce, pour l'année scolaire 2022-2023, qu'il n'établit ni même n'allègue qu'il ne pourrait poursuivre un tel cursus dans son pays d'origine. Par ailleurs, l'intéressé, célibataire, n'est pas dépourvu d'attache familiales dans son pays d'origine où réside ses parents. Dans ces conditions, le préfet du Val-d'Oise n'a pas entaché son appréciation d'une erreur manifeste en refusant de régulariser sa situation au titre de son pouvoir discrétionnaire.
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
7. Il résulte de ce qui a été dit précédemment que la décision portant refus de titre de séjour n'étant pas illégale, il n'y a pas lieu d'annuler par voie de conséquence, la décision obligation de quitter le territoire français.
8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 16 octobre 2023 doivent être rejetées et, par voie de conséquence, celles aux fins d'injonction et d'astreinte ainsi que celles présentées au titre des frais liés au litige.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet du Val-d'Oise.
Délibéré après l'audience du 5 avril 2024, à laquelle siégeaient :
M. Buisson, président ;
Mme Garona, première conseillère ;
Mme Ausseil, conseiller ;
Assistés par Mme Pradeau, greffière.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 avril 2024.
Le président-rapporteur,
signé
L. Buisson
L'assesseure la plus ancienne,
signé
E. Garona
La greffière,
signé
A.Pradeau
La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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