Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2315195
vendredi 26 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2315195 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 6ème Chambre |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 13 novembre 2023, M. A B, représenté par Me Erileri, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 9 octobre 2023 par lequel le préfet du Val-d'Oise a rejeté sa demande de renouvellement de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet territorialement compétent, à titre principal, de lui délivrer un certificat de résidence portant la mention " vie privée et familiale ", à défaut, de réexaminer sa situation à compter de la notification du jugement et sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'État le versement à Me Erileri, avocat de M. B, de la somme de 1 500 euros au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
S'agissant de la décision portant refus de délivrance de titre de séjour :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'une erreur de droit en méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que ces dispositions dérogatoires plus sévères ne s'appliquent pas ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- elle est entachée d'une erreur de fait dès lors que la menace à l'ordre public n'est pas caractérisée ;
- elle est dépourvue de base légale dès lors qu'elle se fonde sur les dispositions des articles L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est entachée d'une erreur de fait dès lors que la menace à l'ordre public n'est pas caractérisée ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors qu'elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de la vie privée et familiale ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'elle le prive de son enfant.
Par un mémoire, enregistré le 9 janvier 2024, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 15 mars 2024, la clôture de l'instruction a été fixée le 2 avril 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié, relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour en France des ressortissants algériens et de leurs familles ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Buisson, président-rapporteur,
- et les observations de Me Erileri, représentant M. B.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, ressortissant algérien né le 24 mars 1986 à Annaba, est entré en France en mars 2007 selon ses déclarations et a été muni de plusieurs certificats de résidence dont le dernier était valable du 9 novembre 2020 au 8 novembre 2021. Il a sollicité, le 6 décembre 2021, le renouvellement de son titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. Par l'arrêté attaqué du 9 octobre 2023, le préfet du Val-d'Oise a refusé de renouveler son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
S'agissant de la décision portant refus de délivrance de titre de séjour :
2. En premier lieu, l'arrêté attaqué vise les textes dont il fait application, et comporte les considérations de fait et de droit sur lesquelles il se fonde. Il expose le fondement de la demande de titre de séjour formée par M. B et indique ses conditions d'entrée et de séjour en France, ainsi que sa situation personnelle. Il précise par ailleurs qu'il ne justifie pas de considérations humanitaires, ni de motifs exceptionnels permettant son admission exceptionnelle. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.
3. En deuxième lieu, si M. B soutient que la décision est dépourvue de base légale, il ressort des pièces du dossier et des termes de l'arrêté que, contrairement à ce qu'allège le requérant, le préfet n'a pas procédé à un examen de son dossier sur le fondement de l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile mais sur celui l'article 6-5 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. Par suite le moyen doit être écarté.
4. Aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Les dispositions du présent article ainsi que celles des deux articles suivants, fixent les conditions de délivrance et de renouvellement du certificat de résidence aux ressortissants algériens établis en France ainsi qu'à ceux qui s'y établissent, sous réserve que leur situation matrimoniale soit conforme à la législation française. / Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : / 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus () ". Ces stipulations ne privent pas l'autorité compétente du pouvoir qui lui appartient de refuser à un ressortissant algérien la délivrance du certificat de résidence d'un an lorsque sa présence en France constitue une menace pour l'ordre public.
5. Il ressort des pièces du dossier que M. B a été condamné le 23 avril 2015 par le Tribunal correctionnel de Bobigny à 4 mois d'emprisonnement avec sursis pour recel de bien provenant d'un vol, puis, le 30 janvier 2018, par le Tribunal correctionnel de Versailles à 4 mois d'emprisonnement pour vol avec destruction ou dégradation. Compte tenu du caractère assez récent de ces condamnations et de leur réitération, et alors au demeurant que M B fait l'objet de plusieurs signalements au fichier du traitement d'antécédents judiciaires, pour violence sur conjoint, menaces et usage d'une fausse identité, c'est sans commettre d'erreur d'appréciation quant à la menace à l'ordre public que représente celui-ci que le préfet du Val-d'Oise a pu refuser de lui délivrer le titre de séjour au titre de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien cité au point précédent. Pour les mêmes motifs, la décision n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur la situation personnelle de M. B.
S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
6. En premier lieu , pour les motifs exposés au point 5, le préfet du Val-d'Oise n'a pas commis d'erreur d'appréciation quant à la menace à l'ordre public que représente M. B.
7. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ".
8. Si M. B fait valoir que la décision attaquée le prive de son enfant, il ressort des pièces du dossier qu'il n'apporte aucune preuve de nature à établir qu'il contribue de manière régulière à l'entretien et à l'éducation de celui-ci et, en outre, que l'intéressé ne justifie d'aucune autre attache sur le territoire français et n'établit ni même n'allègue être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine où il a vécu à tout le moins jusqu'à l'âge de 21 ans. Par suite, et compte-tenu de ce qu'il a été dit au point 5, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes motifs, la décision n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur la situation personnelle de M. B.
9. En dernier lieu, aux termes de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale () ".
10. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 8, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant, doit être écarté.
11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 9 octobre 2023 doivent être rejetées et, par voie de conséquence, celles aux fins d'injonction et d'astreinte ainsi que celles présentées au titre des frais liés au litige.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet du Val-d'Oise.
Délibéré après l'audience du 5 avril 2024, à laquelle siégeaient :
M. Buisson, président ;
Mme Garona, première conseillère ;
M. Ausseil, conseiller ;
assistés de Mme Pradeau, greffière.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 avril 2024.
Le président-rapporteur,
signé
L. Buisson
L'assesseure la plus ancienne,
signé
E. Garona
La greffière,
signé
A. Pradeau
La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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