Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2315219

mercredi 3 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2315219
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation10ème Chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise a examiné le recours pour excès de pouvoir de Mme A D, ressortissante algérienne, contre le refus de titre de séjour et l'obligation de quitter le territoire français pris par le préfet du Val-d'Oise le 16 octobre 2023. La requérante invoquait notamment l'insuffisance de motivation, le défaut d'examen de sa situation, et la méconnaissance des stipulations de l'accord franco-algérien et de la convention européenne des droits de l'homme. Le tribunal a rejeté l'ensemble de ses demandes, considérant que les décisions étaient suffisamment motivées et que la situation personnelle et familiale de l'intéressée ne justifiait pas la délivrance d'un titre de séjour. La solution s'appuie sur les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, et la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, un mémoire et des pièces, enregistrés les 14 novembre et 8 décembre 2023 et le 16 avril 2024, Mme C A D, représentée par Me Berdugo, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 16 octobre 2023, par lesquelles le préfet du Val-d'Oise lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour et l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours ;

2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation administrative dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir et de la munir, dans l'attente, d'une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros à lui verser sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

En ce qui concerne les moyens communs aux décisions portant refus de séjour et lui faisant obligation de quitter le territoire français :

- elle sont insuffisamment motivées ;

- elles sont entachées d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle et familiale ;

- elles sont entachées d'une erreur manifeste dans l'appréciation de leurs conséquences sur sa situation personnelle et familiale.

En ce qui concerne les moyens spécifiquement dirigés contre la décision portant refus de titre de séjour :

- elle a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière dès lors que, d'une part, l'avis médical du 3 octobre 2023 ne lui a pas été communiqué et que, d'autre part, le préfet n'établit pas, en application des articles R. 425-11 et R. 425-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le médecin rapporteur n'a pas siégé au sein du collège, que cet avis a été signé par les trois médecins membres du collège, qu'il comporte toutes les mentions prévues par l'arrêté du 27 décembre 2016 et qu'il a été pris à l'issue d'une délibération collégiale ;

- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors que la signature de l'un des médecins formant le collège de médecins de l'OFII est illisible ;

- elle a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière faute de saisine de la commission du titre de séjour ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors que le préfet n'a pas examiné d'office la possibilité de lui délivrer un certificat de résidence sur le fondement de l'article 6-1 de l'accord franco-algérien alors qu'il avait connaissance du fait qu'elle réside habituellement sur le territoire français depuis plus de dix ans ;

- elle méconnait les stipulations des 1) et 7) de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne les moyens dirigés spécifiquement contre la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

La requête a été communiquée au préfet du Val-d'Oise qui n'a pas produit de mémoire en défense mais seulement des pièces lesquelles ont été enregistrées le 16 avril 2024 et communiquées le même jour à la requérante.

Par une ordonnance du 24 mai 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 30 mai 2024 à 12 heures.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Fabas, conseillère ;

- et les observations de Me Simon, substituant Me Berdugo, représentant Mme A D.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C A D, ressortissante algérienne née le 7 avril 1985, est entrée en France le 2 juillet 2013, sous-couvert d'un visa Schengen de type C à entrées multiples valable du 2 juillet au 28 décembre 2013 pour y rejoindre son conjoint, ressortissant français. Par jugement du 27 novembre 2015, le tribunal de grande instance de Bobigny a prononcé le divorce des époux. Le 5 juin 2023, Mme A D a sollicité, auprès du préfet du Val-d'Oise, la délivrance d'un certificat de résidence sur le fondement des stipulations du 7) de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié. Par un arrêté du 16 octobre 2023, le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer ce titre de séjour, a prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d'être éloignée d'office. Mme A D demande au tribunal d'annuler les décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français.

En ce qui concerne les moyens communs aux décisions portant refus de séjour et lui faisant obligation de quitter le territoire français :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration, " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées dans délai des motifs des décisions individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques, ou de manière générale, constituent une mesure de police (). " Aux termes de l'article L.211-5 du même code, " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". Aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. Toutefois, les motifs des décisions relatives au délai de départ volontaire et à l'interdiction de retour édictées le cas échéant sont indiqués ".

3. L'arrêté attaqué vise les textes dont il fait application, notamment l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, le 7° de l'article 6 de l'accord franco-algérien modifié, fondement de la demande de titre de séjour de l'intéressée, et l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il mentionne également les circonstances de faits propres à la situation personnelle et familiale de Mme A D, particulièrement les éléments sur lesquels le préfet du Val-d'Oise, qui n'était pas tenu de faire figurer l'ensemble des éléments de la situation de celle-ci, s'est fondé pour prendre l'arrêté contesté. Enfin, si la requérante fait valoir que l'alinéa de l'article L. 611-1 sur lequel le préfet s'est fondé pour l'obliger à quitter le territoire français n'est pas mentionné, il est constant que l'obligation de quitter le territoire français dont elle fait l'objet a été prise consécutivement à la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour et n'avait donc pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision de refus de titre. Dans ces conditions, l'arrêté attaqué, qui comporte ainsi de façon circonstanciée l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, est suffisamment motivé et le moyen tiré de l'insuffisance de motivation ne peut qu'être écarté.

4. En second lieu, il ne ressort ni des termes de l'arrêté en litige ni des pièces du dossier, et en particulier de la fiche de renseignement complétée et signée le 5 juin 2023 par Mme A D, laquelle s'est déclarée célibataire, que le préfet du Val-d'Oise n'aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle et familiale de la requérante. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen particulier de la situation de Mme A D ne peut qu'être écarté.

En ce qui concerne les moyens spécifiquement dirigés contre la décision portant refus de titre de séjour :

5. En premier lieu, aux termes de l'article R. 425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. Les orientations générales mentionnées au troisième alinéa de l'article L. 425-9 sont fixées par arrêté du ministre chargé de la santé () ". Selon l'article R. 425-12 du même code : " Le rapport médical mentionné à l'article R. 425-11 est établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à partir d'un certificat médical établi par le médecin qui suit habituellement le demandeur ou par un médecin praticien hospitalier inscrits au tableau de l'ordre, dans les conditions prévues par l'arrêté mentionné au deuxième alinéa du même article. Le médecin de l'office peut solliciter, le cas échéant, le médecin qui suit habituellement le demandeur ou le médecin praticien hospitalier. Il en informe le demandeur. Il peut également convoquer le demandeur pour l'examiner et faire procéder aux examens estimés nécessaires. () Le collège peut demander au médecin qui suit habituellement le demandeur, au médecin praticien hospitalier ou au médecin qui a rédigé le rapport de lui communiquer, dans un délai de quinze jours, tout complément d'information. Le demandeur en est simultanément informé ().Enfin, aux termes de l'article 6 de l'arrêté du 27 décembre 2016 susvisé : " Au vu du rapport médical mentionné à l'article 3, un collège de médecins désigné pour chaque dossier dans les conditions prévues à l'article 5 émet un avis, conformément au modèle figurant à l'annexe C du présent arrêté, précisant : / a) si l'état de santé de l'étranger nécessite ou non une prise en charge médicale ; / b) si le défaut de cette prise en charge peut ou non entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur son état de santé ; / c) si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont le ressortissant étranger est originaire, il pourrait ou non y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ; () ".

6. Il résulte de ces dispositions, dont les garanties qu'elles prévoient sont applicables aux ressortissants algériens, que la régularité de la procédure implique que les documents soumis à l'appréciation du préfet comportent l'avis du collège de médecins et soient établis de manière telle que, lorsqu'il statue sur la demande de titre de séjour, le préfet puisse vérifier que l'avis au regard duquel il se prononce a bien été rendu par un collège de médecins conformément aux dispositions réglementaires précités.

7. En l'espèce, le préfet du Val-d'Oise produit, dans le cadre de la présente instance, l'avis rendu le 3 octobre 2023 par le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII), établi sur la base du rapport du docteur B rédigé le 29 août 2023 et transmis le 8 septembre 2023 au collège des médecins de l'OFII. Cet avis, qui mentionne l'identité du médecin rapporteur, comporte également l'identité et la signature des trois médecins composant le collège, parmi lesquels ne figure pas le médecin rapporteur, ainsi la requérante ne peut pas utilement faire valoir que l'une de ces signatures serait illisible. Par ailleurs, aucun texte ne fait obligation aux médecins du collège de signer de façon manuscrite l'avis émis à l'issue de la délibération collégiale. L'avis produit comporte le fac-similé numérisé des signatures manuscrites des trois médecins membres du collège. Il n'est pas contesté que ces signatures ont été apposées grâce à l'utilisation du logiciel Thémis et il ne ressort pas des pièces du dossier que ce logiciel ne permettrait pas d'assurer l'authenticité des signatures ainsi que le lien entre ces paraphes et leur auteur. Enfin, la mention portée sur ce document selon laquelle le collège de médecins de l'OFII a émis cet avis " après en avoir délibéré ", faisant foi jusqu'à preuve du contraire, suffit à établir le caractère collégial de la délibération du collège de médecins. Par suite, le moyen tiré de l'irrégularité de la procédure doit être écarté en toutes ses branches.

8. En deuxième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () / 7) au ressortissant algérien, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve qu'il ne puisse pas effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays. ".

9. Sous réserve des cas où la loi attribue la charge de la preuve à l'une des parties, il appartient au juge administratif, au vu des pièces du dossier, et compte tenu, le cas échéant, de l'abstention d'une des parties à produire les éléments qu'elle est seule en mesure d'apporter et qui ne sauraient être réclamés qu'à elle-même, d'apprécier si l'état de santé d'un étranger nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. La partie qui justifie d'un avis du collège de médecins du service médical de l'OFII qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il pourrait ou non y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires. En cas de doute, il lui appartient de compléter ces échanges en ordonnant toute mesure d'instruction utile.

10. Pour refuser de délivrer un titre de séjour à Mme A D, le préfet du Val-d'Oise, s'appropriant en cela l'avis rendu par le collège de médecins de l'OFII le 3 octobre 2023, a estimé que si son état de santé nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, elle pouvait bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine, vers lequel elle pouvait voyager sans risque. Mme A D établit par les pièces produites qu'elle est prise en charge au sein du service pneumologie de l'hôpital Avicenne de Bobigny pour un asthme persistant avec polypose nasosinusienne et qu'elle fait également l'objet d'un suivi ORL et prend un traitement composé de plusieurs médicaments (innovair, ventoline, aerius, inexium, singulair, rhinomaxil). Ces pièces, si elles font état de la nécessité d'un suivi spécialisé régulier sous peine de complications graves, ne sont pas de nature à remettre en cause l'avis de l'OFII quant à la possibilité pour l'intéressée de pouvoir bénéficier d'un traitement approprié, y compris médicamenteux, dans son pays d'origine. Dans ces conditions, en refusant de lui délivrer le certificat de résidence qu'elle sollicitait, le préfet n'a pas méconnu les stipulations de l'article 6-7 de l'accord franco-algérien. Par suite, le moyen doit être écarté.

11. En troisième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : / 1) au ressortissant algérien, qui justifie par tout moyen résider en France depuis plus de dix ans ou plus de quinze ans si, au cours de cette période, il a séjourné en qualité d'étudiant. / () ".

12. Lorsqu'il est saisi d'une demande de délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'une des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet n'est pas tenu, en l'absence de disposition expresse en ce sens, d'examiner d'office si l'intéressé peut prétendre à une autorisation de séjour sur le fondement d'une autre disposition de ce code, même s'il lui est toujours loisible de le faire à titre gracieux, notamment en vue de régulariser la situation de l'intéressé.

13. Il ressort de la fiche de salle complétée par la requérante et produite en défense que celle-ci a seulement sollicité la délivrance d'un certificat de résidence pour raisons de santé mais n'a pas sollicité la délivrance d'un certificat sur le fondement des stipulations de l'article 6-1 de l'accord franco-algérien. Par ailleurs, le préfet du Val-d'Oise, qui, ainsi qu'il l'a été dit au point précédent n'y était pas tenu, n'a pas examiné d'office la possibilité de lui délivrer un titre de séjour sur le fondement de ces stipulations. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'erreur de droit dont la décision serait entachée faute pour le préfet d'avoir examiné d'office si elle pouvait prétendre à la délivrance d'un certificat de résidence sur le fondement de ces stipulations de l'accord ne peut qu'être écarté et la requérante ne peut utilement faire valoir que le préfet a méconnu ces stipulations.

14. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ".

15. Mme A D soutient résider habituellement sur le territoire français depuis plus de dix ans et se prévaut également de la présence en France de sa mère et de son père, de nationalité française lequel serait âgé et handicapé et dont elle s'occuperait quotidiennement. Toutefois, les pièces produites par l'intéressée ne permettent pas de démontrer sa résidence habituelle en France au titre des années 2018 et 2021. En outre, Mme A D est divorcée, sans charge de famille et n'établit pas être dépourvue d'attaches familiales dans son pays d'origine où elle a vécu au moins jusqu'à l'âge de 28 ans. Par ailleurs, elle n'établit pas que son père ne serait pas en mesure d'être aidé par une tierce personne ni même que sa mère, laquelle réside également en France sous-couvert d'une carte de résident, ne serait pas en mesure de lui apporter l'aide nécessaire alors, au demeurant, qu'il ressort des termes de l'attestation d'hébergement produite au dossier que la requérante ne vit pas sous le même toit que ses parents. Par ailleurs, si Mme A D a suivi une formation de secrétaire médicale, elle ne se prévaut d'aucune insertion professionnelle particulière. Dans ces conditions, elle n'est pas fondée à soutenir qu'en refusant de l'admettre au séjour, le préfet a porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ne peut qu'être écarté. Pour les mêmes motifs, la décision attaquée n'est pas davantage entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences qu'elle est susceptible d'avoir sur la situation de la requérante.

16. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. ". Ces dispositions sont relatives aux conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France soit au titre d'une activité salariée, soit au titre de la vie familiale. Ces conditions sont cependant régies de manière exclusive, en ce qui concerne les ressortissants algériens, par l'accord du 27 décembre 1968. Un ressortissant algérien ne saurait dès lors utilement invoquer les dispositions précitées de l'article L. 435-1 à l'appui d'une demande d'admission au séjour sur le territoire national.

17. Toutefois, si l'accord franco-algérien ne prévoit pas, pour sa part, de semblables modalités d'admission exceptionnelle au séjour, les stipulations de cet accord n'interdisent pas au préfet de délivrer un certificat de résidence à un ressortissant algérien qui ne remplit pas l'ensemble des conditions auxquelles est subordonnée sa délivrance de plein droit. Il appartient au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, compte tenu de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation.

18. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 17 du présent jugement, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation dont la décision serait entachée au regard du pouvoir général de régularisation du préfet ne peut qu'être écarté.

19. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département, est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : 1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-13, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21, L. 423-22, L. 423-23, L. 425-9 ou L. 426-5 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance ; 2° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer la carte de résident prévue aux articles L. 423-11, L. 423-12, L. 424-1, L. 424-3, L. 424-13, L. 424-21, L. 425-3, L. 426-1, L. 426-2, L. 426-3, L. 426-6, L. 426-7 ou L. 426-10 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance ; 3° Lorsqu'elle envisage de retirer le titre de séjour dans le cas prévu à l'article L. 423-19 ; 4° Dans le cas prévu à l'article L. 435-1. ".

20. Il résulte de ces dispositions que le préfet n'est tenu de saisir la commission du titre de séjour que du cas des seuls étrangers qui remplissent effectivement les conditions prévues pour l'obtention d'un titre de séjour de plein droit en application des dispositions de ce code, ou des stipulations équivalentes de l'accord-franco-algérien, auxquels il envisage de refuser la délivrance d'un titre de séjour.

21. Ainsi qu'il a été dit, Mme A D n'a pas sollicité la délivrance d'un certificat de résidence algérien sur le fondement des stipulations de l'article 6-1 de l'accord franco-algérien et ne remplit pas les conditions pour obtenir un certificat de résidence sur le fondement de l'article 6-7 du même accord ou au titre du pouvoir général de régularisation du préfet. Par suite, elle n'est pas fondée à soutenir que le défaut de saisine de la commission du titre de séjour entache la décision portant refus de séjour d'un vice de procédure. Dès lors, ce moyen doit être écarté.

En ce qui concerne les moyens dirigés spécifiquement contre la décision portant obligation de quitter le territoire français :

22. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ". Aux termes des dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans leur version en vigueur à la date de l'arrêté attaqué : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () / 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. ".

23. Ainsi qu'il l'a été dit au point 10 du présent jugement, Mme A D ne démontre pas qu'elle ne pourrait pas effectivement bénéficier d'un traitement approprié à sa pathologie en Algérie. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations et des dispositions précitées ne peuvent qu'être écartés.

24. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de Mme A D tendant à l'annulation de l'arrêté du 16 octobre 2023 du préfet du Val-d'Oise doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A D et au préfet du Val d'Oise.

Délibéré après l'audience du 19 juin 2024, à laquelle siégeaient :

M. Ouillon, président,

Mme Charlery, première conseillère,

Mme Fabas, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 juillet 2024.

La rapporteure,

sign

L. Fabas

Le président,

signé

S. Ouillon

La greffière,

signé

M-J. Ambroise

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2315219