Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2315310

vendredi 26 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2315310
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 13 novembre 2023, M. B A, représenté par Me Sultan, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 29 septembre 2023 par laquelle le directeur départemental des Finances publiques du Val-d'Oise a refusé de prononcer la mainlevée de la saisie conservatoire de créances à hauteur de 101 066 euros, réalisée le 1er septembre 2023 sur ses comptes bancaires ;

2°) de prononcer la mainlevée sollicitée ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 mars 2024, le directeur départemental des Finances publiques du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête de M. A, à ce que la somme de 1 500 euros soit mise à la charge de ce dernier en application de l'article 700 du code de procédure civile, et à la condamnation du requérant aux entiers dépens de l'instance.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code des procédures civiles d'exécution :

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les présidents de tribunal administratif () et les présidents de formation de jugement des tribunaux () peuvent, par ordonnance : () / 2° Rejeter les requêtes ne relevant manifestement pas de la compétence de la juridiction administrative ; () ".

2. Aux termes d'une proposition de rectification du 27 juillet 2023, l'administration a assigné à M. A des rehaussements d'impôt sur le revenu, de contribution exceptionnelle sur les hauts revenus et de prélèvements sociaux au titre de l'année 2020, pour un montant total, en droits et pénalités de 101 066 euros. Par une ordonnance du 18 août 2023, le juge de l'exécution du tribunal judiciaire de Pontoise a autorisé le comptable public du pôle de recouvrement spécialisé de la direction départementale des finances publiques du Val-d'Oise à prendre des mesures conservatoires afin de garantir cette créance fiscale. Par la présente requête, M. A demande au tribunal d'annuler la décision du 29 septembre 2023 par laquelle le directeur départemental des Finances publiques du Val-d'Oise a refusé de prononcer la mainlevée de la saisie conservatoire, à laquelle il a été procédé le 1er septembre 2023, et de prononcer la mainlevée sollicitée.

3. D'une part, aux termes de l'article L. 252 du livre des procédures fiscales : " Le recouvrement des impôts est confié aux comptables publics compétents par arrêté du ministre chargé du budget. Ces comptables exercent également les actions liées indirectement au recouvrement des créances fiscales et qui, dès lors, n'ont pas une cause étrangère à l'impôt. ". Aux termes de l'article L. 281 du livre des procédures fiscales : " Les contestations relatives au recouvrement des impôts, taxes, redevances et sommes quelconques dont la perception incombe aux comptables publics compétents mentionnés à l'article L. 252 doivent être adressées à l'administration dont dépend le comptable qui exerce les poursuites. Les contestations ne peuvent porter que : 1º Soit sur la régularité en la forme de l'acte ; 2º Soit sur l'existence de l'obligation de payer, sur le montant de la dette compte tenu des paiements effectués, sur l'exigibilité de la somme réclamée, ou sur tout autre motif ne remettant pas en cause l'assiette et le calcul de l'impôt. Les recours contre les décisions prises par l'administration sur ces contestations sont portés, dans le premier cas, devant le juge de l'exécution, dans le second cas, devant le juge de l'impôt tel qu'il est prévu à l'article L. 199 ".

4. D'autre part, aux termes de l'article L. 511-1 du code des procédures civiles d'exécution : " Toute personne dont la créance paraît fondée en son principe peut solliciter du juge l'autorisation de pratiquer une mesure conservatoire sur les biens de son débiteur, sans commandement préalable, si elle justifie de circonstances susceptibles d'en menacer le recouvrement. La mesure conservatoire prend la forme d'une saisie conservatoire ou d'une sûreté judiciaire ". Aux termes de l'article L. 511-3 de ce code : " l'autorisation est donnée par le juge de l'exécution () " et aux termes de l'article R. 512-2 de ce code : " La demande de mainlevée est portée devant le juge qui a autorisé la mesure ".

5. La saisie conservatoire du 1er septembre 2023 dont la mainlevée est sollicitée trouve son origine dans l'ordonnance du 18 août 2023 du juge de l'exécution du tribunal judiciaire de Pontoise. Elle ne peut donc être regardée comme un acte de poursuite susceptible de fonder une obligation de paiement au sens de l'article L. 281 du livre des procédures fiscales mais constitue une décision non détachable de la procédure civile d'exécution mise en œuvre avant le recouvrement de l'impôt. Par suite, la demande de M. A tendant à la mainlevée de la saisie conservatoire doit être portée devant le juge de l'exécution, seul compétent pour prononcer une telle mesure en application de l'article R. 512-2 précité du code des procédures civiles d'exécution. La requête de M. A doit ainsi être rejetée en toutes ses conclusions, comme portée devant un ordre de juridiction manifestement incompétent pour en connaître.

Sur les frais liés au litige :

6. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit à la demande du directeur départemental des finances publiques du Val-d'Oise tendant à la mise à la charge de M. A de la somme de 1 500 euros au titre des frais du litige non compris dans les dépens. Enfin, la présente instance n'ayant pas donné lieu à dépens, la demande présentée à ce titre ne peut qu'être rejetée.

O R D O N N E :

Article 1er : Les conclusions de M. A sont rejetées comme portées devant un ordre de juridiction incompétent pour en connaître.

Article 2 : Les conclusions du directeur départemental des finances publiques du Val-d'Oise relatives aux frais du litige sont rejetées.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et au directeur départemental des finances publiques du Val-d'Oise.

Fait à Cergy-Pontoise, le 26 avril 2024.

Le président de la 2ème chambre,

signé

C. Huon

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.