lundi 8 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2315491 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | Pole Social (JU) |
| Avocat requérant | CHEVAL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 16 novembre 2023, M. A B, représenté par Me Cheval, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de condamner l'État à lui verser la somme de 4 834 euros en réparation des préjudices subis du fait de son absence de relogement, à parfaire et assortir des intérêts au taux légal à compter du 6 mai 2022, date de sa demande indemnitaire préalable ;
2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros à verser à son conseil sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la part contributive de l'État versée au titre de l'aide juridictionnelle ;
3°) de condamner l'État aux entiers dépens éventuels.
Il soutient que :
- la responsabilité pour faute de l'État est engagée dès lors qu'il n'a reçu aucune proposition de logement, alors qu'il a été reconnu prioritaire par la commission de médiation du droit au logement opposable le 6 février 2019 et que le jugement du tribunal administratif de Cergy-Pontoise du 11 mars 2020 ordonnant son relogement n'a pas été exécuté ;
- il subit en conséquence des troubles de toutes natures dans ses conditions d'existence dès lors qu'il occupe un logement-foyer depuis 2001, alors qu'il souffre de problèmes de santé et est atteint de handicap.
Par un mémoire en défense enregistré le 7 juin 2024, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête et fait valoir que :
- l'intéressé a refusé, le 13 octobre 2020, un logement de type T2 situé dans le Val-d'Oise pour un motif non légitime ;
- l'intéressé a été, en conséquence, radié du système national d'enregistrement des demandeurs de logements sociaux le 9 novembre 2021 ;
- les troubles physiques en lien avec son logement et dont le requérant se prévaut ne sont pas établis.
Par un mémoire complémentaire enregistré le 12 juin 2024, M. B conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens et soutient en outre que :
- le préfet n'établit pas l'existence d'une proposition de logement ; en tout état de cause, le motif opposé par le requérant était légitime ;
- la seule circonstance que, postérieurement à la décision de la commission de médiation, le bénéficiaire de cette décision ait été radié du fichier des demandeurs de logement social pour absence de renouvellement de sa demande de logement social n'a pas, par elle-même, pour effet de délier l'État de l'obligation de relogement qui pèse sur lui ;
- la dernière fois qu'il s'est présenté pour demander un dossier de renouvellement de logement social, il lui a été répondu que cette démarche n'était pas nécessaire dès lors qu'il bénéficiait d'une décision favorable de la commission de médiation ;
Vu :
- la décision du 19 juin 2023 par laquelle le président du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Pontoise a accordé à M. B le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale ;
- le jugement n° 1910989 du 11 mars 2020 par lequel le tribunal administratif de Cergy - Pontoise a enjoint au préfet des Hauts-de-Seine de reloger M. B sous astreinte de 150 euros par mois de retard ;
- la décision par laquelle le président du tribunal a désigné Mme Lepetit-Collin, vice-présidente, pour statuer sur les litiges visés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative ;
- la décision par laquelle la présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la construction et de l'habitation ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Lepetit-Collin, magistrate désignée, a été entendu au cours de l'audience publique.
La clôture de l'instruction est intervenue après appel de l'affaire à l'audience en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. La commission de médiation du département des Hauts-de-Seine a, par une décision du 6 février 2019, désigné M. B comme prioritaire et devant être logé en urgence. Par un jugement du 11 mars 2020, le tribunal, saisi par l'intéressé sur le fondement de l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation, a enjoint au préfet des Hauts-de-Seine d'assurer son relogement sous astreinte de 150 euros par mois de retard. N'ayant pas reçu de proposition de logement, M. B a saisi le préfet d'une demande indemnitaire préalable par un courrier reçu le 9 mai 2022. Cette demande a été implicitement rejetée. M. B demande au tribunal de condamner l'État à lui verser la somme de 4 834 euros en réparation des préjudices subis.
Sur les conclusions indemnitaires :
2. Aux termes de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation : " Le droit à un logement décent et indépendant () est garanti par l'État à toute personne qui () n'est pas en mesure d'y accéder par ses propres moyens ou de s'y maintenir. Ce droit s'exerce par un recours amiable puis, le cas échéant, par un recours contentieux dans les conditions et selon les modalités fixées par le présent article et les articles L. 441-2-3 et L. 441-2-3-1 ".
3. Lorsqu'une personne a été reconnue comme prioritaire et devant être logée ou relogée d'urgence par une commission de médiation, en application des dispositions de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, la carence fautive de l'État à exécuter cette décision dans le délai imparti engage sa responsabilité au titre des troubles dans les conditions d'existence résultant du maintien de la situation qui a motivé la décision de la commission, que l'intéressé ait ou non fait usage du recours prévu par l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation. Ces troubles doivent être appréciés en fonction des conditions de logement qui ont perduré du fait de la carence de l'État, de la durée de cette carence et du nombre de personnes composant le foyer du demandeur pendant la période de responsabilité de l'État, qui court à l'expiration du délai de trois ou six mois à compter de la décision de la commission de médiation que l'article R. 441-16-1 du code de la construction et de l'habitation impartit au préfet pour provoquer une offre de logement.
En ce qui concerne les fautes :
4. D'une part, la commission de médiation a reconnu, le 6 février 2019, le caractère urgent et prioritaire de la demande de M. B au motif qu'il était logé dans un logement de transition, dans un logement-foyer ou une résidence hôtelière à vocation sociale. Toutefois, le préfet n'a fait aucune offre de logement à l'intéressé avant le 6 août 2019, date à laquelle cette absence de relogement a revêtu un caractère fautif. D'autre part, le jugement n° 1910989 du 11 mars 2020 par lequel le tribunal administratif de Cergy - Pontoise a enjoint au préfet des Hauts-de-Seine de reloger M. B sous astreinte de 150 euros par mois de retard n'a reçu aucune exécution.
5. Il résulte de ce qui précède que le requérant établit l'existence de carences fautives imputables à l'État dans la mise en œuvre de son obligation de relogement.
En ce qui concerne la période de responsabilité de l'État et l'évaluation du préjudice :
6. Il résulte de l'instruction que la situation ayant motivé la décision de la commission de médiation à l'égard de M. B persiste, dès lors que l'intéressé, âgé de 68 ans et atteint de handicap, occupe depuis 2001 un logement-foyer ADOMA, situé à Gennevilliers. La persistance de cette situation à compter du 6 août 2019, date à laquelle la carence de l'État a revêtu un caractère fautif, a causé à M. B des troubles de toutes natures dans ses conditions d'existence lui ouvrant droit à réparation.
7. Le préfet des Hauts-de-Seine fait valoir que M. B n'aurait pas mis à jour sa demande de logement social, qu'il serait ainsi radié du système national d'enregistrement depuis le 9 novembre 2021 et que ce comportement, qui aurait fait obstacle à la poursuite de la procédure, a été de nature à délier l'État de son obligation de relogement. Toutefois, une telle circonstance ne peut valablement interrompre la période de responsabilité de l'État que si ladite radiation révèle, de la part de l'intéressé, une renonciation au bénéfice de la décision de la commission de médiation ou un comportement faisant obstacle à son exécution par le préfet. Or tel n'est pas le cas en l'espèce, l'intéressé faisant au demeurant valoir qu'il lui aurait été indiqué, alors qu'il s'était engagé dans une démarche de renouvellement, que cette formalité n'était pas nécessaire à son relogement. En revanche, il résulte également de l'instruction que M. B a refusé, le 13 octobre 2020, un logement de type T2 situé dans le Val-d'Oise pour un motif, l'absence de moyen de transports situés à proximité, dont le préfet conteste le caractère légitime. Or le requérant ne discute, ni n'explicite ce motif de refus en se bornant à se prévaloir de sa pathologie psychiatrique chronique sans alléguer, notamment, que la situation de ce logement compromettait le suivi médical auquel il est astreint. Par ailleurs, la circonstance, invoquée par le requérant, à la supposer avérée, que cette offre n'était pas accompagnée de l'information prévue par l'article R. 441-16-3 du code de la construction et de l'habitation selon laquelle le refus sans motif impérieux de ce logement pouvait lui faire perdre le bénéfice de la décision de la commission de médiation n'a pas eu pour effet de faire perdurer la carence fautive de l'État au-delà de la date de la première de cette proposition. Dès lors, dans ces circonstances et en l'état de l'instruction, le préfet est fondé à soutenir que la période de responsabilité s'est trouvée interrompue à compter du 13 octobre 2020.
8. Compte tenu des conditions de logement de M. B qui ont perduré du fait de la carence de l'État, de la durée de cette carence et de la composition de son foyer, M. B, il sera fait une juste appréciation du préjudice subi par l'intéressé en évaluant l'indemnisation due à la somme totale de 500 euros.
9. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de condamner l'État à verser à M. B la somme de 500 euros tous intérêts confondus au jour du présent jugement.
Sur les frais liés au litige :
10. M. B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son conseil peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 susmentionnée. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Cheval, conseil de M. B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'État le versement à Me Cheval de la somme de 1 080 euros.
Sur les dépens :
11. En l'absence de dépens exposés dans le cadre de la présente instance, les conclusions présentées par le requérant à ce titre ne peuvent qu'être rejetées.
D É C I D E :
Article 1er : L'État versera à M. B la somme de 500 (cinq cents) euros tous intérêts confondus au jour du présent jugement.
Article 2 : L'État versera la somme de 1 080 euros à Me Cheval, conseil de M. B, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle, sur le fondement des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Cheval et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.
Copie en sera adressée au préfet des Hauts-de-Seine.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 juillet 2024.
La magistrate désignée
signé
H. Lepetit-CollinLa greffière
signé
C. Mas
La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026