Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2315506
lundi 6 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2315506 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 4ème Chambre |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, un mémoire et des pièces enregistrées le 20 novembre, le 21 novembre et le 5 décembre 2023, M. A C, représenté par Me Hervé, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 25 janvier 2023 par lequel le préfet du Val-d'Oise a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pouvait être reconduit ;
2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise, à titre principal, de lui délivrer sans délai une carte de séjour temporaire, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ; à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation administrative dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à verser à son conseil, sous réserve pour celle-ci de renoncer à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
- les décisions attaquées ont été signées par une autorité incompétente ;
- elles méconnaissent les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en l'absence de saisine de la commission du titre de séjour ;
- elles méconnaissent les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elles méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elles sont entachées d'une erreur de fait et d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- la décision d'éloignement est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision de refus de séjour.
Par une ordonnance du 24 novembre 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 23 février 2024.
Un mémoire a été enregistré le 8 mars 2024 pour le préfet du Val-d'Oise et n'a pas été communiqué.
M. C a été admis à l'aide juridictionnelle totale le 5 juin 2023 par le bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Pontoise.
Vu :
- la décision par laquelle la présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer ses conclusions à l'audience ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n°2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Bourragué a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A C, ressortissant marocain né le 15 avril 1983, est entré en France au mois d'août 1983, selon ses dires. Il a sollicité le préfet du Val-d'Oise le 30 septembre 2022 afin d'obtenir un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 25 janvier 2023, le préfet du Val-d'Oise a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination. M. C demande au tribunal d'annuler ces décisions.
2. En premier lieu, par un arrêté du 30 novembre 2022 publié au recueil des actes administratifs de l'État dans le département le même jour, le préfet du Val-d'Oise a donné délégation à Mme B D, adjointe au directeur des migrations et de l'intégration, à l'effet de signer " tout arrêté de refus de délivrance de titre de séjour notifié aux ressortissants étrangers " ainsi que " toute obligation de quitter le territoire français (OQTF) avec fixation ou non d'un délai de départ volontaire, toute décision fixant le pays de destination ". Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français du 25 janvier 2023 manque en fait et doit, dès lors, être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département, est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : () 4° Dans le cas prévu à l'article L. 435-1. ". L'article L. 435-1 du même code prévoit que : " () Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. ".
4. D'une part, si M. C se prévaut d'une durée de séjour de plus de dix ans en France, il ne produit aucune pièce pour justifier de sa présence sur le territoire français au titre des années 2011, 2012 et 2015, et il ne produit notamment, pour les autres années entre 2013 et 2022, que quelques courriers de la poste, de la préfecture ou de banque et quelques relevés de banque. Dans ces conditions, et dès lors que M. C ne justifiait pas résider habituellement en France depuis plus de dix ans à la date de l'arrêté attaqué, le préfet n'était pas tenu de saisir la commission du titre de séjour.
5. D'autre part, si M. C soutient qu'il remplit les conditions de fond prévues par les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il ne l'établit pas, en se bornant à se prévaloir de sa durée de présence, et ne démontre pas, en tout état de cause, avoir fixé le centre de ses intérêts en France, en dépit de périodes de séjour régulier. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article
L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ".
7. D'une part, il ne ressort ni des termes des décisions attaquées ni des pièces du dossier que M. C aurait fait une demande d'admission au séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni que le préfet aurait spontanément examiné sa situation au regard de ces dispositions. Dès lors, le requérant ne peut se prévaloir de ces dispositions, le moyen doit être écarté.
8. D'autre part, M. C fait valoir qu'il est entré en France en 1983 dans le cadre d'un regroupement familial et qu'il y réside depuis lors aux côtés de ses parents et de ses frères et sœurs, dont certains sont de nationalité française. Toutefois, M. C, célibataire et sans charge de famille, n'établit pas être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine. Par ailleurs, il n'établit pas, ainsi que cela a été dit aux points 4 et 5, avoir résidé sur le territoire français depuis plus de dix ans de façon ininterrompue et avoir fixé en France le centre de ses intérêts privés. Compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce et au regard de la durée de son séjour sur le territoire, les décisions attaquées ne portent ainsi pas au droit de M. C au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elles ont été prises. Par suite, le préfet n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, pas plus qu'il n'a entaché ses décisions d'erreur de fait ou d'erreur manifeste d'appréciation.
9. En dernier lieu, la décision de refus de titre de séjour n'étant entachée d'aucune illégalité, le requérant n'est pas fondé à demander sur ce fondement l'annulation par voie de conséquence de la décision d'éloignement.
10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation des décisions attaquées doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, celles aux fins d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Par ces motifs, le tribunal décide :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, à Me Hervé et au préfet du Val-d'Oise.
Délibéré après l'audience du 15 avril 2024, à laquelle siégeaient
Mme Bories, présidente,
M. Bourragué, premier conseiller,
Mme Goudenèche, conseillère.
Assistés de Mme Nimax, greffière.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 mai 2024.
Le rapporteur,
signé
S. BourraguéLa présidente,
signé
C. BoriesLa greffière,
signé
S. Nimax
La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2315506
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