Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2315518

jeudi 16 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2315518
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation4ème Chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 20 novembre 2023, M. B A, représenté par Me Taj, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 16 octobre 2023 par lequel le préfet du Val-d'Oise a refusé de renouveler son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il sera reconduit ;

2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de quinze jours sous astreinte de 150 euros par jour de retard ou de réexaminer sa situation tout en lui délivrant une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté pris dans son ensemble est entaché d'une incompétence ;

- il est insuffisamment motivé ;

- le refus de titre de séjour est entaché d'un vice de procédure en l'absence de saisine de la commission du titre de séjour ;

- il est entaché d'un défaut d'examen de sa situation personnelle dès lors notamment que sa situation n'a pas été examinée au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît les dispositions de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision fixant le pays de renvoi doit être annulée par voie de conséquence.

La procédure a été communiquée le 24 novembre 2023 au préfet du Val-d'Oise, qui n'a pas produit d'observations en défense.

Par une ordonnance du 24 novembre 2023 la clôture de l'instruction a été fixée au 23 février 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code du travail ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

-le rapport de Mme Goudenèche rapporteure,

- et les observations de Me Taj, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant pakistanais né le 5 février 1984, est entré en France en 2010 selon ses déclarations. Il a bénéficié à compter de 2018 d'un titre de séjour mention " salarié ", dont il a sollicité le renouvellement le 18 mars 2022. Par un arrêté du 16 octobre 2023, le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il sera reconduit. M. A demande l'annulation de cet arrêté.

En ce qui concerne les moyens communs aux décisions contestées :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par Mme C, adjointe au bureau des migrations et de l'intégration de la préfecture du Val-d'Oise qui bénéficiait d'une délégation de signature en vertu d'un arrêté n° 23-042 du 11 juillet 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le même jour, à l'effet de signer toutes décisions portant refus de titre de séjour, obligation de quitter le territoire français et fixation du pays de destination. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté contesté manque en fait et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. À cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / - restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". Aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision énonçant l'obligation de quitter le territoire français est motivée. Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour ".

4. L'arrêté attaqué vise les textes dont il fait application et mentionne les faits qui en constituent le fondement. Il indique, en particulier, qu'après un examen approfondi de sa situation, le requérant ne peut prétendre au renouvellement de son titre en l'absence de demande d'autorisation de travail déposée auprès des services de la main d'œuvre étrangère et alors que des relances lui ont été adressées en ce sens ainsi qu'à son nouvel employeur. Il précise qu'il ne peut également bénéficier d'un titre sur le fondement de l'article L. 423-23 de code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par ailleurs il est mentionné qu'il n'est pas dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine où résident notamment son épouse et son fils mineur, et où il a vécu jusqu'à l'âge de 26 ans. Il mentionne également que l'arrêté ne porte pas une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale du requérant. Ainsi, la seule lecture de cet arrêté permet d'en comprendre les motifs. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

5. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet du Val-d'Oise aurait entaché son arrêté d'un défaut d'examen sérieux. Par suite, le moyen doit être écarté.

En ce qui concerne le refus de titre de séjour :

6. En premier lieu, aux termes de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui exerce une activité salariée sous contrat de travail à durée indéterminée se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " d'une durée maximale d'un an. /La délivrance de cette carte de séjour est subordonnée à la détention préalable d'une autorisation de travail, dans les conditions prévues par les articles L. 5221-2 et suivants du code du travail. Par dérogation aux dispositions de l'article L. 433-1, elle est prolongée d'un an si l'étranger se trouve involontairement privé d'emploi. Lors du renouvellement suivant, s'il est toujours privé d'emploi, il est statué sur son droit au séjour pour une durée équivalente à celle des droits qu'il a acquis à l'allocation d'assurance mentionnée à l'article L. 5422-1 du code du travail. ". Aux termes de l'article L. 5221-2 du code du travail : " Pour entrer en France en vue d'y exercer une profession salariée, l'étranger présente : / 1° Les documents et visas exigés par les conventions internationales et les règlements en vigueur ; / 2° Un contrat de travail visé par l'autorité administrative ou une autorisation de travail. ".

7. Pour refuser d'admettre au séjour M. A sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet du Val-d'Oise a retenu que l'intéressé ne justifiait pas d'une demande d'autorisation de travail dûment transmise par son nouvel employeur par l'intermédiaire de la plateforme de la main d'œuvre étrangère. Si le requérant produit de nombreux bulletins de salaire attestant d'une certaine insertion professionnelle, il ne conteste pas avoir changé d'employeur depuis l'expiration de son précédent titre de séjour et ne produit aucune autorisation de travail valide, tel que cela est exigé par les dispositions précitées des articles L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article L. 5221-2 du code du travail, sans qu'il soit nécessaire que le préfet le réclame expressément, et les récépissés de titre de séjour ne pouvant être regardés comme des autorisations au sens de ces dispositions. Par suite, le moyen doit être écarté.

8. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. ".

9. Il ne ressort pas des pièces du dossier, et notamment de la fiche de salle produite par le préfet en défense, que le requérant se serait prévalu des dispositions de l'article L. 435-1 du code du séjour des étrangers et du droit d'asile à l'appui de sa demande de titre de séjour. Par suite, d'une part, il ne peut se prévaloir des dispositions de cet article en ce qu'elles prévoient que l'autorité administrative est tenue de consulter la commission du titre de séjour lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans. D'autre part, M. A ne peut utilement invoquer ces dispositions en se prévalant de son insertion professionnelle, ni faire valoir que le préfet n'a pas examiné sa demande au titre de l'admission exceptionnelle au séjour. Par suite, les moyens tirés d'un vice de procédure, d'un défaut d'examen et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

10. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ".

11. Si le requérant se prévaut de sa présence continue sur le territoire depuis plus de dix ans, il ne l'établit pas. Par ailleurs, s'il est constant que M. A est inséré professionnellement en France, il ne fait état d'aucune attache sur le territoire et il ressort des pièces du dossier que son épouse et son enfant mineur résident au Pakistan. Ainsi, le préfet n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit du requérant au respect de sa vie privée et familiale. Par suite, le moyen doit être écarté.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

12. Il ne ressort pas des pièces du dossier et eu égard à ce qui été énoncé aux points 9 et 11 que le préfet aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation, et ce sans que la circonstance qu'il soit titulaire d'un passeport valide n'ait d'influence sur la légalité de l'obligation de quitter le territoire français. Par suite, le moyen doit être écarté.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

13. Il résulte de ce qui précède que le refus de titre de séjour et l'obligation de quitter le territoire ne sont pas entachées d'illégalités susceptibles d'entrainer leur annulation. Par suite, la décision fixant le pays de renvoi ne saurait être annulée par voie de conséquence.

14. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de l'arrêté du 16 octobre 2023 du préfet du Val-d'Oise doivent être rejetées, ainsi que celles aux fins d'injonction et celles présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Par ces motifs, le tribunal décide:

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet du Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 29 avril 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Bories, présidente,

M. Bourragué, premier conseiller,

Mme Goudenèche, conseillère,

Assistés de Mme Nimax, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 mai 2024.

La rapporteure,

signé

C. Goudenèche

La présidente,

signé

C. Bories

La greffière,

signé

S. Nimax

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.