Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2315537

lundi 13 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2315537
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationPole Social (JU)

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires complémentaires enregistrés le 17 novembre 2023, 3 et 17 février 2024 et 4 avril 2024, Mme B A doit être regardée comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler les décisions en date du 11 octobre 2023 par lesquelles la caisse d'allocations familiales du Val-d'Oise a refusé de faire droit à sa demande de remise gracieuse d'une dette de 7 948, 74 euros de prime d'activité et ne lui a accordé qu'une remise partielle de sa dette de 726 euros d'aide personnalisée au logement laissant à sa charge, compte tenu des remboursements déjà effectués, une somme de 62, 66 euros.

2°) de lui accorder la remise totale des sommes dues.

Elle soutient que :

- elle aurait dû déclarer ses rémunérations en tant que salaires non en chiffre d'affaires ce qu'elle ignorait ;

- elle a obtenu une remise gracieuse ou totale de sa dette pour trois des indus concernés ; la caisse d'allocations familiales devrait donc lui accorder une remise totale de cette troisième dette

- elle se trouve désormais sans droits et endettée.

Par un mémoire enregistré le 4 avril 2024, la caisse d'allocations familiales du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête et fait valoir que les moyens ne sont pas fondés.

Vu :

- la décision attaquée ;

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles,

- le code de la sécurité sociale ;

- le code de justice administrative ;

Le président du tribunal a désigné Mme Lepetit-Collin, vice-présidente, pour statuer sur les litiges en application des dispositions de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

La rapporteure publique a été dispensée, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Lepetit-Collin, magistrate désignée,

- les observations de Mme A.

La clôture de l'instruction est intervenue après l'appel de l'affaire à l'audience en application des dispositions de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Par trois décisions en date du 11 octobre 2023, la caisse d'allocations familiales du Val-d'Oise a accordé à Mme A une remise de sa dette de revenu de solidarité active d'un montant de 157, 13 euros, lui a accordé une remise partielle de sa dette de 726 euros d'aide personnalisée au logement laissant à sa charge, compte tenu des remboursements déjà effectués, une somme de 62, 66 euros et a refusé de faire droit à sa demande de remise gracieuse d'une dette de 7 948, 74 euros de prime d'activité. Mme A doit être regardée comme contestant ces deux dernières décisions et demandant la remise totale des indus concernés.

2. En application des dispositions combinées des articles L. 823-9 du code de la construction et de l'habitation et L. 553-2 du code de la sécurité sociale, un allocataire qui a bénéficié d'un trop perçu d'aide personnalisée au logement peut voir sa dette réduite ou remise par la caisse d'allocations familiales en cas de précarité de sa situation, sauf si cet indu résulte d'une manœuvre frauduleuse ou de fausses déclarations. Il en va de même en matière de prime d'activité, aux termes de l'article L. 845-3 du code de la sécurité sociale.

3. A cet égard, lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision refusant ou ne faisant que partiellement droit à une demande de remise gracieuse d'un indu d'une prestation ou d'une allocation versée au titre de l'aide ou de l'action sociale, du logement ou en faveur des travailleurs privés d'emploi, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu'à sa qualité de juge de plein contentieux, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner si une remise gracieuse totale ou partielle est susceptible d'être accordée, en se prononçant lui-même sur la demande au regard des dispositions applicables et des circonstances de fait dont il est justifié par l'une et l'autre parties à la date de sa propre décision.

4. Il ressort des pièces du dossier que le changement de situation professionnelle, en avril 2021, de Mme A, cette dernière étant passée du statut d'auto-entrepreneur à celui de gérante de SARL, a fait naître des indus d'aides sociales dont Mme A ne peut utilement contester le bien-fondé dans le cadre du présent litige. Toutefois, Mme A soutient, sans que cela soit contesté par la caisse d'allocations familiales en défense, qu'elle ignorait que son changement de statut professionnel entrainait un changement de qualification et donc de régime de ses revenus qui, de bénéfices industriels ou commerciaux ou bénéfices non commerciaux, sont devenus des revenus de gérance soumis à un abattement forfaitaire différent. Elle peut donc être regardée comme étant de bonne foi. Par ailleurs, si la requérante admet que les revenus de sa société lui assuraient un salaire mensuel d'environ 2 500 euros, elle précise que sa société a fermé définitivement au 30 juin 2023 et qu'elle ne touche plus aucun revenu depuis lors, même si, à l'audience publique du 22 avril 2024, Mme A a indiqué être sur le point de retrouver un travail stable. Par ailleurs, les pièces du dossier établissent que Mme A doit faire face à des charges constituées des mensualités de son prêt immobilier (596 euros), de frais d'assurance (77 euros), de factures d'eau (74 euros), d'électricité (104 euros), de gaz (283 euros tous les deux mois), de mutuelle (43 euros), de frais de téléphonie (82 euros) dont le montant total s'élève à environ 1 300 euros mensuels alors qu'elle a encore à sa charge sa fille âgée de 16 ans. Il résulte de ce qui précède que, eu égard à l'importance de l'indu de revenu de solidarité active en litige et du montant de charges supportées par Mme A au regard de son niveau de ressources, la requérante est fondée à demander la décharge partielle, à hauteur de 3 974, 37 euros, de sa seule dette de revenu de solidarité active, le surplus de ses conclusions devant être rejeté.

D É C I D E :

Article 1er : Il est accordé à Mme A une remise gracieuse de sa dette de revenu de solidarité active à hauteur de 3 974, 37 euros.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et à la caisse d'allocations familiales du Val-d'Oise.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 mai 2024.

La magistrate désignée,

signé

H. Lepetit-CollinLa greffière,

signé

C. Mas

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière