Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2315666

mardi 2 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2315666
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation8ème Chambre
Avocat requérantLP AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise, saisi par M. A d’une demande d’exécution d’un jugement du 1er octobre 2020, constate que le préfet des Hauts-de-Seine n’a pas procédé au réexamen de la demande de regroupement familial comme enjoint. En application de l’article L. 911-4 du code de justice administrative, le tribunal prononce une astreinte de 50 euros par jour de retard à l’encontre de l’État si l’exécution n’intervient pas dans un délai de deux mois. Concernant le paiement des frais de justice, le tribunal rejette la demande d’exécution forcée, faute pour M. A d’avoir préalablement saisi le comptable public compétent, conformément à la loi du 16 juillet 1980.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une lettre enregistrée le 23 décembre 2022, M. B A, représenté par Me Chevalier, demande au tribunal administratif d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de prendre les mesures qu'implique l'exécution du jugement n°1903239 rendu le 1er octobre 2020 et par lequel le tribunal a, notamment, enjoint au préfet des Hauts-de-Seine de procéder au réexamen de la demande de regroupement familial qu'il avait présenté au bénéfice de son épouse dans un délai de quatre mois à compter de la notification de ce jugement et a mis à la charge de l'État une somme de 1 000 eu titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que le préfet des Hauts-de-Seine n'a pas pourvu à l'exécution de ce jugement et a laissé sans réponse ses demandes en ce sens.

Par une ordonnance du 20 novembre 2023, le président du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a, en application de l'article R. 921-6 du code de justice administrative, décidé de l'ouverture d'une procédure juridictionnelle.

La procédure a été communiquée au préfet des Hauts-de-Seine qui n'a pas produit d'observations.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n°80-539 du 16 juillet 1980 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a décidé de dispenser le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Bertoncini, président-rapporteur, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Par jugement n°1903239 du 1er octobre 2020, le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a enjoint au préfet des Hauts-de-Seine de procéder au réexamen de la demande de regroupement familial que M. A avait présenté au bénéfice de son épouse dans un délai de quatre mois à compter de la notification de ce jugement et a mis à la charge de l'État une somme de 1 000 au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. M. A demande au tribunal d'assurer, sur le fondement de l'article L. 911-4 du code de justice administrative, l'exécution de ce jugement.

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 911-4 du code de justice administrative : " En cas d'inexécution d'un jugement ou d'un arrêt, la partie intéressée peut demander à la juridiction, une fois la décision rendue, d'en assurer l'exécution. Si le jugement ou l'arrêt dont l'exécution est demandée n'a pas défini les mesures d'exécution, la juridiction saisie procède à cette définition. Elle peut fixer un délai d'exécution et prononcer une astreinte. ".

3. Malgré les demandes adressées les 3 janvier et 10 février 2023 par le tribunal au préfet, ainsi que la mise en demeure de présenter ses observations dans le cadre de la présente procédure juridictionnelle du 31 janvier 2024, celui-ci n'a ni justifié avoir exécuté l'injonction de réexamen prononcée par le jugement du 1er octobre 2020 ni présenté d'observations quant à d'éventuels obstacles à cette exécution. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de prononcer contre l'Etat, à défaut pour le préfet des Hauts-de-Seine d'avoir procédé à l'exécution de l'injonction prononcée par l'article 2 du jugement du 1er octobre 2020 dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, une astreinte de 50 euros par jour de retard jusqu'à la date à laquelle cette exécution interviendra.

4. En second lieu, aux termes du I de l'article 1er de la loi susvisée du 16 juillet 1980, reproduit à l'article L. 911-9 du code de justice administrative : " Lorsqu'une décision juridictionnelle passée en force de chose jugée a condamné l'État au paiement d'une somme d'argent dont le montant est fixé par la décision elle-même, cette somme doit être ordonnancée dans un délai de deux mois à compter de la notification de la décision de justice./ () A défaut d'ordonnancement dans les délais mentionnés aux alinéas ci-dessus, le comptable assignataire de la dépense doit, à la demande du créancier et sur présentation de la décision de justice, procéder au paiement. ". Dès lors que ces dispositions permettent à la partie gagnante, en cas d'inexécution d'une décision juridictionnelle passée en force de chose jugée, d'obtenir du comptable public assignataire le paiement de la somme que l'État est condamné à lui verser à défaut d'ordonnancement dans le délai prescrit, il n'y a, en principe, pas lieu de faire droit à une demande tendant à ce que le juge prenne des mesures pour assurer l'exécution de cette décision. Il en va toutefois différemment lorsque le comptable public assignataire, bien qu'il y soit tenu, refuse de procéder au paiement.

5. Il appartient ainsi à M. A, avant de demander au tribunal d'ordonner l'exécution de l'article 3 du jugement du 1er octobre 2020 qui met à la charge de l'État le versement de la somme de 1 000 euros au titre des frais exposés et non compris dans les dépens, augmentée des intérêts au taux légal à compter du 1er octobre 2020, ce taux étant majoré de 5 points à compter de la notification du jugement intervenue le 2 octobre 2020, de saisir le comptable public compétent d'une demande de paiement sur présentation de la décision de justice. Ce n'est que si le comptable public compétent, à savoir la direction régionale des finances publiques d'Ile-de-France, comptable assignataire des dépenses de la préfecture des Hauts-de-Seine, ne procède pas au règlement sur présentation de la décision de justice que le tribunal pourra être saisi d'une demande d'exécution contre ce comptable en application des dispositions précitées de l'article L. 911-4 du code de justice administrative. Il ne résulte pas de l'instruction que M. A aurait effectué une telle demande auprès du comptable public préalablement à la saisine de la juridiction. Par suite, il n'y a pas lieu de faire droit à la demande tendant à ce que soit ordonnée l'exécution de l'article 3 du jugement du 1er octobre 2020.

D É C I D E :

Article 1er : Il est enjoint au préfet des Hauts-de-Seine de procéder au réexamen de la demande de regroupement familial que M. A avait présenté au bénéfice de son épouse, en exécution de l'article 2 du jugement n°1903239 du 1er octobre 2020, dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 2 : Une astreinte est prononcée à l'encontre de l'État, s'il ne justifie pas avoir, dans les deux mois suivant la notification de la présente décision, exécuté l'article 2 du jugement du tribunal du 1er octobre 2020 et jusqu'à la date de cette exécution. Le taux de cette astreinte est fixé à 50 euros par jour, à compter de l'expiration du délai de deux mois suivant la notification du présent jugement.

Article 3 : Le préfet des Hauts-de-Seine communiquera au tribunal la copie des actes justifiant des mesures prises pour assurer l'entière exécution de l'article 2 du jugement n°1903239 du 1er octobre 2020.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet des Hauts-de-Seine.

Délibéré après l'audience du 12 juin 2024, à laquelle siégeaient :

M. Bertoncini, président,

Mme Saïh, première conseillère,

M. Eustache, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 juillet 2024.

Le président-rapporteur,

Signé

T. Bertoncini

L'assesseure la plus ancienne

dans l'ordre du tableau,

Signé

Z. SaïhLa greffière,

Signé

N. Magen

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°2315666